BFMTV

Six points pour comprendre l'affaire Alexandre Benalla

Alexandre Benalla au côté d'Emmanuel Macron, au premier plan en flou, le 18 juin 2017 au Touquet.

Alexandre Benalla au côté d'Emmanuel Macron, au premier plan en flou, le 18 juin 2017 au Touquet. - Christophe Archambault - pool - AFP

L'Elysée a décidé d'engager une procédure de licenciement à l'encontre d'Alexandre Benalla, qui a également été placé en garde à vue ce vendredi matin, après avoir été filmé en train de commettre des violences contre des manifestants.

L'affaire s'accélère. Après que Le Monde a révélé mercredi avoir identifié sur une vidéo datant du 1er mai un proche collaborateur d'Emmanuel Macron (qui se présentait comme adjoint à son chef de cabinet mais n'était en réalité que chargé de mission) en train de s'en prendre violemment à un manifestant, ce dernier a été placé en garde à vue ce vendredi matin tandis que l'Elysée a engagé une procédure de licenciement à son encontre. Reste de nombreuses questions, tant sur les raisons de la présence d'Alexandre Banella avec les forces de l'ordre ce jour-là, que son comportement violent et sa légitimité à porter des signes l'identifiant comme policier.

Que s'est-il passé?

Une petite centaine de personnes se trouvent place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris, pour un "apéro militant" en marge des rassemblements du 1er-Mai. Les CRS, d'abord stationnés à quelques pas rue Mouffetard, interviennent. Un homme identifié comme Alexandre Benalla, protégé par un casque de policier (et portant un brassard "Police" sur d'autres images du même jour), s'en prend d'abord à une femme qu'il amène sur le trottoir et tente à deux reprises de la mettre à terre, avant de l'immobiliser. Il tient aussi à distance une cycliste qui tente de s'approcher de la scène. Cette première scène fait l'objet d'une vidéo diffusée dans un second temps, ce vendredi.

Peu après, l'homme se dirige vers les CRS qui tentent de maîtriser un manifestant. Alexandre Benalla s'approche de l'homme déjà immobilisé, le saisit, à un moment par le cou, avant de le frapper à plusieurs reprises et de le mettre violemment au sol. Cette séquence a été filmée puis diffusée par Le Monde mercredi, qui y a identifié le collaborateur d'Emmanuel Macron.

Pourquoi Alexandre Benalla accompagnait les forces de l'ordre?

Officiellement, et selon l'autorisation délivrée par l'Elysée, il accompagne les CRS à des fins d'observation "pour voir comment se gérait une grande manifestation". "ll m'en a demandé l'autorisation, je la lui ai donnée, mais en précisant bien qu'il y allait en observateur", a expliqué le directeur de cabinet du Président au Monde, qui a diffusé la vidéo et identifié Alexandre Benalla sur les images.

Pourquoi portait-il un casque de policier?

Sur les vidéos diffusées ces derniers jours, Alexandre Benalla porte un casque de policier. Sur d'autres images prises le même jour, le collaborateur d'Emmanuel Macron a également un brassard orange "Police" sur le bras. Parfois, les collaborateurs de ministres peuvent exceptionnellement porter ce brassard afin de passer les barrages de police lors d'événements spécifiques.

Si c'est une pratique, ce n'est pas un droit car ils ne sont pas policiers. Une enquête préliminaire a d'ailleurs été ouverte pour "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique". Le syndicat VIGI CGT Police a porté plainte pour les mêmes chefs.

Qui est Alexandre Benalla?

Chargé de la sécurité d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, Alexandre Benalla est devenu chargé de mission une fois l'élection passée, et non adjoint au chef de cabinet du Président comme il le présentait sur sa carte de visite. Il s'occupait notamment de la sécurité des déplacements du chef de l'Etat.

Il a également travaillé dans le service d'ordre de François Hollande pendant sa campagne en 2012, a été chargé de la protection de Martine Aubry et a même été chauffeur d'Arnaud Montebourg. Ce dernier dit au Monde s'être séparé de lui "au bout d'une semaine après une faute professionnelle d’une première gravité: il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite".

Quelles ont été les sanctions de l'Elysée?

Après les événements du 1er mai, l'Elysée l'a tout d'abord suspendu 15 jours sans salaire et le rétrograde à la sécurité en interne. Toutefois, il est resté mobilisé lorsque des événements importants ont exigé une sécurité plus importante, comme l'entrée au Panthéon de Simone Veil début juillet, ou encore l'arrivée des Bleus à Paris lundi.

Le porte-parole de la présidence Bruno Roger-Petit a présenté la sanction comme "la plus grave jamais prise contre un chargé de mission travaillant à l'Elysée" et prévenu que c'était "un dernier avertissement". Près de 24 heures après cette première annonce, la présidence a finalement décidé d'engager la procédure de licenciement à l'encontre d'Alexandre Benalla pour des "faits nouveaux":

"Il a été porté à la connaissance de la présidence de la République des faits nouveaux, qui sont constitutifs d'une faute commise, et qui font l'objet d'une procédure judiciaire", a indiqué l'Elysée. Alexandre Benalla "aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir", précise cette même source.

Quelles suites judiciaires?

Alexandre Benalla a été placé en garde à vue ce vendredi matin à Paris après qu'une enquête préliminaire a été ouverte pour "usurpation de fonctions", "usurpation de signes réservés à l'autorité publique" et "violences par personne chargée d'une mission de service public" et confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Une plainte a également été déposée par le syndicat VIGI CGT Police, notamment car les CRS ont confié le manifestant au collaborateur de l'Elysée censé n'être qu'un simple observateur.

Par ailleurs, trois responsables de la police ont été suspendus ce jeudi à titre conservatoire pour avoir extrait des images de vidéosurveillance de la Ville de Paris et les avoir transmises à Alexandre Benalla. Les trois policiers sont un contrôleur général, un commissaire et un commandant. 

De son côté, le ministre de l'Intérieur a confirmé qu'Alexandre Benalla et un autre gendarme réserviste qui l'accompagnait n'avaient "aucune légitimité pour intervenir". Gérard Collomb a annoncé avoir saisi l'IGPN, police des polices, et sera entendu dès le début de semaine prochaine par une commission d'enquête de l'Assemblée nationale.

Liv Audigane