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Des affrontements dégénèrent lors de la visite de Macron en Guyane

Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont dégénéré jeudi dans la soirée à Cayenne, quelques heures après l'arrivée d'Emmanuel Macron en Guyane. Peu après que le Président a déclaré ne pas venir en "Père Noël", des manifestants ont jeté des cocktails Molotov et pris pour cible un commissariat. Cinq personnes ont été interpellées.

Les 48 heures qu'Emmanuel Macron doit passer en Guyane promettent d’être mouvementées. Le Président est arrivé jeudi à Cayenne, peu avant midi (17h à Paris), avant de se rendre directement à Maripasoula, dans l’ouest de cet immense département, pour inaugurer un internat. Là, il a déclaré ne pas venir "le Père Noël", "parce que les Guyanais ne sont pas des enfants".

"Je suis ici avec de l’ambition pour la Guyane mais je ne suis pas venu pour faire des promesses. Ce temps-là est fini", a-t-il ajouté alors que les Guyanais attendent l’application du plan d'urgence signé en avril et l’examen de leur demande de 2,1 milliards d’euros d’aides supplémentaires.

Une déclaration qui a aussitôt échauffé les esprits, notamment à Cayenne où des affrontements ont eu lieu en soirée entre forces de l’ordre et manifestants du collectif "Pou Lagwiyann Dékolé" (Pour que la Guyane décolle), qui avait à l’origine appelé à un rassemblement pacifique.

Plus d’un millier de personnes se sont ainsi rassemblées, en chant et en famille, pour réclamer le respect des accords signés avec l'ancien gouvernement. 

Cocktails Molotov contre gaz lacrymogènes

Réclamant un rendez-vous avec le chef de l'Etat depuis plusieurs jours, les manifestants se sont ensuite rendus devant la préfecture où ils ont écarté une première série de barrières pour se rapprocher du bâtiment.

L'Elysée a finalement proposé un rendez-vous vendredi matin mais les manifestants ont refusé, réclamant de voir Emmanuel Macron dans la soirée. Ce dernier avait une réunion de travail avec les élus de Guyane avant un dîner républicain à la résidence préfectorale.

La tension est montée progressivement et les CRS ont fini par dissiper la foule à coup de grenades lacrymogènes. Des manifestants ont eux évoqué des tirs de gaz lacrymogène "alors qu'il n'y avait pas de problème", selon l’AFP.

Les gendarmes mobiles se sont déployés dans la ville, notamment aux abords du commissariat, près de la célèbre place des Palmistes, où des jeunes, souvent encagoulés, ont commencé à lancer des cocktails Molotov. Des poubelles ont notamment pris feu.

Des projectiles ont été jetés sur le commissariat et la gendarmerie mobile a fini par charger les manifestants, rapporte notre envoyé spécial Jérémy Trottin. Un geste de la gendarmerie mobile qui a suscité l’incompréhension des manifestants, après des mois d’action pacifique.

5 personnes interpellées, un gendarme et un policier blessés

"Ils ont créé eux-mêmes le désordre public, c'est ça la réponse de l'Etat", a dénoncé à l’AFP un enseignant depuis 19 ans en Guyane. "Il aurait pourtant suffi d'une discussion autour d'une table", a-t-il ajouté.

"Maintenant on sait à qui on a affaire", a déclaré Davy Rimane, membre du collectif "Pou Lagwiyann Dékolé". Emmanuel Macron "n'a aucun respect pour nous", a-t-il déploré, assurant que désormais "tout" pouvait arriver.

Cinq personnes ont été interpellées, a communiqué dans la nuit le procureur Eric Vaillant à l'AFP. Un gendarme mobile et un policier ont été légèrement blessés, selon un premier bilan.

Au printemps, la Guyane avait été paralysée par une grève illimitée pour protester contre l’insécurité, la pauvreté et l’insalubrité qui touchent le département. Le collectif "Pou Lagwiyann Dékolé" avait demandé un "plan Marshall d’urgence". Un accord de sortie de crise avait été signé en avril, officialisant un plan d’urgence d’1,1 milliard d’euros et "actant" la demande de mesures supplémentaires du collectif, à hauteur de 2,1 milliards.

Liv Audigane avec Jérémy Trottin et AFP