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Bellamy, le candidat qui ressoude temporairement la droite

François-Xavier Bellamy, Laurent Wauquiez et Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement européen, le 26 avril 2019 à Strasbourg

François-Xavier Bellamy, Laurent Wauquiez et Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement européen, le 26 avril 2019 à Strasbourg - AFP - Patrick Hertzog

Depuis une semaine, des maires LR étiquetés Macron-compatibles ont officiellement annoncé leur soutien au philosophe. Une poussée de vent favorable à un candidat initialement critiqué pour ses positions conservatrices. Au point de lui donner de l'autonomie politique par rapport à Laurent Wauquiez?

Au départ, l'objectif tenait dans une fourchette: 14-15%. Deux ans après une présidentielle qui a terrassé la droite, les élections européennes devaient lui offrir un modeste bol d'oxygène. Un rebond censé permettre à Laurent Wauquiez de préserver son leadership sans trop de soucis jusqu'aux municipales. Désigné tête de liste des Républicains en janvier, François-Xavier Bellamy est en passe de remplir cet objectif.

La progression du philosophe conservateur dans les sondages se poursuit, laborieusement certes, mais suffisamment pour que plusieurs ténors LR Macron-compatibles, initialement hostiles à son égard, lui accordent publiquement leur soutien. L'un des plus symboliques est celui de Michel Barnier, ex-ministre et négociateur en chef de l'UE pour le Brexit. Une figure pro-européenne s'il en est.

Wauquiez sur la touche

Cette semaine, les derniers grands élus à avoir fait ce geste sont Jean Rottner, président LR de la Région Grand-Est, et François Baroin, patron de la puissante Association des maires de France (AMF). L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy a reçu ce vendredi François-Xavier Bellamy et sa colistière, Agnès Evren, dans son fief de Troyes, comme le rapporte L'Est Éclair

Plutôt à l'aise en campagne, fluide dans l'articulation de sa pensée, la tête de liste choisie par Laurent Wauquiez séduit certains pans d'électeurs de droite partis rejoindre Emmanuel Macron, ou simplement dépités par l'échec de François Fillon. Un coup de poker a priori réussi dont le patron de LR ne cesse de rappeler qu'il en est l'artisan. En coulisses, certains élus se réjouissent que François-Xavier Bellamy permette, justement, de temporairement mettre Laurent Wauquiez sur la touche.

"Sur les marchés, les gens réagissent bien quand ils voient sur le tract le trio que Bellamy compose avec Agnès Evren et Arnaud Danjean. Mais quand ils le retournent et voient Wauquiez, ils se crispent un peu", a témoigné un cadre LR auprès du Parisien.

"Bellamy, c'est une belle surprise"

Certains centristes, peu friands du tournant euro-critique pris par l'actuelle équipe dirigeante de LR, reconnaissent l'efficacité du dispositif.

"Bellamy, c'est une belle surprise, il apporte de la fraîcheur. Il a montré sa capacité à entrer dans le manteau du candidat", déclare par exemple auprès de BFMTV.com Philippe Vigier, député UDI et président du groupe Libertés et Territoires à l'Assemblée nationale. 

Et l'élu d'Eure-et-Loir, un temps porte-parole de François Fillon durant la présidentielle, de déplorer le "manque d'allant" de la tête de liste de La République en marche, Nathalie Loiseau: 

"Je suis impressionné par le manque de fond de cette campagne. Il n'y a pas eu un mot sur l'Europe des territoires, ou sur celle de l'innovation face à la Chine. Alors oui, on peut parler de travailleurs détachés ou de Smig européen (sic), mais ça ne donne pas très envie. Et ce alors que Mme Loiseau connaît bien ses dossiers", peste Philippe Vigier, qui révélera son intention de vote "le moment venu".

"Je vais passer tous les programmes au peigne fin", prévient-il, concentré prioritairement sur la mobilisation le jour J. "On est quand même loin de l'époque où Simone Veil faisait campagne..." 

Chez LaREM, on veut rester zen. "Les mecs ils sont où dans les sondages? Ils sont à 15, c'est-à-dire cinq points de moins qu'un Fillon avec toutes ses casseroles au premier tour de la présidentielle. Sans compter l'écart en termes de participation. Donc par rapport à nous, il y a de la grosse marge", se rassure un député de la majorité auprès de BFMTV.com. 

Bientôt loin de Paris... et de LR?

Jean-Pierre Raffarin, qui demeure la principale "prise" de LaREM dans les rangs de LR, a réitéré son soutien à Nathalie Loiseau, mais sans excès d'enthousiasme. "Je la soutiens parce qu'elle est la candidate du président de la République", a déclaré l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac sur notre antenne ce vendredi. Interrogé sur la progression de François-Xavier Bellamy, il s'est contenté de prévenir: "Avant qu'il ait de l'influence en Europe, il lui faut au moins deux ans."

Cette pique rappelle une chose simple: à l'issue du scrutin du 26 mai, la tête de liste LR naviguera entre Bruxelles et Strasbourg. Fraîchement élu eurodéputé (sauf cataclysme de campagne), François-Xavier Bellamy sera contraint de s'éloigner du cœur névralgique de la droite française. De quoi rassurer l'état-major de Laurent Wauquiez. Sauf à ce que l'élu versaillais prenne la tête de la délégation LR au Parlement européen, ce qui lui permettrait d'entrer dans les instances dirigeantes du parti.

"Succès de courte durée"

"Le succès de Bellamy permet à Laurent d'éviter une crise post-européennes. Mais ce qui peut arriver, c'est qu'au mois de septembre arrive un sondage qui mette LR à 9% pour la prochaine présidentielle; on en déduira que le problème c'est Wauquiez. Donc c'est à double-tranchant", analyse un cadre du parti auprès de BFMTV.com. 

Estimant que la percée de François-Xavier Bellamy tient davantage du "succès de courte durée" que d'une renaissance, cet élu veut prévenir tout excès de "triomphalisme" au sein de son mouvement.

"C'est davantage le succès de Bellamy que celui de Wauquiez... Les deux individus sont trop dissimilaires. Il y en a un qui est ingénu et pas l'autre", résume-t-il. L'enjeu étant, pour le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de récolter les fruits de ce timide redressement.

En attendant, comme l'a dit prudemment au Parisien Arnaud Robinet, maire LR de Reims qui a annoncé son soutien à la liste, un vote pour Bellamy est un vote "pour le rassemblement de la droite et du centre". Une fois la force motrice de ce rassemblement disparue, les joints élimés de l'ère Wauquiez tiendront-ils?

"Après on passera aux municipales, où les choses se joueront différemment", nous rappelait récemment un député LR. Pour le scrutin de mars 2020, sur lequel LaREM mise beaucoup pour s'implanter dans les territoires, les étiquettes auront beaucoup moins de poids, les accords locaux l'emportant sur le reste. L'unité de la droite, derrière une seule et même figure, risque de s'en trouver reléguée au second plan.

Jules Pecnard