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Edouard Philippe, un Premier ministre pour dynamiter les Républicains

Édouard Philippe nommé à Matignon, Les Républicains se divisent sur l'attitude à adopter à l'égard du président de la République et de son gouvernement. Le "coup" d'Emmanuel Macron ravive les fractures idéologiques révélées par la primaire de la droite.

L'objectif politique d'Emmanuel Macron est clair: en nommant le juppéiste Édouard Philippe à Matignon, le nouveau président de la République compte créer un appel d'air dans les rangs des Républicains modérés et déstabiliser durablement une droite éclatée. Une stratégie mûrie de longue date: "Je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras", affirmait Emmanuel Macron au lendemain de la primaire de la droite.

Le président de la République pourrait pousser plus loin son avantage: la fracture entre les deux lignes qui cohabitent difficilement chez les Républicains - la ligne modérée juppéiste et la ligne dure sarko-filloniste, se dessinent plus nettement encore après la nomination d'Édouard Philippe. De nombreux élus LR semblent désormais prêts à franchir le pas.

Ils sont prêts à collaborer

Une vingtaine d'élus Les Républicains (entre autres) lemairistes et juppéistes ont publié quelques heures après la nomination d'Édouard Philippe un communiqué affirmant qu'il s'agissait "d'un acte politique de portée considérable". Fabienne Keller, Benoist Apparu, Dominique Bussereau, Franck Riester, Thierry Solère, Laure de la Raudière, mais également Christian Estrosi et Gérald Darmanin appellent la droite et le centre à "être au rendez-vous de l'intérêt général". Ils considèrent ainsi que leur famille politique "doit répondre à la main tendue par le président de la République". 

Nathalie Kosciusko-Morizet d'abord prudente, a finalement en fin de journée signé cet appel. A l'UMP jusqu'en 2012 et la création de l'UDI, Jean-Louis Borloo a aussi rejoint ce groupe d'élus de droite à soutenir la politique du nouveau chef de l'Etat.

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Bruno Le Maire, qui s'est dit "prêt à travailler" avec Emmanuel Macron, n'a pas tardé à saluer le nouveau Premier ministre. "Félicitations à Edouard Philippe pour sa nomination à Matignon: dépasser les vieux clivages pour servir la France et les Français", a-t-il publié sur Twitter.

Sur notre antenne, Fabienne Keller s'est déclarée "très heureuse pour la France", félicitant Emmanuel Macron pour avoir "respecté son engagement" par cette nomination.

"Il y a beaucoup de Républicains qui font le constat qu’il y a de nombreux éléments des programmes [d'Alain Juppé et Emmanuel Macron, NDLR.] qui se ressemblent, et que les Français souhaitent qu’on se mette au travaille, qu’on identifie des points d’accord. Je me demande si ce soi-disant clivage n’est pas en train d’être dépassé", ajoute la sénatrice du Bas-Rhin.

Ils temporisent

Défavorable au ralliement de son pupille à la cause présidentielle, Alain Juppé a reporté le moment de la clarification entre Républicains compatibles ou non avec Emmanuel Macron au lendemain des élections législatives. Le maire de Bordeaux, qui nie formellement avoir passé un accord de gouvernement avec le président de la République, laisse cependant la porte ouverte à une collaboration. "Nous entrons dans une séquence nouvelle de la vie politique avec la préparation des élections législatives. Dans cette campagne je soutiendrai les candidats investis par LR et l’UDI", a déclaré l'ancien Premier ministre. 

"C’est à la lumière de la composition de la future Assemblée nationale et des initiatives que le président de la République prendra à ce moment-là qu’il conviendra de fixer notre ligne. Si la droite et le centre ne sont pas majoritaires à l’Assemblée nationale, le pays ne comprendrait pas que nous nous engagions dans une opposition systématique."

Sur la même ligne, Jean-Pierre Raffarin joue la montre: "Notre Premier ministre est un leader de qualité. C'est un ami, il le restera. L'équation politique de ce gouvernement sera fixée par les députés. Je vote LR en juin", a tweeté l'autre ancien locataire de Matignon. 

Ils condamnent

Le secrétaire général des Républicains Bernard Accoyer, s'est dans un premier temps borné à "prendre acte d'une décision individuelle" dans une courte déclaration, tout en ajournant la question de l'exclusion d'Édouard Philippe. Sur Twitter, Bernard Accoyer durcit nettement le ton, estimant qu'Edouard Philippe "se met de lui-même en dehors de notre famille politique". 

Puis Bernard Accoyer a adressé un courrier au nouveau Premier ministre, estimant qu'il "quittait de lui-même" sa famille politique, avec ce choix, compte tenu de la campagne des législatives qui arrive.

Les sarkozystes n'ont pas connu ces hésitations:

"Je regrette qu'Édouard Philippe troque ses convictions et participe à l'opération de déstabilisation de la droite et du centre menée par Macron", a tweeté Éric Ciotti.

Le nouveau Premier ministre "va maintenant faire campagne contre les candidats qu'il soutenait la semaine dernière", raille quant à lui le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle. 

De même, les fillonistes accueillent défavorablement la nomination du maire du Havre à Matignon, à l'image de Bruno Retailleau, qui écrit dans un communiqué "qu'il s'agit plus de brouiller les cartes et de gêner l'opposition que de rassembler". "Cette stratégie est dangereuse car les extrêmes ne peuvent pas avoir le monopole de l'opposition", ajoute-t-il.

Louis Nadau