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Grève du 5 décembre: quels partis politiques manifesteront contre la réforme des retraites?

Les différents mouvements de gauche, comme de tradition, sont soudés dans leur soutien aux grévistes et dans le rejet de la réforme des retraites telle que décrite par le gouvernement. Fait inédit, le Rassemblement national sera également présent lors de la mobilisation.

C'est une parade somme toute classique. Le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, l'a martelée dimanche sur France 3, à quelques jours de la grève du 5 décembre. "C’est (...) historique ce qu’il se passe: le Rassemblement national sera aux côtés du Parti socialiste pour manifester", a lancé le député de Paris. Une rhétorique millimétrée, brandie le même jour par le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, dans les colonnes du JDD

De quoi faire sortir de leurs gonds les dirigeants du PS, à commencer par son premier secrétaire Olivier Faure. Il ne demeure pas moins qu'au-delà de l'épouvantail Le Pen dont use Stanislas Guerini, le soutien actif du RN à la mobilisation syndicale à venir est tout à fait inédit. Ce ralliement s'ajoute à celui, des plus traditionnels, de l'ensemble des formations que compte la gauche. Voici un passage en revue des troupes politiques dont la présence est prévue le 5 décembre.

Les socialistes réinvestissent le terrain social

C'était à l'Assemblée nationale, ce mardi, lors de la séance de questions au gouvernement. Olivier Faure s'est emparé du micro pour tancer l'exécutif à la suite du parallèle RN/PS cité plus haut. Le député de Seine-et-Marne en a profité pour réitérer sa volonté de participer à la mobilisation du 5 décembre: 

"Je suis fier, oui fier, de manifester jeudi prochain avec ces millions de femmes et d'hommes qui sont attachés au modèle social français!"

Dès le 23 novembre, les membres du Conseil national du PS ont adopté à l'unanimité une résolution appelant leurs militants et sympathisants à battre le pavé à Paris et en province. Le même jour, Olivier Faure a rappelé que les socialistes feraient meeting commun avec les communistes, le 11 décembre à Saint-Denis, pour avancer "des contre-propositions" au projet du gouvernement sur les retraites.

Insoumis et communistes côte à côte

Un "contre-projet", les insoumis sont en train d'en concocter un de leur côté. Les troupes de Jean-Luc Mélenchon seront évidemment sur-mobilisées le jour J, convaincues que ce sera le début d'un "grand mouvement contre la réforme des retraites". Et, espèrent-elles, les germes d'une réédition des grandes grèves de l'hiver 1995. Le leader du mouvement défilera, lui, dans son fief électoral de Marseille. Tous ses lieutenants - Adrien Quatennens, Alexis Corbière, Clémentine Autain, Eric Coquerel, François Ruffin... - devraient être de la partie.

Les communistes partagent l'ambition de La France insoumise et ont, comme leurs alliés, fait leur tour de chauffe au palais Bourbon ce mardi. Leur chef, Fabien Roussel, avait affirmé sur notre antenne le 14 novembre que le gouvernement sous-estimais "la colère qui monte". Une semaine plus tard, lui et son porte-parole Ian Brossat ont annoncé la tenue du fameux "grand meeting des forces de gauche" le 11 décembre. En plus des socialistes et des insoumis, ils seront rejoints par les écologistes. 

EELV affiche son ancrage à gauche

Il affronte son premier dossier social à la tête d'Europe Écologie-Les Verts. Largement élu secrétaire national d'EELV samedi lors du congrès du parti à Saint-Denis, Julien Bayou a annoncé dans la foulée que les écologistes seraient "dans la rue le 5 décembre".

Il ne s'agit pas là d'un tournant pour cette formation, qui en France s'est toujours placée à gauche du spectre politique, contrairement à son équivalent allemand par exemple. Il s'agit au contraire d'une affirmation de cet ancrage. Lors de la campagne des élections européennes, Yannick Jadot avait adopté une ligne plus pro-entreprises, plus réformiste que ce que les écologistes ont coutume de faire. Cela en avait d'ailleurs déstabilisé plus d'un en interne. Avec l'arrivée de l'activiste Julien Bayou à la direction d'EELV, les choses ont le mérite d'être plus claires. Au point de défiler avec le PCF et la CGT, dont la plupart des cadres dirigeants défendent un logiciel productiviste. 

L'extrême gauche au rendez-vous

Dans ce genre de conflit social, ils jouent à domicile. Qu'il s'agisse de Lutte ouvrière ou du Nouveau Parti anticapitaliste, en passant par le plus confidentiel Parti ouvrier indépendant, tous battront le pavé. "Dans le bras de fer qui commence jeudi 5, toutes les travailleuses, tous les travailleurs ont les mêmes intérêts: que cette grève réussisse, se développe et soit victorieuse", peut-on lire sur le site de LO. 

Quant au NPA, ses principaux porte-paroles que sont Philippe Poutou, Christine Poupin et Olivier Besancenot ont signé la tribune "En décembre, c'est tous ensemble", publiée lundi par Libération

Le RN monte au front, pas Le Pen

Comme nous l'avions évoqué la semaine dernière, Marine Le Pen fait prendre à son parti un tournant symbolique: celui de ne plus se tenir à une stricte distance des syndicats, que le Front national a toujours globalement mésestimés et taxés de gauchisme.

En annonçant d'une part qu'elle soutient la grève et d'autre part que certains de ses cadres iront manifester le 5 décembre, la patronne du Rassemblement national acte sa volonté de se dépeindre en "première opposante" d'Emmanuel Macron. Pas question de laisser ce front social inoccupé.

Marine Le Pen ne s'y rendra pas en personne, considérant que ce n'est pas le rôle d'une "dirigeante politique", mais l'un de ses plus proches conseillers, Philippe Olivier, a confirmé auprès de BFMTV.com qu'il serait "dans un cortège". Idem pour le député du Nord Sébastien Chenu, porte-parole du RN, qui a fait part de ses intentions auprès du Monde

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, adopte la même position d'équilibriste. "Je soutiens cette mobilisation du 5 décembre car ce n’est pas la mobilisation - comme veut le faire croire le gouvernement - des seuls régimes spéciaux. C’est la manifestation des Français lucides, de toutes professions, sur le danger de cette réforme des retraites", affirmait-il récemment au micro de Sud Radio. Le député de l'Essonne, lui, ne défilera pas. 

Jules Pecnard