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Rentrée sous pression pour Marine Le Pen

La justice a gelé le versement de deux millions d'euros de subvention publique au Rassemblement national, déjà endetté. Mais pour Marine Le Pen, il est trop tôt pour parler plan social ou fermeture des permanences.

"Croyez-moi, vous allez nous entendre". A l'occasion de sa première apparition en public pour la rentrée, Marine Le Pen a promis ce vendredi qu'elle et son parti étaient de retour, après des semaines d'absence estivale alimentées seulement de tweets et de communiqués, et alors que le Rassemblement national est empêtré dans de graves difficultés financières. 

"J’étais comme vous en vacances, je pense que chacun peut le comprendre", a-t-elle déclaré devant les journalistes, à la Foire de Châlons-en-Champagne, dans la Marne. Une destination choisie pour remplacer le traditionnel meeting de Brachay, en Haute-Marne, où elle n'est pas exactement en odeur de sainteté, le maire de la commune ayant rallié Florian Philippot, son ancien numéro 2 du parti, pour fonder Les Patriotes. La présidente du Rassemblement national s'est voulue rassurante. 

"Nous sommes présents sur tous les sujets qui sont essentiels, et croyez-moi, il va y en avoir, dans les semaines qui vont arriver", a-t-elle assuré, citant "la dégressivité des allocations chômage, la réforme de la retraite, la loi Pacte". "Eh bien, il va y avoir des choses à dire", a martelé Marine Le Pen, qui s'est dite "en campagne permanente", à moins d'un an des européennes.

Un contexte favorable, et pourtant

Un scrutin pour lequel elle doit encore trouver une tête de liste, puisque pour la première fois il ne sera pas conduit par un membre de la famille Le Pen. Marine Le Pen doit faire face à des difficultés, alors même que le contexte pourrait lui être favorable. En France, l'actualité est porteuse, avec un président Macron affaibli depuis l'affaire Benalla, au cours de laquelle la députée s'était d'ailleurs montrée très combative, se confrontant notamment à Christophe Castaner à l'Assemblée nationale, devant les caméras des chaînes de télévision. Elle réclamait alors que le délégué général de La République en marche soit entendu par la commission d'enquête mise sur pied.

Au niveau européen, les planètes sont également alignées, avec une montée des populistes, de l'Italie de Matteo Salvini, un allié de Marine Le Pen, à la Hongrie de Viktor Orban. Ce vendredi, la députée a d'ailleurs dit souhaiter porter un "coup d'arrêt" à l'Union européenne et un basculement de la majorité au Parlement européen. D'après un sondage de l'Ifop, son parti arrive en deuxième position des intentions de vote aux Européennes, derrière La République en marche.

Décision attendue le 26 septembre

Pourtant, la situation interne au parti est critique, et si sa rentrée politique officielle aura lieu le 16 septembre à Fréjus, dans le Var, c'est une rentrée au rabais qui s'annonce. A la suite de l'affaire des assistants parlementaires frontistes, soupçonnés de n'avoir pas travaillé réellement pour le Parlement européen, la justice a décidé de geler deux millions d'euros de subventions publiques au parti, endetté à hauteur de 12 millions d'euros. La cour d'appel doit désormais décider de confirmer ce gel ou de l'annuler, ce qui interviendra le 26 septembre prochain. 

En interne, il est question d'un plan social, qui doit être débattu la semaine prochaine, tandis qu'environ 20% des permanences du parti ont dû être fermées. Pour plusieurs médias, dont Le Parisien, le taux serait même d'un tiers. Interrogée à ce sujet, Marine Le Pen a dit ce vendredi ne pas confirmer et être "dans l'attente de la juridiction d'appel de cette décision scandaleuse pour nous a privés de notre dotation publique".

"Si nous récupérons notre dotation, il n’y a pas de raison de prendre des mesures de ce type", a-t-elle ajouté.

Une "crise de trésorerie"?

Sur notre antenne ce vendredi matin, le trésorier du parti avait évoqué quelques minutes plus tôt une "crise de trésorerie". Pour Wallerand de Saint-Just, les nouvelles faisant état d'un éventuel plan social et de la fermeture de permanences "ont été un peu trop vite".

"Il faut être extrêmement prudents, de toute façon, nous devions faire des économies. Nous pouvons fonctionner normalement de façon très sobre, on fonctionne et on est prêts à faire face à toutes nos responsabilités politiques. Nous sommes désargentés mais plein de dynamisme", a-t-il affirmé.

Dans le détail, le trésorier a tout de même reconnu que cette "crise de trésorerie" posait plusieurs problèmes, et qu'il faudrait notamment faire une nouvelle campagne de dons pour financer un tract représentant Matteo Salvini et Marine Le Pen, encore dans les tuyaux. Wallerand de Saint-Just a aussi expliqué que depuis juin, le parti n'était pas capable de prendre en charge une partie des loyers des fédérations, comme il le fait habituellement. "On vit un peu au jour le jour, mais on n'a pas de problème structurel ou existentiel", a-t-il assuré.

Charlie Vandekerkhove