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Dans un entretien à Valeurs actuelles, Macron défend "sa lutte contre le communautarisme"

Emmanuel Macron lors du sommet européen à Bruxelles, le 18 octobre 2019

Emmanuel Macron lors du sommet européen à Bruxelles, le 18 octobre 2019 - John THYS / AFP

Emmanuel Macron a longuement échangé avec les journalistes de l'hebdomadaire Valeurs actuelles jeudi dernier dans l'avion qui le transportait de la Réunion à Paris. L'entretien a été publié ce mercredi sur le site internet de la revue.

Cinquante minutes de discussions pour un entretien-fleuve. Ce mercredi, le magazine de droite Valeurs actuelles a publié sur son site l'entretien que lui a accordé le chef de l'Etat jeudi dernier dans l'Airbus présidentiel A330 qui le ramenait de la Réunion à Paris.

Les échanges ont d'abord roulé sur l'un des sujets-clés de sa tournée dans l'océan Indien, en particulier lors de son étape à Mayotte: l'immigration. Quelques jours après qu'un élu du Rassemblement national a voulu exiger d'une femme accompagnant une visite scolaire au sein du Conseil régional à Dijon qu'elle enlève son voile dans l'enceinte, mais quatre jours avant qu'un homme de 84 ans n'ouvre le feu devant une mosquée de Bayonne blessant grièvement deux fidèles, l'interview a aussi évoqué la place de l'islam en France. 

Sur l'immigration, Macron dénonce les "petits abandons républicains"

A Mayotte, Emmanuel Macron a eu l'occasion de recueillir la parole d'une population qui dénonce le poids pris par l'immigration comorienne, raison pour laquelle les députés ont récemment limité l'application du droit du sol. Interrogé à ce propos, Emmanuel Macron a vite fixé les bornes d'un parallèle éventuel avec la Métropole: "Il ne faut pas avoir de fantasmes. La France a toujours eu des gens qui venaient pour des raisons familiales, politiques ou économiques. On a toujours eu 10 à 14% de la population qui était d’origine étrangère."

Assurant que "l’équilibre français n’(avait) pas été bouleversé", il a cependant déploré que "la fabrique de l'intégration par le modèle économique" ait cessé de fonctionner. D'autres facteurs sont venus, selon lui, gêner la bonne marche de l'adaptation des nouveaux arrivants à la société française: "Cette incapacité s’est muée en mauvaise politique de peuplement, ponctuée de petits abandons républicains."

Le chef de l'Etat se veut "lucide" sur la question migratoire

S'il a réaffirmé sa considération du droit d'asile, il a lancé un avertissement: "Je crois défendre nos valeurs profondes et les combattants de la liberté. Mais si je ne fais pas ce travail, les gens ne nous laisseront plus défendre le droit d’asile. Ils nous diront: 'On n’en peut plus, regardez, ils nous prennent tout!'". 

Voulant à l'évidence illustrer sa fermeté sur le thème de l'immigration, Emmanuel Macron a mis en exergue certaines de ses mesures: "J’ai réarmé le dispositif, j’ai nommé un ambassadeur en charge de l’immigration et des négociations avec les pays, et j’ai dit à tous les pays (les pays d'origine des migrants non éligibles au droit d'asile, NDLR)(...): 'Je ne délivre plus de visas.'" Il s'est toutefois montré plus souple lorsque son propos s'est porté sur les emplois non pourvus par les Français, défendant alors la nécessité d'un recours à l'immigration légale.

"Il y a des emplois que vous ne ferez plus occuper à des Français, comme le métier de plongeur. Je suis lucide: c’était déjà impossible il y a quarante ans! Je préfère avoir de la migration légale, enregistrée, sous quotas, pendant X années, plutôt que du travail détaché dissimulé", a-t-il dit. 

"Il faut aussi regarder en face: au fait migratoire s’additionne le fait religieux", a-t-il alors posé avant d'ajouter: "Attention, c’est un formidable piège. Les gens se mettent à dire: 'Les musulmans viennent d’Afrique, les immigrés viennent d’Afrique, et on a un problème avec cette partie de la population.'"

La place de l'islam dans la République 

Son interlocuteur l'a alors questionné sur la part possible de l'islam dans un récit historique français longtemps imprégné et encore inspiré par le christianisme.

"La France a des racines judéo-chrétiennes. Elle a, depuis, évolué, s’est construit une histoire d’émancipation. De la même manière qu’elle a accueilli les juifs et qu’elle a su les intégrer dans la République, elle a aussi su le faire avec des Français musulmans d’origine étrangère", a-t-il alors rétorqué. 

Le président de la République compte sur l'Education nationale dans l'objectif de poursuivre ce travail d'intégration. "J’ai une priorité. L’éducation est capitale, et c’est pour ça que j’ai beaucoup utilisé la carte Jean-Michel Blanquer", a-t-il reconnu. "Les radicaux laissent leurs enfants dans l’école de la République quand elle enseigne bien le calcul, éduque, enseigne les valeurs. Ça rassure les parents et il faut revenir à ce modèle-là", a-t-il pressé.

Emmanuel Macron a par ailleurs prévenu: "Je lutte de toutes mes forces contre le communautarisme. Et je ne veux pas tomber dans le piège communautarisme = islam. Le communautarisme, c’est le projet politique". 

Il a malgré tout noté que "l'échec de notre modèle se conjuguait avec la crise que vit l'islam", "une crise (conduisant) à des formes très dures d'islam politique". Il n'a d'ailleurs pas hésité à évoquer des gens "en sécession de la République" n'utilisant la religion que "pour provoquer" cette dernière. "Vous avez typiquement, dans certains quartiers, beaucoup de jeunes filles qui mettent des voiles parce que ça embête le monde", a-t-il affirmé.

La question du voile

Sans surprise, le chapitre de l'accompagnatrice de sortie scolaire voilée interpellée par Julien Odoul, du Rassemblement national, au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a été abordé. "Apparemment cette femme est plus proche des milieux de l’islam politique qu’on ne le croyait. Mais il en a fait une victime au nom de toutes les femmes voilées qui n’embêtent personne, qui veulent mettre leurs enfants à l’école de la République et qui les accompagnent à la piscine!" a-t-il posé. 

Il a observé:

"La République doit être intraitable. Mon problème n’est pas la maman qui porte un voile en accompagnant son enfant en sortie scolaire… Celle-là n’est pas perdue: elle a mis son enfant à l’école publique et elle vient faire une sortie scolaire. C’est même par elle qu’on va reconquérir les personnes égarées."
Robin Verner