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Présidentielle

La communication "à l’américaine" d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, le soir de sa victoire à la présidentielle.

Emmanuel Macron, le soir de sa victoire à la présidentielle. - Patrick Kovarik - AFP

Meetings ultramodernes, vie personnelle mise en scène, gestuelle caractéristique, Emmanuel Macron, c’est aussi un style inspiré des Etats-Unis.

Après "Sarko l’américain", "Macron l’américain"? Comme Nicolas Sarkozy avant lui, Emmanuel Macron affiche une proximité avec la culture politique en vigueur outre-Atlantique. Sur le fond des sujets, bien sûr: le futur président assume un rapport décomplexé à la réussite (sa petite phrase sur les jeunes "milliardaires"), veut faire de la France le paradis des startups et s’exprime dans un anglais fluent lors de conférences à l’étranger.

Mais l’influence américaine se ressent surtout sur la forme. Revue des codes de communication empruntés par Emmanuel Macron aux Etats-Unis.

> Les modèles Obama et Kennedy

Dans Emmanuel Macron, les coulisses d’une victoire, le documentaire en immersion dans la campagne du candidat d’En Marche! diffusé lundi, le spectateur peut apercevoir une affiche géante de John Kennedy dans le QG du futur chef de l’Etat. Un détail significatif.

Depuis les débuts de son ascension politique, les proches d’Emmanuel Macron se plaisent à comparer l’ancien ministre de l’Economie au célèbre président démocrate américain. Lui-même n’a pas hésité à imiter "JFK", reprenant mot pour mot son célèbre slogan lors de l'université d'été du Medef:

"Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays".

Mais c’est Barack Obama qui fait figure de véritable modèle pour Emmanuel Macron. Son entourage a beaucoup joué des similitudes avec l’ex-président américain: même jeunesse au moment de l’élection, même décontraction revendiquée et même parcours météorique. Comme l’ancien locataire de la Maison Blanche, Emmanuel Macron était un quasi-inconnu trois ans avant la présidentielle (même si le premier avait été sénateur de l’Illinois plusieurs années).

Autant de points communs qui ont fait dire à Laurence Haïm qu’Emmanuel Macron était "le french Obama". Ce n’est pas un hasard si l’ancienne correspondante d’iTélé (actuelle CNews) à Washington a organisé le message de soutien du prédécesseur de Donald Trump à son champion dans l’entre-deux-tours de la présidentielle.

Emmanuel Macron a aussi recruté une photographe exclusivement dédiée à sa campagne, que d'aucuns comparent déjà à Pete Souza. Comme le photographe officiel de Barack Obama, Soazig de la Moissonière privilégie des clichés façon "coulisses", qui donnent au spectateur l'impression de rentrer dans l'intimité du sujet.

> Des shows made in USA

Les observateurs ont tous été frappés par la scénographie "à l’américaine" des meetings de campagne d’Emmanuel Macron: sans pupitre ni notes apparentes (mais avec prompteur), une simple chemise ou veste sur le dos, l’orateur n’hésitait pas à donner la parole à l’assistance, façon stand-up.

Ou devrait-on dire à ses fans? Dans ses réunions publiques, l’ex-ministre était accueilli comme une véritable rock-star par une salle chauffée à blanc (notamment par une "team ambiance" bien rôdée).

Emmanuel Macron a aussi adopté les codes anglo-saxons dans sa gestuelle. François Durpaire, historien des Etats-Unis, n’a pas manqué de relever la propension d’Emmanuel Macron à chanter la Marseillaise la main sur le cœur:

> Une vie personnelle mise en scène

On ne compte plus les couvertures de Paris Match affichant les époux Macron ces dernières années. Emmanuel Macron a fait de son couple atypique avec son ancienne professeure de Français, son aînée de plus de vingt ans, un élément central de sa communication.

Pour ne rien laisser au laisser aux hasard, "Emmanuel et Brigitte" ont d’ailleurs confié leur image aux bons soins de Michèle Marchand, patronne de l’agence photo Bestimage et papesse de la presse people française. Grâce au papparazades très contrôlées de "Mimi", son surnom, le couple Macron a pu s’assurer de clichés avantageux dans les magazines.

Mais Brigitte Macron ne s’est pas contentée de poser pour l’objectif. Elle s’est investie personnellement dans la campagne, conseillant son mari sans le lâcher d’une semelle. Ne l’a-t-il pas fait monter sur scène pour la remercier le soir de son premier tour victorieux?

Dans un entretien à RTL début mars, Emmanuel Macron décrivait son épouse comme une véritable future First Lady:

"(A l’Elysée), elle aura le rôle qu’elle a toujours eu auprès de moi, elle ne sera pas cachée, parce qu’elle partage ma vie, parce que son avis est important, et parce que la fonction présidentielle emporte quelque chose qui a une dimension personnelle".

> Une communication verrouillée

Malgré un usage intensif des réseaux sociaux par son équipe de campagne, Emmanuel Macron contrôle très étroitement sa communication. Un paradoxe également observé chez Barack Obama: malgré une proximité revendiquée avec ses concitoyens, le 45e président américain était jugé par la presse très difficilement accessible.

Le black-out total sur le nom du futur Premier ministre d’Emmanuel Macron, jusqu’à faire se perdre les journalistes en conjectures, est éloquent: il n’est pas seulement le "maître des horloges", mais aussi celui de la parole.

"Il ne dit rien à personne, y compris à sa garde la plus rapprochée", confirme d’ailleurs Benjamin Griveaux, son porte-parole, dans les colonnes du Monde ce mercredi. Un culte du secret qui le différencie sur ce point de François Hollande, comme il l’a lui-même noté sur le plateau de L’Emission politique début avril:

"Je considère que le problème des derniers quinquennats a été une trop grande proximité avec les journalistes".

Ghislain de Violet