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La fracture entre la Guyane et la métropole en 5 graphiques

Habitations dans un quartier de Cayenne, en Guyane, le 6 avril 2017.

Habitations dans un quartier de Cayenne, en Guyane, le 6 avril 2017. - jody amiet / AFP

INFOGRAPHIE - Sept mois après qu'un conflit social a paralysé la Guyane, l'arrivée d'Emmanuel Macron sur l'île tourne mal. Entre la pauvreté, le chômage et la délinquance, la vie des guyanais est bien plus difficile qu'en métropole.

La visite d'Emmanuel Macron en Guyane a dégénéré ce jeudi soir. Des manifestants ont jeté des cocktails Molotov et pris pour cible un commissariat. Ces affrontements avec les forces de l'ordre surviennent juste après la phrase polémique du président, qui a déclaré ne pas venir en "Père-Noël", "parce que les Guyanais ne sont pas des enfants"

Il y a sept mois, ce territoire français d’Amérique du Sud était paralysé par une grève générale illimitée, lancée par la réunion de 37 syndicats. Pour calmer les tensions, le Gouvernement de François Hollande avait accordé les 2,1 milliards d'euros d'aide supplémentaires réclamé par le collectif "pou la Gwiyann Dekolé" ("pour que la Guyane décolle", en créole guyanais).

Depuis, les motifs de la grogne n'ont pas changé: les guyanais déplorent l’insécurité, la pauvreté et l’insalubrité de l'île. Quelques chiffres pour illustrer la situation de l'un des plus pauvres départements de France.

Immigration et boom démographique

L'explosion démographique a participé à mettre le feu aux poudres. En une vingtaine d’années, la population du territoire ultramarin a presque triplé. Les Guyanais étaient 54.328 en 1990, contre 131.931 en 2016.

Le solde naturel est le principal moteur de cette augmentation de la population. La Guyane connaît l’un des plus forts taux de natalité de la France: elle a enregistré 26,2 naissances pour 1.000 habitants en 2015, contre 11,8 en métropole. Dans les années 80, cette région à la frontière du Brésil a également connu une forte immigration. A cette époque, les entrées expliquaient la moitié de l’augmentation de la population. Mais le phénomène s’est atténué à partir de 1990.

Entre pauvreté et chômage

En 2014, les Guyanais ne disposaient que de 10.665 euros de revenu disponible brut par habitant (revenu moins impôts) en moyenne. En métropole, c’est le double, 20.320 euros. Pourtant, la vie s'avère bien plus chère dans l'enclave française d'Amérique du Sud. Le panier de consommation de référence y coûte 16% plus cher

À ce manque de pouvoir d'achat s'ajoute un chômage massif. La courbe de l’emploi n’a pas réussi à suivre celle de la démographie. La Guyane possède l’un des taux de chômage les plus élevés de France, 22,8% en 2016 contre 9,9% en métropole, soit plus du double.

Un système éducatif en panne

Ce chômage massif s’explique en partie par le manque de formation des Guyanais. Plus de la moitié, 56%, sortent du système éducatif sans aucun diplôme. Ils sont seulement 35,4% en France métropolitaine.

Seuls 15% des habitants de cette région d’outre-mer obtiennent un diplôme supérieur au baccalauréat, contre 27,9% dans l’Hexagone.

Un accès difficile au logement

Les Guyanais accèdent difficilement à l'emploi, à la formation, mais aussi au logement. En France, plus de 60% des occupants possèdent leur logement, contre 40% pour le territoire ultramarin d’Amérique du Sud. 

11% se retrouvent logés gratuitement par leur propriétaire. C’est huit points de plus que dans l’Hexagone. Ils vont du squatteur aux jeunes pris en charge par leurs parents, faute de revenu suffisant. A cette condition précaire s'ajoutent souvent des situations de surpeuplement ou d'insalubrité. 

Un sentiment général d’insécurité

La Guyane enregistre des taux de délinquance bien plus élevés qu’en France métropolitaine: 17,3 personnes sur 1.000 ont subi en 2015 un cambriolage dans leur logement dans la région ultramarine, contre 7 dans l’Hexagone. Outre les vols, la violence est également accentuée outre-Atlantique: 5,4 ont déjà essuyé des coups et blessures hors du cercle familial.

Emeline Gaube