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Gilets jaunes: en coulisses, comment le gouvernement a décidé de reculer

Emmanuel Macron constate les dégâts dans le quartier de l'Arc de Triomphe, le 2 décembre 2018.

Emmanuel Macron constate les dégâts dans le quartier de l'Arc de Triomphe, le 2 décembre 2018. - Geoffroy Van Der Hasselt - AFP

Mardi, Emmanuel Macron a concédé le premier recul important de son quinquennat en suspendant trois mesures fiscales, après trois semaines de crise des gilets jaunes.

Depuis son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron n'avait jamais reculé. Mais après un an et demi au pouvoir, le chef de l'Etat a finalement rétropédalé mardi, par la voix de son Premier ministre.

Lors d'une allocution télévisée, Edouard Philippe a en effet annoncé la suspension de trois mesures fiscales contestées: la hausse de la taxe carbone sur le carburant, qui était prévue au 1er janvier mais finalement suspendue pour six mois, l'augmentation des tarifs du gaz et de l'électricité, qui ne bougeront pas de l'hiver, et le durcissement du contrôle technique, qui attendra l'été. Objectif: tenter d'apaiser la crise, en cours depuis trois semaines, et alors que la dernière journée de mobilisation nationale a été marquée par des violences sans précédent

Macron à 11.000 km de Paris

Le scénario de ce recul s'est joué en l'espace de trois jours. Samedi, alors qu'il se trouve encore à Buenos Aires, où il participe au sommet du G20, Emmanuel Macron voit les images des violences en cours à Paris, à 11.000 kilomètres de là, mais aussi au Puy-en-Velay, sur les téléphones portables de ses collaborateurs, raconte Le Figaro. Le "troisième acte" de la mobilisation des gilets jaunes est en train de se transformer en violences urbaines d'une intensité sans précédent. 

Depuis l'autre côté de la planète, le président de la République comprend qu'un tournant dans la crise a été atteint, lui qui s'était promis de "garder le cap". Quelques jours avant cette journée décisive du 1er décembre, le gouvernement avait en effet exclu tout retour sur la hausse des taxes sur le carburant. 

Dissonances en coulisses

Ainsi, dans un discours prononcé le 27 novembre, avant son départ pour l'Argentine, Emmanuel Macron avait affirmé avoir compris la colère du mouvement des gilets jaunes, sans toutefois faire de geste concret en matière fiscale. Pourtant, selon Le Figaro, une annonce de pause en matière de taxes figurait dans la première mouture du discours, que le chef de l'Etat devait prononcer. Mais Edouard Philippe, opposé à un moratoire, serait parvenu à le convaincre au dernier moment de ne pas annoncer de mesure. 

Pourtant, en coulisses, d'autres voix dans l'entourage du président de la République sont partisanes d'un moratoire. C'est notamment le cas du patron du MoDem, François Bayrou. Mais la volonté du Premier ministre l'emporte, et le cap est maintenu. Et cette détermination à ne pas céder sera toujours le mot d'ordre samedi soir, avant le décollage de l'avion présidentiel d'Argentine. 

Prise de conscience 

Dimanche 2 décembre, alors qu'il vient d'atterrir à Paris après douze heures de vol, Emmanuel Macron se rend dans le quartier de l'Arc de Triomphe, sur les lieux ciblés la veille par les violences, pour constater les dégâts et rencontrer forces de l'ordre et commerçants. Accueilli par un mélange d'applaudissements et de huées, le chef de l'Etat passe devant les slogans tagués sur l'Arc, qui le visent directement. Une visite aux effets de prise de conscience. 

Dans les heures de discussions, de réunions, et de concertations, qui vont avoir lieu au sein de l'exécutif entre dimanche et mardi, l'idée de mettre en place un moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant fait son chemin, auprès d'Emmanuel Macron, et au sein de la majorité.

"Le président pense alors que c'est la bonne décision", confie un proche du président de la République, cité par Le Figaro. Le Premier ministre va finir lui aussi par se rallier à cette idée, son entourage faisant valoir la nécessité d'un "geste d'apaisement pour faire retomber la pression". 

Edouard Philippe en première ligne

L'idée du moratoire est scellée lundi matin, lors d'un entretien entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe à l'Elysée. La décision est prise, des annonces auront lieu. Une réunion interministérielle se tient au coeur du palais présidentiel le soir même. Autour de la table, François de Rugy, Christophe Castaner, Muriel Pénicaud, Gérald Darmanin, mais aussi Jean-Michel Blanquer, font valoir leurs arguments. Le chef de l'Etat prend la décision d'envoyer son Premier ministre pour annoncer les mesures.

Mardi, vers 12h30, Edouard Philippe monte en première ligne, en direct à la télévision, pour annoncer les trois mesures fiscales décidées par le gouvernement. Face à la crise, le locataire de Matignon joue le rôle de fusible, comme vu maintes et maintes fois pendant la Ve République. Le Premier ministre, qui a dû lui aussi reculer, serait "résigné", selon un membre de la majorité cité par Europe 1. "On le sent un peu lassé de prendre des coups, il ne faut pas qu'il craque", ajoute cette source.

Prochaine étape le 8 décembre: malgré le recul de l'exécutif, de nombreux gilets jaunes ont appelé à la mobilisation dans les rues, pour un "Acte 4"

Adrienne Sigel