BFMTV

Enregistrement de Jouyet: la justice va trancher sur la demande de Fillon

Jean-Pierre Jouyet et François Fillon, ici en 2008.

Jean-Pierre Jouyet et François Fillon, ici en 2008. - Gérard Cerles - AFP

Le tribunal de grande instance de Paris va rendre sa décision jeudi concernant la demande de François Fillon. L'ancien Premier ministre réclame la copie intégrale de la conversation entre Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l'Elysée, et deux journalistes du Monde.

C'est un enregistrement clé de l'affaire qui oppose François Fillon à Jean-Pierre Jouyet. La justice doit se prononcer ce jeudi sur la demande de l'ancien Premier ministre de récupérer l'enregistrement réalisé par des journalistes du Monde, dans lequel le secrétaire général de l'Elysée le met en cause.

"Taper vite"

Dans cet enregistrement, Jean-Pierre Jouyet raconte aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme que l'ancien Premier ministre lui a demandé d'accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy pour empêcher le retour de son rival, et pour ce faire, de "taper vite".

Des déclarations et une démarche catégoriquement démenties par François Fillon, qui accuse le secrétaire général de l'Elysée de "mensonge". L'ancien Premier ministre a aussi affirmé lors d'un meeting à Menton, dans les Alpes-Maritimes, vouloir "tordre le cou à la rumeur infamante".

Une version défendue par le "troisième homme"

Le troisième homme présent au déjeuner où auraient eu lieu les échanges, Antoine Gosset-Grainville, a quant à lui défendu la version de François Fillon, dont il fut le directeur de cabinet adjoint, à Matignon.

Devant le tribunal de grande instance de Paris,où siégeait vendredi son président, Jean-Michel Hayat, la défense de l'ancien chef du gouvernement a demandé en référé - la procédure d'urgence - la copie intégrale de cet enregistrement ou, à défaut, que le tribunal puisse transcrire les passages concernant le député de Paris.

Une démarche qui serait "vouée à l'échec"

Pour la défense des journalistes, cette démarche est "vouée à l'échec" car elle se heurte aux dispositions de la loi sur la presse et porte atteinte au secret des sources. Elle relève selon eux avant tout d'une stratégie médiatique.

Mais selon l'avocat de François Fillon, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, cette demande ne s'inscrit pas dans la perspective de la procédure en diffamation, engagée lundi par son client contre Jean-Pierre Jouyet et les deux journalistes du Monde.

Il souhaite pouvoir obtenir l'enregistrement, dans le cadre d'une procédure à venir au civil pour faute, car François Fillon reproche aux journalistes d'avoir fait la promotion de leur livre à ses dépens. Une argumentation qui n'a manifestement pas convaincu les avocats des journalistes du Monde.

Jouyet, piégé par les journalistes?

En faisant écouter à d'autres médias, dont BFMTV, des extraits de l'enregistrement, les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont eux-mêmes "pulvérisé la source", avait plaidé Me Versini-Campinchi.

Selon lui, le revirement de Jean-Pierre Jouyet, qui, après avoir démenti, a reconnu avoir affirmé que l'ex-Premier ministre avait bel et bien évoqué devant lui les affaires judiciaires visant l'ancien chef de l'Etat, est "la preuve évidente" que le secrétaire général de l'Elysée "s'est fait piéger" par les journalistes.

La question du contexte

"Le secret des sources n'est pas destiné à protéger les journalistes, mais à protéger la source", avait renchéri sa consoeur Orly Rezlan, qui s'interroge sur le contexte dans lequel les propos de Jean-Pierre Jouyet ont été recueillis, s'ils ont été spontanés, s'il présentait les choses comme "une blague, comme une information de rien du tout".

Pour la défense de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Me Christophe Bigot avait estimé que l'ancien Premier ministre cherchait à "instrumentaliser" le tribunal et à s'affranchir des règles de la loi sur la presse. Une loi selon laquelle les prévenus sont les seuls à pouvoir choisir les pièces pour leur défense.

"Déplacer le scandale"

Le secret des sources ne peut être rompu "qu'en cas d'impératif prépondérant d'intérêt public", a abondé son confrère Me François Saint-Pierre, soulignant que la demande d'une personne privée ne constituera jamais un tel impératif.

Jugeant la demande de François Fillon "à la limite de la procédure abusive", Me Marie Burguburu avait estimé que pour l'ancien Premier ministre, "il fallait déplacer le scandale", créer un "nuage de fumée et ce qui est incroyable, c'est que ça marche".

Jé. M. avec AFP