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Que se passe-t-il en Guyane?

La Guyane est paralysée par une grève générale ce lundi. Les manifestants dénoncent notamment l'insécurité, les carences en matière de prise en charge sanitaire, le taux de chômage deux fois plus élevé qu'en métropole et la pauvreté.

La Guyane s'enfonce dans la crise, alors que démarre ce lundi la grève générale votée à la quasi-unanimité par 37 syndicats, réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG). Le conflit social a démarré jeudi officiellement, mais ses racines remontent à plus loin, et ses causes sont multiples.

Quelle est la situation sur place?

Une quinzaine de barrages routiers ont été installés un peu partout, ralentissant la vie économique de ce territoire ultramarin d'Amérique du sud bordé par le Suriname et le Brésil, qui compte plus de 250.000 habitants sur 84.000 kilomètres carré. Une partie des barrages ont été levés dimanche afin de permettre aux Guyanais de se ravitailler, les commerces ont partiellement rouvert mais beaucoup ont été appelés à garder leurs rideaux fermés, par solidarité avec le mouvement. Le rectorat a ordonné que les établissements scolaires et les universités restent fermés jusqu'à nouvel ordre. 

Les vols en provenance de Paris ont été suspendus dimanche "jusqu'à nouvel ordre". Les liaisons avec les Antilles, elles, ont été maintenues dimanche mais annulées pour lundi. Les manifestations et blocages ont notamment conduit Arianespace à ajourner le lancement de la fusée Ariane 5, vitrine économique du territoire.

Depuis une semaine la direction de l'agriculture et de la forêt est occupée en permanence par 50 agriculteurs mécontents. Les 28 stations-service du littoral sont fermées au public: les cuves sont vides. Trois d'entre elles sont "réquisitionnées par la préfecture pour les services d'urgence", explique un gérant de Cayenne.

  • Qui sont les manifestants?

En l'espace de quelques jours, plusieurs collectifs disparates de citoyens et de professionnels ont pris forme, avant de se réunir officiellement sous la bannière du collectif "pour que la Guyane décolle". Ils sont soutenus par la classe politique locale.

Parmi eux, le collectif des "500 frères" multiplie les coups d'éclat et les apparitions médiatiques. Ses militants, exclusivement masculins, se reconnaissent à leur cagoules et leurs vêtements noirs, et revendiquent une mobilisation pacifique. 

Que dénoncent-ils?

Les parlementaires guyanais réclament un "plan Marshall", et appellent de leurs voeux un rattrapage structurel dans tous les secteurs et un plan de développement économique. Au coeur de la grogne, la prise en charge sanitaire insuffisante sur le territoire, les pénuries électriques, le taux de chômage élevé, la déscolarisation touchant les jeunes guyanais et la délinquance. 

L'insécurité est souvent en tête des préoccupations en Guyane, territoire le plus violent de France, avec 42 homicides en 2016, et zone de France la plus jeune. Comme le rappelle Le Monde, en Guyane, le taux de chômage est de 22 %, un chiffre plus de deux fois supérieur au taux de la métropole. Une famille sur quatre et 40 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, et les collectivités sont débordées par la croissance démographique de 2,8 % par an, due à la forte natalité et à l’immigration.

En 2013, un plan d'investissements a été promis par François Hollande. Ce pacte pour l'avenir de la Guyane n'a toujours pas été signé, Paris et Cayenne se renvoyant la faute du retard pris dans l’élaboration du document.

Que répond le gouvernement?

La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, qui a appelé au calme, n'a pas exclu lundi matin sur BFMTV de se rendre sur place, quand "les conditions seront réunies". Une mission interministérielle pilotée par l'ancien préfet de Guyane Jean-François Cordet a été envoyée pour tenter de désamorcer la crise. Il a annoncé une enveloppe d'urgence de "60 millions d'euros supplémentaires" pour le centre hospitalier de Cayenne, fortement endetté.

La zone de sécurité prioritaire (ZSP) actée pour Saint-Laurent du Maroni en mars, va "être mise en place", a encore ajouté Jean-François Cordet. Dimanche, il a multiplié les annonces. "Une mission sera en Guyane dans les jours qui viennent" pour dégeler les subventions européennes que les agriculteurs attendent depuis 2014, a-t-il enfin précisé.

  • La délégation mandatée par le gouvernement et la préfecture demandent aux manifestants de leur remettre un "cahier de revendications". 13 des 22 maires de Guyane ont exigé "la venue des ministres et refusent de rencontrer la mission interministérielle
Charlie Vandekerkhove avec AFP