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Réforme des retraites: le coup de sang d'Édouard Philippe contre l'aile gauche de LaREM

Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 2 avril 2019

Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 2 avril 2019 - BFMTV

Lors de la réunion du bureau exécutif du parti majoritaire, le Premier ministre s'en est pris directement à certains élus de LaREM, qu'il accuse de vouloir nourrir une confrontation avec Emmanuel Macron, sur fond de tensions autour de l'âge légal de départ à la retraite.

Entre Édouard Philippe et une partie de sa majorité, il y a du mou dans la corde à nœuds. La réforme des retraites, en cours de préparation par Jean-Paul Delevoye, fait l'objet d'âpres débats au sein de La République en marche. Sur ce sujet, la réunion du bureau exécutif du parti majoritaire a été houleuse ce lundi soir. 

Présent, le Premier ministre s'en est pris vigoureusement, sans les nommer, aux représentants autoproclamés de l'aile gauche du groupe. Notamment Aurélien Taché et Guillaume Chiche qui, récemment, ont fait du maintien de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans une forme de casus belli, en reprochant aux ministres issus de la droite de mettre en œuvre leur agenda idéologique. Et en défendant, en filigrane, l'idée selon laquelle ceux-ci n'incarneraient pas la matrice originelle du macronisme. 

Selon plusieurs participants, Édouard Philippe a profité du "burex" de LaREM pour mettre les points sur les i.

"Il est incroyable que des gens se revendiquant de l'AOC d'En Marche (appellation d'origine contrôlée, NDLR) se sentent plus légitimes que moi, qui suis Premier ministre, pour porter le programme du président", a-t-il tonné.

Le menace du Premier ministre

Et Edouard Philippe va jusqu'à menacer d'un départ des membres venus de la droite, dont il fait partie: "Ceux qui viennent de gauche sont tellement contents de faire de l'entre-soi, on va voir ce que ça donne si ceux de droite s'en vont."

Davantage soutenu par ses collègues du gouvernement, comme Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu et Bruno Le Maire, que par des membres de la majorité, le Premier ministre reproche à ces députés (pour la plupart d'anciens socialistes) de monter en mayonnaise un conflit entre lui et Emmanuel Macron. 

"Je ne peux pas tolérer que des députés essayent de me monter contre le président de la République. Je n'en voudrai jamais à quelqu'un qui a une idée et qui débat mais j'arrêterai tous ceux qui veulent jouer le petit jeu du Premier ministre contre le chef de l'État", a-t-il cinglé. 

Les retraites, sujet sensible

Parmi ces élus ciblés par le chef du gouvernement, certains étaient présents au bureau exécutif de LaRem. Par exemple, le député du Val-d'Oise Aurélien Taché, qui cultive sa singularité au sein de la majorité. Dans une interview accordée avec l'avocat Jean-Pierre Mignard au Monde ce mardi, le parlementaire a annoncé le lancement d'Hypérion, un laboratoire d'idées censé faire vivre la sensibilité dite de "gauche démocrate" au sein de la majorité. 

"Le Premier ministre visait clairement Taché. Beaucoup de gens en ont marre qu'il s'exprime en notre nom à tous", raconte à BFMTV un participant à la réunion de lundi soir au siège du parti. La mise au point d'Édouard Philippe a tendu certains, qui se sont sentis visés par ses propos. "Quand il parle d'AOC d'En Marche, je le prends pour moi, j'ai participé à la fondation du parti", grince un participant.

Au-delà des questions de personnes, le débat sur l'âge légal de départ à la retraite divise le groupe majoritaire. "Attention dans ce contexte explosif de ne pas rallumer une mèche", prévient un député. "Ce débat, c'est Gérald Darmanin qui l'a porté dans les médias", souligne-t-il, pour faire comprendre que l'origine des échanges vifs ne viennent pas des députés, mais plutôt de l'exécutif. Qui va devoir composer avec un nouveau chantier qui divise son camp. 

Jules Pecnard avec Elisa Bertholomey