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Pourquoi la visite d'Emmanuel Macron à Amiens est riche en symboles

Selon Odoxa, les deux-tiers des Français jugent aujourd'hui "mauvaise" la politique économique conduite par Emmanuel Macron.

Selon Odoxa, les deux-tiers des Français jugent aujourd'hui "mauvaise" la politique économique conduite par Emmanuel Macron. - AFP

En visite pendant 48 heures à compter de ce jeudi dans la préfecture de la Somme, dont il est originaire, le chef de l'État déambulera auprès des habitants. Une manière de renouer avec le local et, aussi, d'ouvrir le match des municipales qui l'oppose, à distance, au député insoumis François Ruffin.

Emmanuel Macron, de retour au pays picard. Du moins, c'est le narratif que cherche à composer l'Elysée en organisant, ce jeudi et ce vendredi, une visite de 48 heures du chef de l'État à Amiens, sa ville de naissance. Au menu, beaucoup de déambulation, quelques prises de parole officielles, l'inauguration du pôle universitaire, un spectacle à la cathédrale... Et, surtout, un objectif: mettre à mal l'image de président déconnecté des territoires dont a été lesté le locataire de l'Elysée.

À quatre mois d'élections municipales que La République en marche aborde dans une position compliquée, ce déplacement n'a rien d'anodin. Il y a quelques jours, le député La France insoumise de la Somme François Ruffin a tenu meeting commun avec Eric Piolle, le maire Europe Écologie-Les Verts de Grenoble. Un front "vert et rouge" censé faire barrage au néolibéralisme de grande métropole qu'incarne, à leurs yeux, le chef de l'État. 

Huit ministres et le PDG de la SNCF

C'est donc bien que le décor du match est planté. La semaine dernière, LaREM a investi la maire sortante UDI Brigitte Fouré pour les municipales. Mais au-delà de ces éléments de joute préélectorale, il y a la volonté d'Emmanuel Macron de renouer avec le terrain. Le sien, qui plus est, quand bien même le président de la République, contrairement à ses prédécesseurs, n'a pas construit sa carrière politique sur un fief. Il faut donc compenser. 

D'où l'idée de ne pas venir les mains vides. Parmi les dossiers locaux à traiter, il y a celui du canal Seine-Nord, projet en chantier de longue date. Dans un entretien accordé à La Voix du Nord, la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne - qui sera du déplacement, avec sept autres membres du gouvernement - a affirmé qu'Emmanuel Macron rendrait "le projet irréversible". Le nouveau PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farrandou, fera partie de l'aréopage présidentiel. 

Un "enfant d'Amiens"

Avant l'atterrissage, Le Courrier Picard publie dans son édition de jeudi une interview du chef de l'État dans laquelle il revendique ses origines picardes - "Je suis un enfant d'Amiens. Et ça, on ne me l'enlève pas" - et défend "une ville aux atouts extraordinaires (...) qui a raison de se battre".

"C’est toujours émouvant pour moi de retourner à Amiens où vivent des membres de ma famille", confie au journal le chef de l'État. "J’y ai mes souvenirs intimes d’enfance et d’adolescence. Jusqu’à seize ans je n’ai pas quitté Amiens. Il y a toujours un caractère très personnel, chargé d’émotions, de paysages, de souvenirs très précis".

Le chef de l'État, qui ira à la rencontre des habitants et des commerçants d'Amiens, doit prononcer en fin de journée un discours en hommage à la ville, élue capitale européenne de la jeunesse pour 2020. Ce vendredi, il doit visiter par ailleurs l'une des maisons "France Service" mises en place par le gouvernement, ainsi que le dispositif local du service national universel (SNU).

La plaie Whirlpool

Dans son entretien au Courrier Picard, Emmanuel Macron décrit ensuite "une terre qui a beaucoup souffert, mais qui se relève avec beaucoup de courage et d’ambition". Une référence, sans doute, aux ex-salariés de Whirlpool qu'il doit rencontrer dans la journée de vendredi, deux ans après la liquidation de l'usine. Cette rencontre symbolique avec une délégation d'anciens syndicalistes, plus de deux ans et demi après son déplacement dans l'entre-deux tours de la présidentielle, sera sans doute le point d'orgue de sa visite en terre picarde.

"C'est moi qui ai demandé à les voir", explique le président de la République dans l'interview. "Parce que je suis venu en campagne à un moment où ils avaient peur pour leur avenir. Je leur ai tenu un langage de vérité. Je suis venu en octobre 2017, avec le projet (de reprise). Et comme eux, j'y croyais. Comme eux, j'ai été déçu. C'est un échec." 

La reprise du site par l'entrepreneur local Nicolas Decayeux s'est effectivement vite soldée par un dépôt de bilan. De quoi inciter François Ruffin à publier une vidéo sur sa chaîne YouTube, dans laquelle il souhaite une "bienvenue" toute personnelle au chef de l'État. Reste à savoir si le député de la Somme y provoquera l'un de ces happenings dont il a le secret. 

Jules Pecnard