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Européennes: Sarkozy et Hollande, les vrais-faux absents de la campagne

Nicolas Sarkozy et François Hollande le 28 mars 2018

Nicolas Sarkozy et François Hollande le 28 mars 2018 - AFP - Philippe Lopez

Les deux anciens chefs de l'État se sont tenus éloignés de leurs familles politiques respectives... chacun à sa manière.

Ils sont là sans être là. Leurs familles politiques respectives, plus ou moins laminées en 2017, tentent péniblement de se reconstruire à l'occasion des élections européennes. À neuf jours du scrutin, l'ombre portée de Nicolas Sarkozy et de François Hollande sur la campagne est de plus en plus présente, suscitant un mélange de désir et de rejet chez leurs anciennes troupes.

Très présent sur la scène médiatique (et politique, par des moyens détournés) depuis la parution de son livre-bilan, François Hollande s'est fait un peu plus discret ces dernières semaines... à sa façon. Alors que d'anciens ministres de son quinquennat montent au créneau pour tenter de sauver la candidature de Raphaël Glucksmann, qui peine à dépasser les 5% d'intentions de vote, l'ex-président socialiste compte les points. 

"Il n'a pas mouillé la chemise pour la campagne, c'est le moins qu'on puisse dire. En même temps on ne le lui a pas demandé. C'est un prêté pour un rendu", grince un hiérarque du PS auprès de BFMTV.com.

Hollande pas sollicité

Les petites remarques acerbes de François Hollande au cours du printemps sont passées par là. "Je vote toujours pour les socialistes. Faut-il encore qu'il y en ait", déclarait-il par exemple sur France Inter début avril. Le 1er mai, l'intéressé est allé ostensiblement s'acheter un brin de muguet au stand du Parti communiste, avant d'affirmer que la campagne de Ian Brossat était l'une des meilleures à gauche. 

"Il a entrepris la grande marche de son retour sur la scène. C'est ce qu'il sait faire de mieux. Il construit son image d'opposant radical à Emmanuel Macron, en espérant pouvoir estomper son propre bilan ou, au mieux, le valoriser. Donc les européennes sont un caillou sur son chemin", poursuit la même source.

Autrement dit, au-delà d'un éventuel geste symbolique en fin de campagne (une indication de son vote, par exemple), les candidats de la liste PS-Place publique n'ont pas grand-chose à espérer de la part de l'ancien maire de Tulle. Hormis défendre son bilan, comme il l'a fait lundi, à la Maison de l'Amérique latine, lors de la remise de la Légion d'honneur à Marisol Touraine, son ancienne ministre de la Santé.

La "carte postale" de Sarkozy

À droite, la situation n'est pas la même. Malgré un tassement relevé récemment par quelques instituts de sondage, les Républicains affichent une bien meilleure santé. Leur tête de liste, le philosophe conservateur François-Xavier Bellamy, a insufflé une dynamique plutôt positive, suffisante en tout cas pour que des barons locaux du parti dépassent leurs réserves initiales en affichant leur soutien. 

Beaucoup plus effacé que son successeur à l'Élysée, Nicolas Sarkozy ne s'est quasiment pas immiscé dans la campagne. Tout juste a-t-il envoyé une petite "carte postale", comme le résume un cadre du parti, à l'occasion d'un déjeuner organisé au Sénat mercredi et révélé par Le Figaro. Organisé par ses fidèles, les sénateurs Pierre Charon et Roger Karoutchi, il précédait de quelques heures le grand meeting de LR à Paris. 

L'ancien président de la République a profité de l'occasion pour rappeler sa "fidélité à sa famille politique depuis l'âge de 20 ans" et étriller, aussi, la manière dont François Hollande a choisi, à l'inverse estime-t-il, de se mettre en avant. 

"Pour se redresser, notre famille doit d’abord développer des idées nouvelles avant de penser au destin de chacun", a-t-il expliqué aux convives, la plupart des sénateurs LR élus pour la première fois en 2017. 

Renouvellement

Si certains au sein du parti comptent entretenir à jamais la flamme du sarkozysme, d'autres, plus jeunes, sont bien heureux que les oripeaux du quinquennat 2007-2012 soient laissés au placard.

La relative absence des quatrième et cinquième de liste, Nadine Morano et Brice Hortefeux, répond à ce désir. Un député LR confiait récemment à BFMTV.com que l'effacement de ces deux totems de la sarkozie était une condition implicite pour inciter les jeunes troupes à s'investir dans la campagne. "Disons qu'ils ne sont pas le meilleur symbole du renouvellement du parti", soupirait-il. À gauche comme à droite, les européennes sont l'occasion pour certains d'essayer de tourner la page. Ou pas.

Jules Pecnard