BFMTV

Première fronde à La République en marche à la veille du Congrès

Cent marcheurs annoncent ce mardi leur démission. Ils dénoncent notamment l'absence d'une instance de régulation au sein de la formation et un manque de représentativité, de liberté d'opinion et d'expression.

"La République en marche est tout sauf bienveillante et empathique". "La République en marche marche désormais sur la tête" et s'est "progressivement coupée de ses forces vives". Le constat est d'autant plus sévère qu'il émane de "marcheurs" eux-mêmes. Ce mardi, une centaine d'entre eux, qui se sont surnommés les "100 démocrates", publient une lettre annonçant leur démission du parti de la majorité. Un événement loin d'être anodin, qui révèle une dynamique interne sur le déclin, à quelques jours seulement du Congrès qui doit fonder officiellement La République en marche, samedi à Lyon. 

Le texte, signé par des militants et des élus et relayé par nos confrères de Franceinfo, dresse un contact accablant pour la formation politique. Les démissionnaires y dénoncent tout d'abord "des comités qui se sont vidés" quelques mois seulement après l'élection d'Emmanuel Macron. Des propos qui font écho à ceux de Laurent Saint-Martin ce mardi dans l'Opinion.

Un parti "en état dépressif"

Le vice-président LaREM de la commission des Finances y décrit un parti "en état dépressif". "Il est difficile d’être un parti de gouvernement surtout quand vous n’avez qu’un an d’existence", analyse-t-il. Sur les 380.000 adhérents revendiquées, seuls un tiers seraient encore actifs. "Autour de 120.000" explique Arnaud Leroy au quotidien, qui estime que globalement, moins de 10% des marcheurs sont encore effectivement "en marche". 

Un extrait de la lettre.
Un extrait de la lettre. © Capture d'écran Scribd

Outre un phénomène général de désengagement qui touche tous les partis politiques, les raisons de ce désamour apparaissent dans la lettre des 100 démissionnaires. La principale est d'actualité: le Congrès de samedi doit marquer notamment l'élection - à mains levées - jouée d'avance de Christophe Castaner à la tête du mouvement. Le secrétaire d'Etat, porte-parole du gouvernement, marcheur de la première heure et ancien député socialiste a été choisi par Emmanuel Macron pour devenir le délégué général de LaREM.

Le "sacre" de Castaner passe mal

Seul candidat à cette fonction, il est à la tête d'une liste réunissant les candidats au bureau exécutif, l'organe de direction du mouvement. Au total, quatre listes ont été établies. Sur celle de Christophe Castaner, on retrouve des personnalités de la première heure et des proches du président, comme Richard Ferrand, président du groupe LaREM à l'Assemblée, ou Cédric O, l'un des onze conseillers communs du président de la République et du Premier ministre. Face à ce scénario, les militants démissionnaires dénoncent un manque de démocratie. 

"Le prochain 'sacre' de Christophe Castaner, élu à la tête du parti avant l'heure en l'absence de concurrents, laisse peu d'espoirs aux militants en attente de démocratie", écrivent-ils. 

"Mépris et arrogance"

Dénonçant aussi une gouvernance "qui a confondu entendre et écouter", ils disent avoir essayé "d'instaurer un dialogue" et de "proposer des pistes d'amélioration".

"Le mépris et l'arrogance qu'ils ont essuyés, les menaces ou tentatives d'intimidation ne sont pas des pratiques bienveillantes et laissent à penser que La République en marche marche sur la tête". Selon eux, la formation "est tout sauf bienveillante et empathique". 

Les marcheurs, qui se décrivent comme "étudiants, ouvriers, universitaires, médecins, juristes, enseignants, travailleurs sociaux et retraités" "humanistes" regrettent également l'absence d'une instance de régulation interne. "Les nouveaux statuts avec une représentativité très affaiblie de la base militante ne permettant ni la liberté d'opinion et d'expression, ni une critique interne du pouvoir contre ses propres abus", ajoutent-ils. Plus généralement, ils déplorent un "fonctionnement vertical" et une "gouvernance d'élites" au mépris de "l'intelligence collective".

"Les adhérents sont consultés et écoutés"

Comme le rapporte franceinfo, ils ont décidé de quitter collectivement le mouvement vendredi, à la veille du Congrès, par l'intermédiaire d'un huissier qui apportera au siège du parti leurs lettres de démission.

Contactée par BFMTV.com, La République en marche s'étonne que le texte ne soit pas signé individuellement et se félicite d'être "le seul parti" à avoir donné des responsabilités "à des personnes qui n'avaient jamais fait de politique auparavant". La formation évoque en outre "des critiques récurrentes qui ne sont pas une réalité" et "une minorité qui voudrait que l'on devienne un parti traditionnel". 

"Les adhérents sont libres de leur engagement sur le terrain. Il y a ceux qui débattent, ceux qui défendent l'action du gouvernement... Ils sont consultés et écoutés", ajoute-t-on chez LaREM.

Quant à la désaffection évoquée sur le terrain, la formation revendique 386.000 adhérents, dont plus de 160.000 arrivés depuis l'élection d'Emmanuel Macron. "La dynamique n'a cessé de continuer", estime le parti. 

Charlie Vandekerkhove