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Les premières mesures concrètes d'Emmanuel Macron

En meeting à Strasbourg ce mardi soir, Emmanuel Macron a présenté son "engagement" pour la France, qui repose notamment sur un renouveau démocratique. Avant le meeting, l'ancien ministre de l'Economie a dévoilé ses premières propositions concrètes pour réconcilier les Français avec la politique, avant de les reprendre lors de son discours.

"Les citoyens adorent la politique mais conchient les partis et les syndicats". Ce constat cru est celui d'Emmanuel Macron. Quelques heures avant le début de son meeting à Strasbourg, l'ancien ministre de l'Economie a déploré mardi devant des journalistes le scepticisme qui s'est installé selon lui en France. Tout en restant convaincu que les Français ont malgré tout envie d'engagement.

Son "engagement" pour la France, Emmanuel Macron l'a présenté au cours de ce rendez-vous très attendu, ce mardi soir à Strasbourg. Et comme il l'avait expliqué dans la journée, son initiative consiste à réconcilier les Français avec la politique. Pour cela, Emmanuel Macron, qui n'a pas encore dévoilé son programme, mise sur plusieurs propositions.

Toutes visent à résoudre trois problématiques: d'abord le manque de représentativité des citoyens. Ensuite le problème de la défiance envers les responsables politiques. Enfin, le problème du manque d'efficacité de la politique actuelle. 

> Inclure davantage les citoyens dans la vie politique

Lors de son discours mardi soir, Emmanuel Macron a appelé à "renouveler les termes de l'engagement politique", et à "ouvrir le système".

"Il y a une démocratie qui manque d’adhésion, qui ne permet plus d’inclure les gens", a-t-il regretté. "Une démocratie d’irresponsabilité s’est installée dans le pays", a-t-il ajouté.

Il a notamment plaidé pour une meilleure représentativité des citoyens, qui passe selon lui par plus de proportionnelle dans les élections. Vu comme plus "juste", ce mode de scrutin consiste à répartir le nombre de sièges en fonction du pourcentage des voix obtenues aux élections par les différents partis politiques.

"Il faut avancer sur la proportionnalité, je suis profondément convaincu de cette direction. Nous avons deux chambres, aucune ne reflète fidèlement la population", a-t-il estimé.

> Assumer une plus grande proportionnalité

La proportionnelle est appréciée en particulier des petits partis et traditionnellement de la gauche. L'introduction d'"une part de proportionnelle à l'Assemblée nationale" était d'ailleurs l'un des engagements de François Hollande en 2012. Emmanuel Macron, lui, souhaite une dose de proportionnelle à l'Assemblée et au Sénat. Il estime notamment qu'"en excluant le FN, on le renforce". Il a dit lors de son discours assumer cette "responsabilité", qui inclut le fait de donner plus de représentativité au Front national à l'Assemblée et au Sénat. Avec la proportionnelle, il souhaite "permettre des coalitions de conviction plutôt que d’appareil".

Pour renouveler les élus, l'ancien banquier d'affaires veut aussi limiter les mandats dans le temps et limiter leur cumul. "Après la République des énarques, vous aurez la République des attachés parlementaires et des salariés de partis", a-t-il regretté, lui qui a lui-même étudié à l'ENA et qui souhaite désormais faire accéder à la politique des membres de la société civile. Cela passera non seulement par le fait de former des civils au métier d'élus, mais aussi par le fait d'accompagner les élus dans leur retour à la vie civile. 

> Redonner confiance dans la politique et ses élus

Pour Emmanuel Macron, résoudre la défiance des Français vis-à-vis des élus passera par plus de transparence. Le futur candidat souhaite notamment que le président de la République rende des comptes, et fasse notamment son bilan devant un comité de citoyens tirés au sort. Il souhaite également renforcer les pouvoirs des commissions d'enquête parlementaires, et rendre les ministres responsables devant les députés et sénateurs. 

Emmanuel Macron a aussi défendu la non cumul des mandats dans le temps. "Quand la politique n’est plus une mission mais une profession, les responsables politiques peuvent devenir des intéressés. C’est là que nous courons un risque", a-t-il déclaré mardi soir.

Dans le détail, il souhaite que les ministres soient auditionnés par les parlementaires avant leur prise de fonctions. Il appelle aussi à vérifier leur situation pénale et leur casier judiciaire, comme c'est le cas pour les fonctionnaires. Il serait par exemple interdit d'être ministre pour quiconque aurait une inscription dans le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire.

Comme le rappelle le ministère de la Justice sur son site, le bulletin 2 comporte la plupart des condamnations pour crimes et délits, à quelques exceptions près, et est accessible notamment à l'administration. Les faits les plus graves apparaissent eux dans le bulletin numéro 3, accessible à la personne concernée. Le bulletin numéro 1, lui, est le plus complet. Il est accessible à la police et à la justice.

> Décentraliser le pouvoir pour le rendre plus efficace

"On met beaucoup de temps à faire des lois, tout le temps", déplore enfin Emmanuel Macron, qui réclame moins de lois, mais surtout un nouveau partage démocratique, afin de ne plus "tout attendre" de l'Etat.

Il propose notamment plus de décentralisation du pouvoir, et pour cela envisage la délégation à des acteurs du secteur privé et de la société civile de certaines missions de service public. L'Etat resterait le garant, définirait les règles à appliquer, mais déléguerait leur mise en œuvre. 

Charlie Vandekerkhove avec Jérémy Trottin