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Attaque à la préfecture de police de Paris: les questions auxquelles Castaner doit faire face

Christophe Castaner a été entendu ce mardi matin par la délégation parlementaire au renseignement à laquelle il a répondu "avec précision". Ces auditions, qui visent à lever le voile sur d’éventuels dysfonctionnements au sein de la préfecture de police, vont se poursuivre jusqu’à jeudi devant la commission des lois et le Sénat.

Les prochaines 48 heures s’annoncent chargées pour le ministre de l’Intérieur. A tour de rôle, la délégation parlementaire au renseignement, la commission des lois de l'Assemblée nationale et celle du Sénat auditionneront Christophe Castaner afin de "faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements" au sein de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, après l'attaque qui a coûté la vie à quatre agents de l'institution. Une commission d'enquête doit également être mise en place à l'Assemblée, à l'initiative des Républicains.

Les premières auditions ont débuté ce mardi matin devant la délégation parlementaire au renseignement qui a précisé que Christophe Castaner et son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, avaient répondu avec "précision" à leurs questions. Leurs réponses ne seront toutefois pas rendues publiques, la délégation étant tenue par le secret-défense.

Députés et sénateurs cherchent à lever les zones d’ombre qui planent autour de l'attaque au couteau de Mickaël Harpon. Jeudi dernier, son périple meurtrier a débuté au sein même du très sécurisé service de la DRPP qui employait cet informaticien depuis 2003. Voici les principales questions soulevées par les parlementaires et auxquelles Christophe Castaner va devoir faire face.

  • Pourquoi les signes de radicalisation de Mickaël Harpon n’ont-ils pas été officiellement signalés?

L’enquête judiciaire atteste de la radicalisation de Mickaël Harpon ces dernières années. Les premiers signaux sont apparus en 2015 quand celui-ci a justifié l'attentat de Charlie Hebdo. "C'est bien fait", aurait-il déclaré selon une note rédigée samedi par la patronne de la DRPP, Françoise Bilancini.

Toujours selon ce rapport, l’informaticien avait également changé de comportement envers les femmes qu’il ne souhaitait plus embrasser ni serrer la main. Mais ces indicateurs n'ont fait l'objet que d'une discussion entre deux fonctionnaires et un major de police en charge des signalements de la radicalisation, en juillet 2015. Les deux agents n'ont pas formalisé leur signalement.

Lundi, Christophe Castaner a reconnu "un dysfonctionnement d'Etat" dont il doit désormais s’expliquer devant les parlementaires. Il a d’ores et déjà recommandé que toute alerte sur les signes de radicalisation d’un fonctionnaire fasse désormais l’objet d’un "signalement automatique". Selon le ministère de l'Intérieur, une vingtaine de personnes ont été mises à l'écart dans la police depuis 2015 pour radicalisation, dont six ont été révoquées.

  • Pourquoi son habilitation secret-défense a-t-elle été plusieurs fois renouvelée?

Depuis 2003, Mickaël Harpon jouissait d’une habilitation secret-défense renouvelée en 2008 puis en 2013, soit avant ses premiers propos radicaux remarqués par ses collègues. Elle devait être à nouveau reconduite en 2020. Mais pour cela, "est-ce que qu'il y a une enquête aussi poussée que la première enquête ou bien est-ce que c'est un coup de tampon?" cherche à savoir le président de la délégation.

Pour certains, cette accréditation témoigne d’un angle mort qui a profité à l’informaticien. "On aurait au moins dû le mettre sous surveillance, et lui retirer son habilitation aux services de renseignement", a estimé auprès de l'AFP un ancien du GIGN.

  • Quelles sont les données confidentielles auxquelles Mickaël Harpon a eu accès? Quel usage a-t-il pu en faire?

Cette habilitation a permis à Mickaël Harpon d’avoir accès à des informations hautement confidentielles. Jeudi dernier, les enquêteurs ont procédé à des perquisitions, notamment sur son lieu de travail, et ont découvert une inquiétante clé USB dont le contenu, initialement supprimé, a pu être restauré.

Celle-ci contenait de la propagande du groupe Etat islamique, avec des vidéos de décapitation, ainsi que des données personnelles sur plusieurs agents de la préfecture. Comment s'est-il procuré ces fichiers, est-ce que son habilitation lui permettait ou non d'y avoir accès, et quel usage en a-t-il fait? Le ministre de l’Intérieur va devoir donner des éléments de réponse sur ce sujet sensible.

Les parlementaires cherchent à savoir si avant d’avoir accès à ces données "il y a des sécurités, des garanties, des habilitations? Ou bien est-ce qu'un gars qui entretient vos ordinateurs peut accéder à des informations sensibles".

  • Comment est sécurisée la préfecture de police de Paris?

La délégation au renseignement cherche à savoir s’il existe des défaillances dans "la sécurité du service: "Comment se fait-il que dans un endroit aussi confidentiel, quelqu'un, y compris quelqu'un de connu, puisse se promener avec un couteau de 20 centimètres", s'est interrogé Christian Cambon.

Pourtant, avant de pénétrer dans la préfecture de police, chaque fonctionnaire doit présenter sa carte, passer un détecteur d’objets métalliques. Alors comment a-t-il pu s’introduire dans ses bureaux avec le couteau qui lui a permis ensuite de commettre ce quadruple assassinat?

  • Les autorités ont-elles cherché à minimiser la réalité?

Les Républicains étudieront eux aussi les éventuels dysfonctionnements grâce à la création d'une commission d'enquête "dès la semaine prochaine"

Eric Ciotti, qui en sera le rapporteur, souhaite savoir si "les autorités ont cherché à minimiser la réalité ou à retarder l'échéance de l'annonce d'un acte terroriste commis de l'intérieur?" explique-t-il dans sa proposition de résolution qu'a pu consulter BFMTV.

En effet, Christophe Castaner s'était vu reprocher sa communication hâtive le jour de la tuerie, expliquant devant les médias que l'auteur n'avait "jamais présenté de difficultés comportementales" ou "présenté le moindre signe d'alerte". S'il n'y a effectivement eu aucune alerte officielle, plusieurs de ses collègues avaient constaté un changement de comportement de sa part, comme on l'a appris par la suite.

Ambre Lepoivre