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Face à l'évolution des modes d'action, Edouard Philippe veut durcir la lutte anti-terroriste

Edouard Philippe à la DGSI, le 13 juillet 2018.

Edouard Philippe à la DGSI, le 13 juillet 2018. - Gérard Julien - AFP

Edouard Philippe a présenté ce vendredi 32 nouvelles mesures de lutte contre le terrorisme en France, développées en cinq axes. Vont notamment être créés un parquet national antiterroriste et des cellules de profilage et de suivi des détenus terroristes ou radicalisés en fin de peine.

Le Premier ministre a pris la parole ce vendredi matin au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret afin de présenter le nouveau plan d'action du gouvernement contre le terrorisme.

Au total, ce dispositif contient pas moins de 32 mesures qui viennent compléter le volet sur la prévention de la radicalisation présenté fin février. BFMTV a notamment révélé en avant-première ce vendredi matin la création d'un état-major regroupant tous les chefs des services luttant contre la menace terroriste - 14 en tout -, voué à se réunir tous les jours et dont l'organisation revient à la DGSI. Cela concrétise la "task force" promise par le candidat Emmanuel Macron. Huit autres mesures ont été prises mais ne seront pas rendues publiques, a noté Edouard Philippe. 

Ce dernier a tout d'abord affirmé que "la menace d'inspiration islamiste (demeurait) particulièrement élevée" et rappelé que 25 attentats avaient été déjoués depuis janvier 2017. 

Notant l'évolution des modes d'action, le Premier ministre a noté que "le terrorisme n'était plus forcément téléguidé par des cellules à l'étranger mais (qu'elle prenait) le visage de personnes parfois issues de la petite délinquance, parfois psychologiquement fragiles, endoctrinés ou auto-radicalisés, équipés d'un armement sommaire (qui) décident très rapidement de passer à l'acte". 

Un des nouveaux défis de l'Etat réside dans le traitement des détenus terroristes et de la radicalisation en milieu carcéral. Edouard Philippe a rappelé qu'au 1er juin 2018, 506 individus étaient détenus pour actes de terrorisme et 1109 prisonniers de droit commun "identifiés comme radicalisés". D'ici à la fin de l'année prochaine, plus de 400 d'entre eux devraient être libérés.

"Certains représentent encore une menace et doivent donc faire l'objet d'un suivi renforcé", a noté le Premier ministre. 
  • Une cellule de profilage des assaillants terroristes

Le plan présenté par le locataire de Matignon se découpe en cinq axes de priorité, le premier étant la "connaissance". A notamment été évoqué la "nécessité d'un retour d'expérience sur les actes avérés ou les actions déjouées ou échouées". Ainsi, une "cellule de profilage" des auteurs d’attaques terroristes et d’identification des facteurs de passage à l’acte sera créée afin de repérer les "points fixes" entre les profils et les itinéraires des criminels. 

  • Une cellule de suivi des détenus terroristes ou radicalisés
"Nous ne devons négliger aucun moyen d'empêcher les passages à l'acte sur le territoires", a martelé le Premier ministre, qui a évoqué un renforcement des instruments de veille et de suivi sur les situations "particulièrement sensibles", comme les détenus terroristes ou de droit commun radicalisés. 

Une cellule spécifique, placée au sein de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT) à laquelle sera associé le renseignement pénitentiaire, permettra de mieux suivre les détenus condamnés pour faits de terrorisme ou ou identifiés comme radicalisés en fin de peine. L'objectif est de "renforcer les suivis sous contrôle judiciaire" ainsi que de faciliter la surveillance électronique mobile.

"Le non respect du contrôle judiciaire par les personnes mises en examen pour faits de terrorisme entraînera une réponse judiciaire systématique", a par ailleurs relevé Edouard Philippe. 
  • "Accroître le niveau de vigilance"

Le Premier ministre veut "accroître le niveau de vigilance des acteurs de la société, publique ou privée". Il a souligné le développement "rapide" des enquêtes administratives de sécurité ou du criblage sur les fonctions et lieux sensibles: recrutement dans les professions de souveraineté nationale, habilitations au secret de la défense nationale, organisation de grands événements et certains emplois dans les transports. 

Par ailleurs, le préfet Renaud Vedel a été chargé de faire d'ici à la fin de l'année des propositions au gouvernement en matière d'opportunités technologiques sur la sécurité et d'intelligence artificielle. 

  • Confirmation de la création d'un parquet national antiterroriste

La nouvelle date de décembre dernier mais a été confirmée ce vendredi par le Premier ministre: un parquet national antiterroriste va être créé, avec "des équipes de magistrats et fonctionnaires renforcées". 

Le Premier ministre a tout d'abord confirmé "la création d'un parquet national antiterroriste qui permettra de renforcer encore la lutte de l'action publique contre le terrorisme". Edouard Philippe a notamment rendu hommage au procureur de la République de Paris François Molins, devenu le visage de l'antiterrorisme français. 

Outre les équipes renforcées du parquet, des procureurs délégués à l'antiterrorisme seront désignés dans les parquets régionaux les plus exposés. Le gouvernement compte ainsi créer un "vivier de magistrats immédiatement et efficacement mobilisables en cas d'attaque terroriste", soit un "véritable maillage antiterroriste au niveau judiciaire". 

Dans son dernier axe, le Premier ministre a évoqué l'Europe et souligné "l'action résolue de la France pour renforcer l'effectivité du retrait rapide des contenus illicites sur Internet. 

  • Un juge de l'indemnisation des victimes du terrorisme

Par ailleurs, le Premier ministre a annoncé la création d'un juge de l'indemnisation dédié aux victimes du terrorisme et souhaité "l'amélioration de la protection" de ces dernières.

Les échanges avec les maires seront également renforcés, certaines "informations confidentielles pouvant être échangées". "Il ne s'agit pas de dire qu'ils vont devenir des agents de la DGSI car ils ne le souhaitent pas, et ce ne serait pas souhaitable", a insisté Edouard Philippe, misant plutôt sur "une intensité accrue dans la circulation de l'information". Ils n'auront ainsi pas "d'accès libre" au FSPRT, le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation.

Liv Audigane