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Aulnay-sous-Bois: comment l'affaire Théo est devenue un enjeu de campagne

Six jours après l'interpellation violente de Théo à Aulnay-sous-Bois, la nuit de mardi à mercredi a été émaillée par de nouveaux incidents. En pleine campagne présidentielle, certains politiques mettent l'accent sur l'état de droit, d'autres sur les inégalités sociales.

Une visite qui a enclenché un virage politique. Mardi, le président de la République a rendu visite à Théo, ce jeune homme de 22 ans grièvement blessé lors de son interpellation par des policiers qu'il accuse de viol. Une rencontre voulue par l'Elysée comme pour apaiser les esprits alors que 23 personnes ont été interpellées en Seine-Saint-Denis dans la nuit de mardi à mercredi et que 17 autres comparaissent ce mercredi.

D'une certaine manière en allant au chevet du jeune homme, François Hollande a mis la pression sur la justice qui a ouvert une enquête après les faits en soulignant notamment que Théo est "un jeune qui avait toujours été connu pour (son) comportement exemplaire" et qui "avait réagi avec dignité et avec responsabilité après ce qui lui est arrivé". Plus tôt, c'est le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, qui a appelé à "la plus grande fermeté" quand "il y a des manquements graves" des forces de l'ordre.

La "parole précieuse" de Théo

Mais au delà de soutenir la victime, François Hollande n'aurait-il pas créé un nouvel enjeu de campagne. "Est-ce qu’il n’y a pas un choix de l’émotionnel qui est en fonction de l’intérêt électoral de son camp?", s'interroge Christophe Barbier qui met en lumière la possibilité "d'une instrumentalisation" de cette parole par les politiques.

"C’est une parole précieuse pour la paix [le jeune homme, Théo a appelé au calme] et ensuite pour la campagne présidentielle parce que ça va peut-être obliger les candidats à élever le discours républicain", poursuit l'éditorialiste de BFMTV.

A gauche, tous les candidats à l'élection présidentielle ont réagi. Rappelant "les relations difficiles entre la police et la population", Benoît Hamon a qualifié ces violences de "très graves". "Pour un jeune qui n'avait rien fait, se retrouver interpellé, être victime de violences et victime d'un viol c'est inacceptable", s'insurge le socialiste.

Emotion à gauche et à droite

De son côté Jean-Luc Mélenchon a appelé à une réponse ferme face "aux tortureurs de la police républicaine". "L'affaire Théo est le scandale de trop", dénonce le représentant de La France insoumise et espère que justice soit faite "dans des délais raisonnables", contrairement à "l'affaire de Zyed et Bouna". De son côté l'écologiste, Yannick Jadot a remercié Théo "d'avoir le courage de raconter cette nouvelle et insupportable violence policière".

A droite, l'émotion est la même notamment auprès du maire LR d'Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza. Jean-François Copé, invité mardi de BFMTV et RMC a crié son "indignation" et "son "écœurement devant ce qui s’est passé". "Si les faits sont avérés c’est monstrueux", déplore le maire de Meaux. "Ca me donne envie de chialer", a confié l'ancienne secrétaire d'Etat Rama Yade.

Face à l'ampleur que prend cette affaire qui pourrait se transformer en bavure policière, le candidat LR à la présidentielle a tardé à réagir. Idem pour le représentant d'En Marche!. François Fillon a tenté de ménager les deux parties. Appelant à des sanctions après "les fautes" commises par ces individus, il a voulu "montrer sa solidarité avec la police". Pour Emmanuel Macron, les forces de l'ordre doivent être "exemplaires".

La banlieue, un enjeu idéologique

Marine Le Pen a fait moins dans l'émotionnel en apportant son soutien aux policiers, dont la parole et la version reste inaudible. "Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. Voilà. Et de gendarmerie. Sauf démonstration par la justice qu’elles ont commis un délit ou un crime”, a déclaré la présidente du FN invitée mardi de LCI. Son vice-président, Florian Philippot, a dénoncé quant à lui des violences de racailles inacceptables" à Aulnay. 

Des déclarations extrêmes qui sont inévitables? "Oui, tranche Christophe Barbier. Parce que c’est la banlieue, c'est un enjeu idéologique. Untel va mettre l’accent sur l’état de droit qui n’est pas respecté. Un autre sur les violences policières ou sur l’inégalité sociale dans notre pays. La banlieue sert d’enjeu idéologique et pas d’enjeu programmatique." Et de rappeler que sur les "4-5 présidentiables", "les mesures pour les banlieues et les budgets qui y seront alloués" ne figurent pas dans leur programme.

Justine Chevalier