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Consultations en vue d'une "nouvelle ère", plan de relance: Macron prépare "l'après-Covid"

Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron. - Ludovic Marin / AFP

Emmanuel Macron a promis de "se réinventer", verbe devenu le mantra de l'exécutif. S'il doit prendre la parole entre la fin du mois et le 14-juillet pour décrire la société qu'il souhaite voir émerger du coronavirus, le président de la République laissé déjà filtrer quelques indices.

Les effets différés d'une double crise économique et le triomphe écrasant du libéralisme dans les années 1980 avaient rattrapé par la manche le premier président de gauche de la Ve République, François Mitterrand, qui avait alors dû revoir sa copie, faite initialement de nationalisations et de mieux-disant social. Le très libéral Emmanuel Macron, promoteur de la "start-up nation", semble frappé par une malédiction similaire bien qu'inverse. Partisan de l'orthodoxie budgétaire, il a touché du doigt les conséquences du déclin des services publics, notamment dans le domaine de la santé, et a promis de "se réinventer". 

Vers un plan de relance

Car s'il est un point où Emmanuel Macron et sa majorité ne se refont pas, en revanche, c'est bien au chapitre des mots-slogans. Aux multiples assurances de réinvention, le chef de l'Etat ajoute entre autres une déclinaison nouvelle sur le thème de la "souveraineté": de discours en discours, il la veut "nationale" et "européenne", tant "industrielle" qu'"alimentaire" ou "sanitaire". C'est d'ailleurs là un premier virage significatif pour celui qui déclarait en avril 2017: "Le protectionnisme, c'est la guerre". 

Le président de la République entend aussi offrir l'accompagnement de l'Etat aux filières les plus touchées par le récent confinement et le coup d'arrêt imposé à l'économie. Le 26 mai dernier, il s'est rendu à Etaples, dans une usine de l'équipementier Valéo. Venu pour annoncer un plan de soutien au secteur de l'automobile, il a tracé les grandes lignes de sa politique de l'après-coronavirus: "Il nous faut aujourd’hui trouver les moyens de défendre notre tissu industriel sur toute la chaîne de valeurs et bien sûr, ça veut dire aussi qu’il faut porter cette ambition écologique en maximisant les activités en France." Comme notre antenne le rappelle ce lundi matin, le gouvernement doit présenter un plan de relance plus transversal en septembre prochain. 

Consultations et installation

L'heure n'est cependant pas aux annonces en bonne et due forme. Emmanuel Macron a repoussé aux lendemains du second tour des municipales (qui se tiendra le 28 juin) voire au 14-juillet sa prise de parole définitive sur les nouvelles orientations de l'exécutif. On en est encore aux discussions, et aux consultations.

A côté des entretiens discrets et plus ou moins informels avec les conseillers, Emmanuel Macron additionne les concertations. Jeudi dernier, il recevait les partenaires sociaux à l'Elysée. Dans les derniers jours de mai, il intronisait aussi un "comité d'économistes", chargé de lui livrer ses recommandations pour la fin de l'année. 

"Acte III"

Les trois piliers du raisonnement en cours sont toutefois fixés. Un conseiller du premier personnage de l'Etat a résumé auprès de La Croix: souveraineté donc mais aussi "transitions écologiques et nouvelles solidarités". Ce triptyque doit guider "l'acte III" du quinquennat, selon les termes de la mise en scène retenue au sein de la majorité, ou "la nouvelle ère", d'après les mots prêtés à Emmanuel Macron par Le Figaro.

Un collaborateur a séquencé auprès du plus vieux quotidien de France: "L’acte II était un acte I rénové qui tirait les enseignements de la crise des 'gilets jaunes' et du grand débat national. La nouvelle étape va continuer le projet macronien mais il sera adapté aux circonstances, celles d’une crise du Covid d’une ampleur exceptionnelle."

Retour de la réforme des retraites? 

Tandis que la réplique sociale de la crise sanitaire menace, il perce dans ce sentiment d'urgence d'une "nouvelle étape adaptée aux circonstances" l'écho déjà un peu distant du "quoiqu'il en coûte" prononcé par Emmanuel Macron lors de son allocution du 12 mars. Mais des mots aux actes (II ou III), on observe parfois une certaine déperdition.

Et le président de la République a d'ores et déjà rejeté l'idée d'un aggiornamento de sa politique, escomptant au contraire reprendre le cours interrompu de ses travaux. Ainsi, son entourage a affirmé au Figaro que le projet de réforme des retraites, suspendu en mars dernier, serait "remis sur l'établi". Le "monde d'après" ne sera peut-être pas aussi dépaysant que prévu. 

Robin Verner