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"Chacun vit sa vie": en attente d'un chef, la droite fait sa rentrée en ordre dispersé

Christian Jacob et Valérie Pécresse en juin 2018 à Menton.

Christian Jacob et Valérie Pécresse en juin 2018 à Menton. - VALERY HACHE / AFP

À La Baule, les caciques du parti Les Républicains tenteront d'afficher leur unité à moins de deux mois de l'élection censée leur donner un nouveau chef. De son côté, Valérie Pécresse réunit ses troupes en Corrèze.

Dans le car qui l'emmène ce vendredi à Brive-la-Gaillarde, Roger Karoutchi se résigne au désordre qui règne à droite. Longtemps abonné aux pèlerinages sarkozystes à La Baule, le sénateur Les Républicains des Hauts-de-Seine a été contraint de faire entorse à son habitus. Il se rend à l'université d'été de Libres!, le parti de Valérie Pécresse, qui compte plusieurs ex-élus LR entrés en dissidence.

"Chacun vit sa vie, que voulez-vous", soupire l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

Car pendant ce temps-là, ceux qui sont restés au sein de la maison mère se rendent à leur traditionnel grand raout, en Loire-Atlantique. Sans déborder d'enthousiasme.

"Quand j'étais jeune, aux universités d'été, il y avait tous les ténors, ça n'avait rien à voir", se souvient l'à peine trentenaire Pierre-Henri Dumont, député LR du Pas-de-Calais et membre du "comité de renouvellement" créé au sein du parti après la déroute des élections européennes. 

"Manque de stabilisation"

Drôle de week-end de rentrée. À une semaine du Campus des Jeunes Républicains, qui doit se tenir les 6 et 7 septembre au Touquet, LR et Libres! font chambre à part. Avec, en toile de fond, la pré-campagne pour la présidence du parti de la rue de Vaugirard. Les candidats au poste, Christian Jacob, Julien Aubert et Guillaume Larrivé, seront tous trois présents à La Baule. Manière de préserver l'ambiance "apaisée" qu'ils souhaitent pour cette élection, qui doit avoir lieu le 13 octobre. 

Ce pacte de non-agression n'empêche pas le réalisme. À quelques exceptions près, "toutes les universités d'été récentes ont eu lieu juste avant des élections, qu'il s'agisse de la présidence du parti ou de la primaire présidentielle de 2016", souligne Pierre-Henri Dumont. De quoi illustrer l'absence de chef incontesté, aspect jadis consubstantiel à la droite française. 

"C'est devenu la norme. Ce qui est sûrement un problème, qui met en lumière le manque de stabilisation de la machine. En plus du Touquet la semaine prochaine, il y a [Christian] Estrosi qui réunit ses troupes (le mouvement La France audacieuse, ndlr) ce week-end, bientôt Aubert va réunir son club (Oser la France, ndlr)... Ça fait beaucoup. On va se retrouver avec 200-300 personnes dans chaque coin. Aux universités d'été de l'UMP de 2011, à Marseille, il y avait 5000 militants", rappelle amèrement l'élu du Pas-de-Calais. 

"Il n'y a plus de maison mère"

D'autres estiment qu'il est peut-être bon, finalement, que chaque chapelle puisse mesurer ses forces de son côté.

"C'est plus honnête que chacun se compte que d'avoir un même événement où les ténors se détestent, où chacun se succède à l'estrade pour dézinguer l'orateur précédent", ironise Robin Reda, député ex-LR de l'Essonne, passé chez Libres!. 

À l'origine, selon Roger Karoutchi, les deux universités d'été ne devaient pourtant pas se chevaucher.

"J'avais convenu avec [Jean] Leonetti (président par intérim de LR, ndlr) qu'il n'y aurait qu'un campus d'été, celui du Touquet début septembre. Donc à ce moment-là je confirme à Valérie Pécresse que je viendrai à Brive. Et c'est là où je vois qu'ils organisent le truc à La Baule le même week-end. Si ç'avait été possible, je serais allé aux trois événements. Tout cela dénote un vrai manque de coordination, quand même..."

En termes d'image, la concomitance des universités d'été de LR et de Libres! amène à comparer deux formations qui, politiquement, ne sont pas censées jouer dans la même cour. 

"Je pense que c'est la preuve, justement, qu'il n'y a plus de maison mère de la droite. Les Républicains ne sont incontestablement devenus plus qu'une partie de la droite", argue Robin Reda. "Les universités d'été de LR ne sont plus l'endroit où on peut retrouver les Français, voir les militants. Il faut désormais redonner une raison d'être à notre existence", philosophe-t-il. 

Christian Jacob, antidote à l'éparpillement?

Pour Pierre-Henri Dumont, LR doit s'assigner pour objectif que 2019 soit la dernière année où la droite fait sa rentrée façon puzzle.

"Tous ceux qui font bande à part doivent comprendre que la victoire sera impossible si on n'est pas réuni à un moment", prévient-il.

Le député du Pas-de-Calais se dit par ailleurs convaincu que le favori pour l'élection à la présidence du parti, Christian Jacob, est le plus à même de conjurer ce mauvais sort. Côté Libres!, les troupes espèrent que Valérie Pécresse va se servir de l'événement pour pousser son avantage.

"Il faut un acte fort, qu'elle annonce un calendrier, un programme de déplacements partout en France. On est une petite entreprise qui grossit et qui s'autonomise de LR, il faut en profiter", estime Robin Reda.

Et de terminer sur cette note d'optimisme:

"On a des feux allumés aux quatre coins de la France. D'une certaine façon, cela prouve que la droite est bien vivante."

Vivante, mais à feu doux. 

Jules Pecnard