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Présidentielle: en hausse dans les sondages, Mélenchon pourrait-il être le troisième homme?

Le candidat de La France insoumise, en dynamique dans les études d'opinion, se rapproche du second tour à 32 jours de l'élection. Forte mobilisation sur le terrain, réflexe d'un "vote utile" à gauche, changement de ton... Ses partisans le voient en capacité d'atteindre le second tour.

13% dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV et L'Express, une hausse de 3 points en un mois pour l'étude d'opinion d'Ipsos pour Le Monde qui lui permet d'atteindre les 12%. Jean-Luc Mélenchon est désormais le troisième homme de la campagne et semble en mesure de passer la barre du second tour, alors qu'il talonne Marine Le Pen. BFMTV.com s'est penché sur les raisons de cette dynamique.

"Je suis une tortue sagace", aime dire de lui le candidat. Toute sa stratégie tient dans ces quelques mots: viser une progression subtile pour grapiller des points. Pour mobiliser lentement mais sûrement, le député de La France insoumise s'appuie d'abord sur des meetings très travaillés, conçus comme de véritables performances.

Des performances dans ses meetings

En quelques semaines, il a par exemple enchaîné un meeting "olfactif et immersif" à Nantes puis une réunion publique à Bordeaux qu'il a commencé dans la rue devant des sympathisants qui n'ont pu rentrer faute de place. Il organisera également une grande marche à Paris mi-mars pour laquelle des dizaines de milliers de personnes sont attendues. En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait aussi marqué des points grâce à son hologramme qui lui avait permis de tenir sept meetings simultanés grâce à une illusion d'optique.

Mais au-delà de ce savoir-faire, le contexte politique a changé. Alors que la gauche est éparpillée entre six candidatures, Jean-Luc Mélenchon bénéficie d'un effet "vote utile". Après le retrait de Christiane Taubira, faute de parrainages nécessaires, et alors que ni Yannick Jadot ni Anne Hidalgo ne décollent dans les sondages, le candidat insoumis peut apparaître comme une valeur refuge.

Un "vote utile" à gauche

"C'est une expression qu'il déteste parce qu'il n'y a pas si longtemps, les socialistes disaient que le vote utile, c'était eux", remarque Matthieu Croissandeau, éditorialiste politique sur notre antenne.

"C'est vrai que les gens de gauche qui ne voulaient pas forcément voter pour nous finissent par s'y résoudre en voyant bien qu'il n'y a que chez nous que ça marche", assume d'ailleurs auprès de BFMTV.com le député LFI Ugo Bernalicis.

Pour preuve, le ralliement de la Primaire populaire au député des Bouches-du-Rhône, "le meilleur véhicule politique pour faire gagner (leurs) idées", d'après le collectif.

La situation n'est d'ailleurs pas du goût de François Hollande. L'ancien président de la République, dont les relations sont tendues depuis des années avec Jean-Luc Mélenchon, ne mâche pas ses mots.

"Un scrutin, ce n'est pas pour figurer mais pour gagner. (...). A un moment, il faut avoir un président utile, pas simplement un vote utile", a déclaré l'ancien président sur France inter ce mercredi matin.

La guerre en Ukraine ne l'atteint pas

Le conflit entre Kiev et Moscou aurait également pu se dresser sur la route de Jean-Luc Mélenchon, lui qui a tenu des propos relativement ambigus sur Vladimir Poutine, ce que n'ont pas manqué de souligner ses concurrents Anne Hidalgo et Yannick Jadot.

"Il a été moins catégorique qu'un Éric Zemmour qui a affirmé que la Russie n'envahirait pas l'Ukraine. Il a plutôt une attitude favorable aux pays opposés aux Etats-Unis, ce qui fait que dans les sondages, il n'est pas freiné", nuance l'historien spécialiste de l'extrême gauche Christophe Bourseiller.

"C'est d'autant plus intéressant que Jean-Luc Mélenchon prend des positions plus modérées, plus mitterrandiennes, moins radicales ces derniers temps et que son électorat le ressent", juge encore l'expert.

Un discours adouci

Le candidat a par exemple abandonné son objectif de sortir du nucléaire dès 2030, comme c'était le cas dans son programme en 2017. Même constat sur les sujets européens. ll ne s'agit plus de menacer Bruxelles de faire sortir la France de l'UE en cas de refus des États membres de réviser les traités. Les Insoumis proposent désormais un "opt-out", c'est-à-dire la désobéissance aux traités sur des points stratégiques.

Cet adoucissement de ton pourrait viser à faire oublier que son image a été écornée par l'épisode de la perquisition du siège de La France insoumise, au cours duquel Jean-Luc Mélenchon a affirmé "La République, c'est moi!".

Sur les bancs de la France insoumise, on réfute toute évolution, tout en reconnaissant que les fondations de la campagne ont évolué.

"En 2012 et en 2017 aussi, d'une certaine façon, il était assez seul. Aujourd'hui, on a un groupe à l'Assemblée nationale, des parlementaires européens. Ça nous permet de faire des réunions publiques plusieurs fois par semaine, de montrer le travail qu'on sait faire. Les gens le sentent et ça change forcément une ambiance de campagne", décrypte la députée Clémentine Autain pour BFMTV.com.

Un geste en direction des communistes

Preuve que la France insoumise croit en ses chances: Alexis Corbière, l'un des très proches du candidat, a fait un signe ce mercredi matin à Fabien Roussel, après des mois de tensions entre les deux camps. "Je lui dis: donne-moi la main camarade! On peut écrire ensemble une magnifique page de l’histoire de France", a lancé sur France info le lieutenant de la campagne.

Si les chances que le communiste se retirent au profit de La France insoumise sont minimes, cette déclaration montre que la tortue sagace a encore beaucoup d'appétit.

Marie-Pierre Bourgeois