BFMTV

En France, le cas Hollande occulte en partie le débat sur la Syrie

La position de François Hollande sur le dossier syrien est devenue un sujet de politique (et de polémique) franco-française.

La position de François Hollande sur le dossier syrien est devenue un sujet de politique (et de polémique) franco-française. - -

Mercredi à l'Assemblée nationale et au Sénat, les parlementaires français débattront de la question syrienne. Mais les différentes positions sur un vote des élus ou sur la gestion de la situation par François Hollande donnent aux échanges une tonalité très franco-française.

"En France, aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne les questions internationales entrent de plain-pied dans la politique intérieure". Force est de constater, comme le fait le politologue de l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques) Eddy Fougier, que François Hollande se retrouve, suite à ses franches prises de position sur le dossier syrien, dans une situation où chacun tente de "jouer sa partition" à l’échelle nationale.

Le débat qui se tient mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat où le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, viendront défendre la position gouvernementale est "une aubaine" pour les différents courants de frapper un grand coup.

"Il n'y a pas de consensus"

Car, si la première intervention de François Hollande fut jugée "juste sur la forme comme sur le fond" par le président de l’UMP Jean-François Copé, sa gestion de la situation est désormais vue comme "brouillonne" et "suiviste". Si l’hypothèse d’une intervention militaire en Syrie n’est pas remise en cause -dès l’été 2012 l’UMP et Nicolas Sarkozy la réclamaient- c’est l’isolement de la France sur la scène internationale qui préoccupe. Et sert de levier aux critiques.

"Nous sommes très loin de la situation pour la Libye en 2011, il n’y a pas de consensus", observe Eddy Fougier. "Mais aujourd’hui, la prise de position extrêmement rapide du gouvernement français ne permet pas forcément une gestion sereine du débat. D’ailleurs si Obama a perdu du temps en demandant un vote du Congrès, il semble que Hollande fasse de même en souhaitant réunir un Conseil européen."

Il s’agit par ailleurs de l’une des demandes formulées par l’UMP avec un mandat de l’ONU avant toute action. Sans ce dernier, c’est la question du vote qui referait surface. François Hollande lui-même a multiplié les positions dans ce domaine. Pour l’heure, le chef de l'Etat refuse l'idée du vote mais devrait s’adresser aux Français lorsqu’il disposera de "tous les éléments nécessaires" pour le faire.

Le pari de Fillon

Autre exemple d’une "instrumentalisation", comme le note Eddy Fougier, du cas syrien à l’échelle franco-française, l’ancien Premier ministre François Fillon a sauté sur l’occasion pour publier une lettre ouverte au chef de l’Etat.

L’on y constate que ses positions sont sensiblement celles retenues par son parti. "Comme d’autres dans son parti mais aussi au Front de gauche ou ailleurs, François Fillon voit se profiler les échéances électorales", pointe Eddy Fougier. Et si ce ne sont ni les municipales ou les européennes qui hantent François Fillon, la primaire UMP en vue de la présidentielle 2017 est son objectif avoué.

En attendant les USA...

L’opinion, elle, semble avoir choisi son camp puisque selon un sondage CSA pour BFMTV paru mardi soir, trois Français sur quatre sont favorables à un vote. Mardi, en déplacement à Denain, le chef de l'Etat a été interpellé par un badaud et contraint de dire que "les troupes françaises ne seront pas déployées au sol"

Lundi, Jean-Marc Ayrault a rendu publiques les preuves françaises concernant le massacre chimique du 21 août dernier.

Longtemps, la France a espéré des frappes rapides afin de marquer l’opinion, or désormais c’est un entre-deux qui subsiste en l’absence d’une coalition que François Hollande a de nouveau appelé de ses vœux mardi aux côtés de son homologue allemand. Les Etats-Unis ne voteront que le 9 septembre prochain et de cette décision dépendront de nombreux dossiers. En effet, Barack Obama, pour des questions de politique intérieure, veut impliquer les Républicains dans sa stratégie.

D’ici là, en France, la solitude du chef de l'Etat français comme sa capacité à mobiliser des alliés, sa stature de leader comme son intransigeance à faire voter les parlementaires seront discutés encore et encore. "C’est symptomatique du débat politique français", regrette Eddy Fougier. Or, nous sommes en droit d’attendre autre chose sur une question aussi importante que la Syrie".

Samuel Auffray