BFMTV

François Bayrou: 34 jours au soleil avant la rechute

François Bayrou le 27 avril 2016 dans le QG du Modem.

François Bayrou le 27 avril 2016 dans le QG du Modem. - JOEL SAGET / AFP

Après sa démission du gouvernement, l'ex-garde des Sceaux semble condamné à retrouver le désert politique dont on le croyait sorti il y a encore quelques jours.

Il rejoint la liste des mandats de ministres les plus courts de la Vème République. Après 34 jours comme garde des Sceaux, François Bayrou a annoncé sa démission ce mercredi. Une conséquence collatérale de l'enquête sur les assistants parlementaires du Modem, qui renvoie François Bayrou dans le désert politique dont on l'a cru sorti en février, quand il a annoncé son alliance avec Emmanuel Macron.

A la tête du parti centriste depuis sa création en 2007, l'ancien ministre de la Justice aura, en six semaines, tout juste réussi à laisser son nom au projet de loi sur la moralisation de la vie publique. Le comble, c'est que le fils d'agriculteur béarnais ressort de cette aventure ministérielle avec une intégrité ternie. François Bayrou aura sans doute aussi aidé Emmanuel Macron à gravir les marches de l'Elysée, à défaut de les avoir montées lui-même. Car ce n'est pas faute d'avoir essayé, à trois reprises.

"Si Macron est là, c'est un peu grâce à moi", glissait-il à l'AFP au mois de mai. 

Retour à Pau?

Lorsqu'il a été nommé ministre de la Justice, François Bayrou n'avait pas eu de poste au sein d'un gouvernement depuis 20 ans: de 1993 à 1997, il a été ministre de l'Education nationale sous François Mitterrand puis sous Jacques Chirac. Il a désormais un avenir politique incertain devant lui. Il y a fort à parier qu'il reste maire de Pau, alors qu'il devait quitter ces fonctions pour privilégier celles du ministère de la Place Vendôme. L'édile devait remettre sa démission lors d'un conseil municipal extraordinaire prévu le 30 juin et qui est maintenu, mais dont on ne connaît pas l'ordre du jour, comme le rapporte Sud Ouest. Et il est tout aussi envisageable que François Bayrou n'ait plus d'avenir politique au plan national.

Avant la présidentielle de mai dernier, il avait gardé le suspense sur une quatrième candidature. Désormais, la cinquième semble tout à fait inenvisageable. Ses différentes tentatives témoignent des trous d'air qui ont ponctué son parcours politique: en 2002, il avait recueilli 6,8% des voix. En 2012, il avait plus que doublé ce chiffre, atteignant son record personnel, avec 18,6%, s'imposant comme le troisième homme du scrutin derrière Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, qu'il refusera de soutenir.

42 députés Modem comme lot de consolation

C'est d'ailleurs ce succès qui le poussera à fonder le Modem. En 2012, après avoir fait 9,3%, il appelle à voter pour François Hollande au second tour. Tollé immédiat à droite, François Bayrou se retrouve alors isolé dans sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques, où il est élu depuis 2002, après avoir occupé trois fois le même mandat de manière discontinue depuis 1986. Il est battu par une candidate socialiste et quitte son fauteuil au Palais Bourbon. Ce n'est qu'en 2014 qu'il retrouvera un nouveau mandat, comme maire de Pau, après deux échecs consécutifs, et en prenant sa revanche sur les socialistes, qui dirigeaient alors la mairie.

"Les gens m'identifient à l'idée du centre", a plusieurs fois affirmé l'agrégé de lettres classiques et biographe d'Henri IV.

Mais même au sein de sa famille politique, certains ne lui ont pas pardonné ses soutiens éclectiques. A la primaire de la droite et du centre, en 2016, il a soutenu Alain Juppé et combattu le programme de François Fillon. Grâce à son alliance avec Emmanuel Macron, il a tout de même permis à son parti d'obtenir 42 députés à l'Assemblée nationale. Son retour au désert sera sûrement aussi un retour à la case départ: c'est à Pau que François Bayrou a fait ses débuts en politique, comme conseiller général, en 1982.

Charlie Vandekerkhove avec AFP