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Affaire Penelope Fillon: quel plan B pour la droite à la présidentielle?

François Fillon le 31 janvier 2017 à Paris

François Fillon le 31 janvier 2017 à Paris - Thomas Samson-AFP

Alors que de nouvelles révélations mettent en cause François Fillon et son épouse, le parti Les Républicains pourrait envisager une autre candidature en vue de l'élection présidentielle même si, officiellement, la droite fait bloc derrière son candidat.

Officiellement, pas de plan B. Du côté des Républicains, il s'agit de faire bloc derrière François Fillon. "La seule chose qui m'empêcherait d'être candidat c'est si mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen", avait assuré François Fillon après avoir fermement démenti que son épouse Penelope ait bénéficié d'emplois fictifs. Mais en coulisses, le malaise est palpable et la question de lui trouver un remplaçant pour l'élection présidentielle est posée.

Le retrait de François Fillon, "une possibilité"

"Il y a quelques jours, le retrait était un mot tabou, remarque Laurent Neumann, éditorialiste politique pour BFMTV. Aujourd'hui, dans l'entourage le plus proche de François Fillon, on commence à se faire à cette idée que le scénario pourrait le conduire à renoncer et donc à chercher un plan B."

François Bayrou, le président du Modem, a même considéré ce mercredi sur BFMTV que le retrait de François Fillon était "une possibilité". "Tout le monde en parle dans son camp et autour de lui."

"La question du recours est posée, estime Christophe Barbier, éditorialiste politique pour BFMTV. Elle ne sera vraiment effective que si l'enquête préliminaire en cours aboutit à une aggravation du dossier, c'est-à-dire qu'un juge d'instruction soit nommé, et si se profile une mise en examen."

"La droite est sonnée"

Dans tous les cas, la situation de François Fillon n'est pas tenable, considère Eric Brunet, éditorialiste pour RMC.

"La situation de François Fillon et celle de la droite française est pire que celle que la gauche a connu au lendemain de l'affaire DSK. Cela n'a rien de comparable sauf que les organisations politiques sont ébranlées. DSK, ça a été un cataclysme, mais les primaires ne s'étaient pas encore déroulées. Là, le candidat naturel c'est Fillon. La droite est sonnée."

L'entourage du candidat balaie ces hypothèses et rappelle que François Fillon reste le candidat de la droite. Ses soutiens dénoncent un "lynchage médiatique". Un message que fera passer Patrick Stefanini, directeur de campagne de François Fillon, lors d'une réunion de crise à son QG de campagne ce mercredi en fin de matinée avec des parlementaires.

"La question du plan B, il faudra peut-être à un moment se la poser, mais à ce stade il faut prendre un peu de recul et raison garder", tempère Philippe Gosselin, député LR de la Manche.

"Le seul plan B possible, c'est Juppé"

Mais plusieurs noms circulent déjà pour le remplacer, dont celui d'Alain Juppé. Le maire de Bordeaux a cependant exclu vendredi "clairement et définitivement" d'être un recours pour l'élection présidentielle si François Fillon, qui l'a battu lors de la primaire, devait se retirer à cause de l'affaire Penelope et des révélations du Canard enchaîné.

Beaucoup à droite considèrent pourtant qu'il pourrait représenter la meilleure solution, à moins de trois mois du scrutin. "À mon avis, le seul plan B possible, c'est Juppé, parce que sorti de là personne n'a la carrure", a confié un cadre LR au Parisien. Pour Luc Ferry, l'ancien ministre de l'Éducation nationale de Jacques Chirac, c'est même la seule option.

"Sans le retour de Juppé, la droite ne sera pas au second tour", a-t-il tweeté, ajoutant: "Soyons clair, qu'on le veuille ou non Juppé est désormais le seul en France à être certain de battre Le Pen".

Alain Juppé a l'avantage d'avoir déjà un programme et est le seul à être "prêt à exercer cette fonction", indique Laurent Neumann.

"Les Républicains, s'ils veulent avoir une seule chance de rester en course pour la présidentielle, doivent choisir Alain Juppé, ajoute Christophe Barbier. Il est arrivé deuxième à la primaire, c'est assez logique de le prendre. Encore faudra-t-il le convaincre, car psychologiquement, il a été un peu meurtri."

Dans le cas où le maire de Bordeaux ne prendrait pas la succession de François Fillon, la désignation d'un candidat pourrait grandement compliquer la campagne présidentielle. Car la droite n'aurait pas le temps d'organiser une nouvelle primaire.

"Ça va être décidé dans le saint des saints du bureau politique ou du conseil national des Républicains, considère Christophe Barbier. Les partis centristes qui étaient associés n'auront pas leur mot à dire? Alors on fera quoi, un grand conseil national, une sorte de mini-congrès?"

"Des combats intérieurs fratricides"

Côté sarkozystes, le nom de François Baroin, sénateur de l'Aube et ancien ministre de l'Économie, est évoqué. "Il a commencé à s'activer très discrètement en fin de semaine dernière, en approchant quelques parlementaires pour les sonder sur cette hypothèse", a glissé un député francillien au Parisien. 

"Alain Juppé, face à deux candidats beaucoup plus jeunes, Emmanuel Macron et Benoît Hamon, peut-être que ce serait compliqué en terme d'image, d'où le nom de François Baroin", ajoute Laurent Neumann.

Xavier Bertrand aurait également des ambitions présidentielles. "Il ne dit rien pour le moment et ne bouge pas une oreille. Mais c'est sûr qu'il y pense forcément", a confié un sénateur proche de François Fillon au quotidien. Certains craindraient également que Laurent Wauquiez "ne se mette en mouvement", selon Les Echos. Les noms de domaine Baroin2017.fr, Bertrand2017.fr et Wauquiez2017.fr ont été déposés, affirme Le Parisien.

La perspective de guerres intestines à venir? "François Fillon va s'accrocher, il préférera perdre en allant jusqu'au bout que jeter l'éponge", remarque Christophe Barbier. Eric Brunet est du même avis.

"Il va se battre, il va vouloir aller au bout. Mais pendant ce temps, vous ne pouvez pas empêcher les autres au sein de l'appareil politique des Républicains de penser à une solution alternative. Il va y avoir des combats intérieurs fratricides pour savoir qui sera présent au premier tour de l'élection présidentielle dans un délai très court. On est dans un chaos terrible, inédit pour la droite française."
Céline Hussonnois-Alaya