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Grand débat: nouveau défi pour Macron face aux élus du Nord

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - AFP

Plusieurs élus des Hauts-de-France ont décidé de boycotter un déjeuner avec le président de la République prévu ce vendredi à l'Elysée, dans le cadre du grand débat. Le président LR de la région Xavier Bertrand, éventuel futur adversaire d'Emmanuel Macron en 2022, a quant à lui prévu de faire le déplacement.

Jusqu'ici, le président de la République n'a pas été trop bousculé lors de ses longues rencontres avec les élus des régions de France dans le cadre du grand débat. Mais l'événement d'aujourd'hui pourrait changer la donne. Emmanuel Macron reçoit ce vendredi à déjeuner quelque 200 élus des Hauts-de-France, une région en première ligne face au Brexit prévu ce vendredi. Une région qui a aussi vu Marine Le Pen arriver en tête au premier tour de la présidentielle et où la gauche conserve des bastions d'influence.

Plusieurs élus ont d'ailleurs décidé de décliner l'invitation, notamment chez les membres de La France Insoumise. C'est le cas du député de la Somme François Ruffin qui a accusé le Président d'être plus "pyromane" que "médiateur".

"Je ne servirai pas de caution à votre manœuvre pour enterrer un dossier, énonçait Clémenceau, on crée une Commission. Pour enterrer une révolte, espérez-vous, on lance un grand débat. Un grand débat et des LBD, voilà donc votre réponse dans la crise", a-t-il notamment assuré dans une lettre publiée sur son site internet.

"Je ne suis pas l'obligé du monarque"

Même son de cloche dans le Nord chez Adrien Quatennens. Le député de la première circonscription du département a tenu à rappeler que les parlementaires de La France Insoumise ne voulaient pas prendre part au grand débat national.

"Je ne souhaite pas donner de crédit à un dispositif qui, de mon point de vue, sert vos intérêts particuliers et non pas ceux du peuple français. En effet, vous avez dès le début annoncé qu’il ne pourrait s’agir de modifier votre cap en profondeur", a-t-il écrit dans une lettre qu'il a rendue publique.

"Je ne suis pas l'obligé du monarque", a pour sa part assuré au Parisien Ugo Bernalicis, le troisième député de La France Insoumise dans les Hauts-de-France. "Cela ne m'intéresse pas de répondre à cette parodie d'exercice démocratique", a-t-il ajouté.

Du boycott déguisé?

Mais la formation de gauche n'a pas le monopole de l'absence. La maire PS de Lille Martine Aubry, qui s'était récemment fait remarquer en s'en prenant à deux ministres venues dans sa ville, ne sera pas présente au déjeuner. Selon nos informations, Martine Aubry avait bien prévu de s'y rendre, mais une réunion de l'Eurométropole figurait déjà à son agenda ce vendredi. 

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, députée du Nord-Pas-de-Calais, est quant à elle en déplacement à La Réunion et pose aussi un lapin au président.

Le maire RN d'Hénin-Beaumont Steeve Briois ne sera pas non plus à table: "Je n'ai pas envie de participer à son grand show", explique-t-il au Parisien, déplorant le désengagement de l'Etat en matière de police et de justice. Enfin, sept élus LR ont d'ores et déjà prévenus l'Elysée de leur intention de boycotter la rencontre.

"Les élus sont à cran"

Mais si l'on dit que les absents ont toujours tort, les présents pourraient, eux, causer du tort au président de la République. Le président LR de la région Xavier Bertrand, que l'on annonce possible candidat à la prochaine élection présidentielle, entend bien affronter son éventuel futur adversaire Emmanuel Macron: "Le Président nous donne la possibilité de nous exprimer je ne passe pas à côté de l’occasion même si derrière on ne sait pas s’il y aura une suite", a-t-il douté sur France Info ce vendredi matin, à quelques heures du déjeuner.

"Aujourd’hui les élus sont à cran parce que la région et les départements ne sont pas riches et mettent de l’argent dans des projets qui n’avancent pas. Et on attend de savoir si l’Etat se fout de nous ou si l’Etat va tenir sa parole", martèle-t-il en évoquant le projet du Canal Seine Nord Europe qui prend du retard. Le ton est donné.

Des élus du Rassemblement national et du PS comptent eux-aussi s'asseoir à la table du Président. Et ils ont sûrement l'intention d'aller titiller Emmanuel Macron dans un exercice qui lui a plutôt réussi jusqu'ici.

Guillaume Dussourt