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Affaire Penelope Fillon: ces politiques qui ont embauché leur conjoint

Nadia Copé a travaillé comme assistante parlementaire pour son mari Jean-François Copé.

Nadia Copé a travaillé comme assistante parlementaire pour son mari Jean-François Copé. - THOMAS SAMSON / AFP

Comme François Fillon avant eux, de nombreux parlementaires, dont une majorité de députés, issus de tous les partis, emploient ou ont employé leur femme ou leur conjoint comme attaché(e) parlementaire. Une pratique qui n'est pas illégale, à condition que la personne en question effectue un réel travail.

La politique est souvent une affaire de famille, et dans certains cas c'est aussi une histoire d'amour. Le scandale provoqué par les révélations du Canard enchaîné, qui accuse François Fillon d'avoir embauché sa femme Penelope comme assistante parlementaire pour un salaire allant jusqu'à 7.900 euros bruts par mois, met au jour un phénomène discret mais répandu en France. Celui des hommes et femmes politiques qui accomplissent leur métier en couple. Pour justifier ces embauches, certains mettent en avant les "compétences" des intéressés, leur "loyauté" ou encore le fait de pouvoir voir leur famille, dans le cadre d'un mandat prenant.

La pratique n'est pas illégale, elle est même encadrée par des règles précises. Grâce aux déclarations d'intérêts que remplissent les parlementaires, sur lesquelles figurent les noms de leurs collaborateurs, on peut se faire une idée de son ampleur, même si la véracité du travail effectué ne se mesure pas avec ces documents. 

20% des députés travaillent en famille

D'après ces documents, en 2014, 10 à 15% des 900 parlementaires de l'Hexagone avaient un collaborateur du même nom. D'après Mediapart, qui a épluché ces déclarations, les chiffres sont particulièrement élevés à l'Assemblée, puisqu'on y décompte en 2014 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés. Au total, 20% des députés emploient donc un membre de leur famille proche.

Au Sénat, d'après France 2, qui a réalisé un reportage sur le sujet en septembre 2014, le chiffre est de 9%. Sur 348 sénateurs, au moins une trentaine sont concernés. Selon Mediapart, le chiffre s'élevait à 76 sénateurs en 2011. Parmi ces cas de préférence matrimoniale, certains passent sous le radar, d'autres ont été médiatisés. 

Jean-François Copé

Chez Les Républicains, avant François Fillon, Bruno Le Maire et Jean-François Copé ont été épinglés pour avoir embauché leur femme. En 2014, Mediapart révélait que Nadia Copé, régulièrement présentée comme psychologue pour enfants, était employée comme assistante parlementaire de son mari depuis six ans. L'entourage du député-maire de Meaux promettait alors qu'elle tenait un rôle de "conseil" et assurait parfois des permanences à Meaux. L'année précédente, Jean-François Copé avait pourtant affirmé dans une interview à Paris Match qu'il "cloisonnait" vie privée et vie professionnelle.

Bruno Le Maire

Pauline Le Maire, l'épouse de Bruno Le Maire, est quant à elle artiste peintre de son métier, comme l'a souvent rappelé le député de l'Eure, insistant aussi sur son rôle de "mère de quatre enfants". Mais entre 2007 et 2013, elle a été employée comme assistante parlementaire à l'Assemblée, révélait également Mediapart en 2013. Elle travaillait pour son mari, puis quand il est devenu ministre, elle est restée la collaboratrice de son suppléant. Le couple a déclaré plus tard que ce n'était "pas une bonne idée".

Eric Ciotti

Chez Les Républicains, le député Eric Ciotti emploie toujours sa femme, Caroline Magne, désignée sur sa déclaration d'intérêts comme "enseignante vacataire". Interrogé par France 2 sur ce sujet, le député fait valoir que le lien avec un collaborateur "nécessite de la confiance". 

Claude Bartolone

Tous les partis sont concernés par cette pratique, et les socialistes n'y sont pas étrangers. Au PS, c'est le cas de Claude Bartolone, le président de l'Assemblée nationale. Véronique Bartolone est chargée de mission au sein du cabinet de son mari. Cependant, celui-ci s'est toujours défendu d'avoir "embauché" sa femme. "J'ai épousé ma collaboratrice", fait-il valoir au contraire.

"C'est ma collaboratrice depuis 1998. Avant, elle travaillait avec moi au ministère puis a été mon assistante parlementaire. Ce n'est pas la même chose d'avoir une épouse et de l'embaucher que d'avoir une collaboratrice que l'on épouse", expliquait-il en 2012 au Lab. 

Gilbert Collard

"J'ai besoin d'elle". Voilà comment le député Rassemblement Bleu Marine du Gard, Gilbert Collard, justifie le fait que son épouse, Anne-Marie Collard, travaille avec lui depuis 20 ans, actuellement comme collaboratrice parlementaire. 

  • Marine Le Pen

Le fait d'embaucher son conjoint n'est pas non plus l'apanage des hommes. Alors qu'il est interdit de faire travailler son époux ou son épouse au Parlement européen, qui applique des règles plus strictes que son semblable français, Marine Le Pen a embauché son compagnon Louis Aliot à Strasbourg.

Pour un temps partiel payé 5.000 euros bruts, le numéro 2 du parti était employé depuis 2011 comme assistant parlementaire, révélait Mediapart en juillet 2013. L'actuelle présidente du Front national avait mis en avant le fait qu'elle n'était ni mariée ni pacsée à Louis Aliot, qui siège désormais au Parlement européen lui aussi, depuis les élections de 2014. Le Front national est par ailleurs impliqué dans une enquête du parquet financier pour l'affaire des assistants parlementaires payés par le Parlement européen mais soupçonnés d'avoir été employés à d'autres tâches par le parti. 

Charlie Vandekerkhove