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Bygmalion: de l'affaire judiciaire à la bombe politique

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, le 20 mai 2014.

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, le 20 mai 2014. - -

Lancée en février dernier à la suite de révélations de l'hebdomadaire "Le Point", l'affaire Bygmalion a finalement provoqué une implosion au sein de l'UMP. BFMTV.com revient sur les épisodes de ce feuilleton à la fois judiciaire et politique.

Au jour près, il n'aura fallu que trois mois pour que l'affaire Bygmalion provoque un véritable cataclysme au sein du principal parti d'opposition. Embourbé dans cette affaire, le président de l'UMP, Jean-François Copé, a été contraint d'annoncer sa démission prochaine, ce mardi, alors qu'un bureau politique extraordinaire était organisé au siège du parti. L'affaire, née d'une révélation, s'est progressivement transformée en bombe judiciaire, avant de provoquer le séisme politique que l'on sait. Retour en arrière.

> Soupçons de favoritisme et de surfacturation

Aux origines de l'affaire, une révélation de la presse. Le 27 février, l'hebdomadaire Le Point rapporte que la société Bygmalion aurait empoché huit millions d'euros pour l'organisation des meetings et événements (conventions et conférences diverses) de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2012. Bygmalion, peu connue avant cette affaire, se retrouve directement sous les projecteurs. Créée en 2008 par deux proches et anciens collaborateurs de Jean-François Copé, Bastien Millot et Guy Alves, cette boîte de communication est soupçonnée d'avoir bénéficié de favoritisme dans l'organisation de la campagne, en empochant des sommes faramineuses. En l'occurence 8 millions d'euros, selon Le Point. Un tarif bien au-dessus des normes pour ce genre d'événement politique.

Problème: alors que Bygmalion s'assure une santé financière sans précédent, les finances de l'UMP, elles, sombrent dans le rouge. Jean-François Copé est alors accusé d'avoir enrichi ses amis de longue date avec l'argent du parti. L'intéressé crie au "lynchage public", mais la justice ne tarde pas à intervenir: une enquête préliminaire pour faux et abus de confiance et de biens sociaux est ouverte par le parquet de Paris, le 5 mars.

> De la surfacturation aux fausses factures

Il faut attendre le 14 mai pour que l'affaire rebondisse. Ce jour-là, Libération avance de nouveaux chiffres. Selon le quotidien, ce n'est pas 8, mais 20 millions d'euros que l'UMP aurait versé à la société Bygmalion, entre janvier et février 2012, pour l'organisation de la campagne présidentielle. Le chiffre donne le tournis, et dépasse très largement le tarif "classique" pour ce type de prestation. Par ailleurs, Libération pointe le fait que certains de ces événements organisés par Bygmalion pourraient en réalité être fictifs. Et donc ne jamais avoir eu lieu. Ainsi, une note de 299.000 euros établie par la filiale événementielle de Bygmalion, Event&Cie, et réglée par l'UMP, fait apparaître le nom du député Pierre Lellouche, présenté comme le principal intervenant d'une convention organisée en mai 2012. Or, l'intéressé nie avoir participé à cet événement, et a depuis déposé plainte pour usurpation d'identité.

Ces révélations donnent un nouveau tour à l'affaire: les soupçons de surfacturation sont désormais doublés de soupçons de fausses factures. Dès lors, après les hypothèses de favoritisme, la question des frais de campagne déguisés est posée.

> Cataclysme à l'UMP

Les faits se sont accélérés lundi 26 mai. Quelques heures après que Jean-François Copé a assuré, sur BFMTV, qu'il "ne savait rien du tout", une bombe a été lâchée par l'avocat de la société Bygmalion, Patrick Maisonneuve, qui a reconnu l'existence de fausses factures. Face à la presse, il a directement accusé l'UMP d'avoir mis en place ce stratagème et rejeté tous les soupçons de surfacturation formulés à l'encontre de son client. "Il y a des libellés de factures qui n'auraient pas dû être imputées à l'UMP, mais à l'association de financement de la campagne de Sarkozy", a-t-il notamment déclaré, en évoquant la somme de 11 millions d'euros. Selon l'avocat, ce système de déguisement des frais de campagne a été "exigé" par l'UMP, qu'il accuse de "chantage économique". Pour Patrick Maisonneuve, il ne s'agit donc pas d'une "affaire Bygmalion", mais de "l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". 

En début de soirée, alors que des perquisitions étaient en cours aux sièges de l'UMP et de Bygmalion, l'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkzoy et actuel directeur de cabinet de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, confirmait au bord des larmes, sur le plateau de BFMTV, que des "factures présentées à l'UMP correspondaient à des dépenses faites pour la campagne" de Nicolas Sarkozy. Reconnaissant un "dérapage", il a assuré que ni l'ex-chef de l'Etat, ni Jean-François Copé, n'étaient au courant de ces manoeuvres. Ses confessions ont eu l'effet d'un séisme à l'UMP: ce mardi matin, Jean-François Copé a annoncé qu'il démissionnerait de ses fonctions de président du parti le 15 juin prochain.

Adrienne Sigel