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Des législatives pas gagnées d'avance pour Macron et Le Pen

Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen. - Joël Saget - Eric Feferberg - AFP

Les deux finalistes de la présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, nourrissent de grandes ambitions pour les élections législatives des 11 et 18 juin prochains. Mais sur le papier, leurs partis ne sont pas nécessairement les mieux outillés pour ce type de scrutin. Revue de leurs points faibles.

En Marche!

L’enjeu

"Je veux à présent construire une majorité de gouvernement", a déclaré Emmanuel Macron dimanche soir, après le premier tour qui l'a porté à la première place (24% des voix). Le candidat d’En Marche! se donne pour objectif de rééditer aux législatives son exploit de la présidentielle: partir de presque rien pour finir par rafler la mise électorale. Pour s’éviter une cohabitation s’il parvient à conquérir l’Elysée, l’ex-ministre de l’Economie compte sur les "nouveaux visages" de ses candidats. Et s’accroche à son credo: au nom de la "cohérence" et de la logique de la Ve République, les Français lui donneront une majorité pour gouverner. Il reste que le plan de bataille législatif d’Emmanuel Macron comporte des failles.

Des candidats peu connus

  • Si Emmanuel Macron a eu trois ans pour se faire connaître des Français, entre sa nomination au ministère de l’Economie et sa campagne présidentielle, il n’en sera pas de même des candidats aux législatives estampillés En Marche!. La moitié d'entre eux devraient être issus de la société civile, selon le vœu du chef des "marcheurs" lui-même.

Ce qui ne veut pas dire qu’ils seront forcément de parfaits inconnus. Jean-Michel Fauvergue, par exemple, pourra mettre en avant son CV d’ex-patron du Raid auprès des électeurs de Seine-et-Marne dont il sollicite les suffrages. Un pedigree qui vaut toutes les cartes de visite. Mais face à des élus bien implantés et identifiés localement depuis des années, ceux qui n’ont pas exercé de responsabilités aussi éminentes pourraient souffrir de leur déficit de notoriété.

Une campagne très courte

En plus d’investir de nombreux novices en politique, En Marche! ne leur laissera que peu de temps pour s’organiser. Depuis le 6 avril, seuls 14 candidats ont pour l’instant été investis par En Marche!. Une prochaine "vague" pourrait intervenir dès cette semaine, selon Europe 1. Fin mars, Emmanuel Macron avait prévenu que les investitures pour les législatives seraient accordées jusqu’au lendemain du second tour de la présidentielle. Mais quoi qu’il en soit, les aspirants députés macronistes n’auront que peu de temps pour se préparer (prendre un congé, monter une association de financement) et sillonner le terrain. Quand les candidats du PS, de LR ou de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon font pour certains déjà campagne.

Front national

L’enjeu

"J’estime que le FN aura 50 députés minimum", confiait récemment un parlementaire, expert de la carte électorale, à BFMTV.com. C’est entendu, le parti de Marine Le Pen arrivera en position de force comme jamais auparavant pour les législatives, fort de ses scores en croissance régulière aux différents scrutins ces dernières années.

Pour autant, "les résultats des législatives seront principalement la conséquence des dynamiques créées à la présidentielle", comme le rappelait en décembre Nicolas Bay, le secrétaire général du Front national, auprès du Figaro. De ce point de vue, le score de Marine Le Pen au premier tour de dimanche peut avoir des effets imprévisibles: si la leader frontiste a récolté un nombre de voix historique, elle n’est pas sortie en tête, comme les sondages l’avaient souvent prédit. Une situation qui fait dire à deux spécialistes du FN interrogés par Libération ce lundi que la "dynamique tant espérée pour les législatives semble compromise". D'autant que le FN devra faire avec ses traditionnels handicaps électoraux.

  • Le spectre des dérapages

Contrairement à En Marche!, le Front national peut s’appuyer sur un maillage de centaines d’élus locaux constitué lors des dernières élections municipales, départementales et régionales. Une force précieuse pour militer et aider des candidats sur le terrain. Encore faut-il que ces derniers se conforment à l’image du parti "dédiabolisé" théorisé par Marine Le Pen. Ainsi la campagne des départementales de 2015 avait-elle été minée par les "dérapages" xénophobes de nombreux candidats frontistes, notamment sur les réseaux sociaux. De quoi donner des arguments aux anti-FN, qui accusent la formation de dissimuler sa part sulfureuse.

Malgré de nombreux tours de vis de la direction pour filtrer en amont les candidatures, le Front national n’est pas à l’abri de mauvaises surprises. Un conseiller régional de Loire-Atlantique, par exemple, vient de se voir retirer son investiture pour des propos polémiques publiés sur Twitter.

Le défi des alliances

Dans un scrutin majoritaire à deux tours comme l’élection législative, il est essentiel de pouvoir compter sur des alliés qui vous assurent des réserves de voix au second tour. Une condition toujours aussi ardue à remplir pour le mouvement frontiste.

Malgré ses mains tendues à Nicolas Dupont-Aignan ou à certains ténors Les Républicains comme Henri Guaino, le FN ne parvient pas à sortir de son isolement. Si des "fronts républicains" entre candidats d’En Marche!, de LR ou du PS se mettent en place dans certaines circonscriptions, la partie sera très compliquée pour les aspirants députés frontistes.

Toutefois, la division de l’électorat en quatre parties à peu près équivalentes (Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon) peut donner de l’espoir au FN. Elle pourrait donner lieu à des "quadrangulaires": si quatre candidats qualifiés au second tour se maintiennent, faisant fi du front républicain, c’est le mieux placé qui l’emporte.

Ghislain de Violet