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Bygmalion: plus le temps passe et plus Lavrilleux charge Sarkozy

Jérôme Lavrilleux

Jérôme Lavrilleux - Patrick Hertzog - AFP

Entre le 26 mai 2014, jour de son incroyable confession sur BFMTV, et le 14 octobre 2015, veille de la sortie d'un entretien au vitriol accordé à L'Obs, Jérôme Lavrilleux a changé sa ligne de défense et ciblé de plus en plus directement Nicolas Sarkozy.

Dans l'affaire Bygmalion qui l'a fait connaître du grand public, Jérôme Lavrilleux accuse. Et pas n'importe qui: il assure que Nicolas Sarkozy en sait plus qu'il veut bien le dire. L'ancien président de la République, qui a été entendu comme témoin, "ment" affirme-t-il dans un entretien à L'Obs

"Les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont dérapé, affirme le député européen. Il ne faudrait plus appeler cette affaire 'Bygmalion', mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". Un sujet qu'il maîtrise bien puisque Jérôme Lavrilleux en a été le directeur adjoint.

Nicolas Sarkozy "se défausse et ne sait pas assumer. (...) L'ingratitude est la marque des faibles", assène aussi le proche de Jean-François Copé qui estime que l'ancien chef de l'Etat adopte la même ligne de défense dans chaque affaire où son nom est évoqué. Néanmoins Jérôme Lavrilleux, qui dit craindre pour sa sécurité, n'a pas toujours été aussi vindicatif contre Nicolas Sarkozy. Retour en arrière.

> Mai 2014: Sarkozy dédouané

Souvenez-vous, deux mois après les premières révélations de l'affaire, le lundi 26 mai, Jérôme Lavrilleux reconnaît sur BFMTV que des prestations fournies par Bygmalion ont été indûment facturées à l'UMP. Il assume alors la responsabilité de ces actes invoquant "un engrenage" impossible à arrêter. Dans sa confession, élu aux larmes, il dédouane totalement Nicolas Sarkozy et assure "ne pas l'avoir informé de la situation financière de sa campagne".

"J'ai fait part, à plusieurs personnes, de mon sentiment que l'on aurait du mal à boucler tout ça (les factures des meetings). Je précise que je n'en ai pas fait part à Nicolas Sarkozy ou à Jean-François Copé. Je n'étais pas le directeur de campagne, mais je ne me défausse sur personne, moi", insiste-t-il, alors. "Je ne suis là pour charger personne".

> Juin 2014: la garde rapprochée de Sarkozy visée

Place en garde à vue dans le cadre de l'enquête, Jérôme Lavrilleux ne nomme toujours pas Nicolas Sarkozy mais pointe sa garde rapprochée du doigt face aux enquêteurs, raconte Le Monde. On trouve ainsi les noms de Guillaume Lambert qui fut, lui, le directeur de campagne en 2012 tout, en étant chef de cabinet à l'Elysée, et référent direct de Jérôme Lavrilleux ou encore de Eric Césari, directeur général de l'UMP. Tous deux ont été mis en examen.

> Août-Septembre 2014: les menaces

Alors que son exclusion de l'UMP ne fait plus de doute - elle sera votée à l'unanimité en septembre 2014 alors que l'eurodéputé avait lui-même quitté le parti - Jérôme Lavrilleux menace "de parler" dans les colonnes du Parisien.

"Pour le moment je me tais. Mais si on m'exclut de ce parti auquel j'appartiens depuis vingt-cinq ans, alors je reprendrai ma liberté de parole et je parlerai...", avait-il prévenu.

> Février 2015: mise en doute de la parole sarkozyste

Invité du Supplément de Canal+ en février 2015 Jérôme Lavrilleux ironise d'abord sur ses rapports avec Nicolas Sarkozy. "Oui", il a des nouvelles de lui car il "regarde la télé".

Mais dans la discussion qui porte sur l'affaire Bygmalion il juge que Nicolas Sarkozy n'est pas "crédible" lorsqu'il hésite sur le nom de la société Bygmalion. "Je ne vois pas comment il ne pourrait pas connaître", affirme-t-il.

En septembre 2015, devant les juges, Nicolas Sarkozy reconnaîtra un système de fausse facture mais nie les liens entre lui et sa campagne. Il en profite aussi pour charger Jean-François Copé.

> Juin 2015: la mise en examen

Plus d'un an après le début de l'affaire, Jérôme Lavrilleux est mis en examen pour abus de confiance.

Et quelques mois plus tard donc, il semble en avoir terminé avec les demi-mesures.

Samuel Auffray