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Accord législatif: sortie de la crise entre Bayrou et Macron

La crise entre le MoDem et La République en marche sur les investitures aux législatives semblait, vendredi soir, avoir trouvé une issue. François Bayrou a annoncé un accord trouvé entre les deux partis, ce que dément formellement Richard Ferrand, le secrétaire général du mouvement.

"Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’accord d’appareils", assurait samedi soir Richard Ferrand, le secrétaire général du parti présidentiel. La brouille entre le MoDem et La République en marche ne serait pas totalement passée, malgré les déclarations apaisantes des deux camps ces dernières heures. Après 72 heures de psychodrame entre les deux formations politiques, le maire de Pau estimait vendredi soir qu'un projet d'accord "solide et équilibré" d'investitures avait été trouvé entre les deux formations.

"On a fait des pas en avant sur des questions extrêmement importantes pour l'avenir de la majorité", a déclaré à l'issue d'un bureau exécutif du MoDem celui dont le ralliement avait fait bondir Emmanuel Macron dans les sondages.

L'avis semblait partagé par La République en marche. "Aujourd'hui les choses sont apaisées. Des solutions ont été trouvées. Il y avait quelques endroits où il y avait des difficultés mais c'était une tempête dans un verre d'eau", a quant à lui affirmé le porte-parole d'En Marche! Benjamin Griveaux. Le président de la République, Emmanuel Macron, aurait même confié a François Bayrou que ses "troupes ont fait n'importe quoi", rapporte selon Le Point.

Tacle de Ferrand

Mais voilà, le président de la République est venu ce samedi "devant les candidats et les candidates d’En Marche!" dire qu'il n'y avait pas d'alliance avec le MoDem. "Ce qui est en marche c’est l’examen des candidatures complémentaires par la commission nationale d’investiture que nous a fait parvenir le Modem, comme La République en marche a pu le faire de son côté", insiste sur BFMTV Richard Ferrand.

Assurant que l'objectif était le "renouvellement" et le "rassemblement (...) des personnes, des citoyennes, des citoyens, des personnalités, des élus de la gauche, les mêmes de la droite et également du centre", le secrétaire général de La République en marche assure qu'Emmanuel Macron et François Bayrou ne se sont pas parlé ces derniers jours. Pourquoi le leader du MoDem avancerait-il un telle conversation? "Parce qu’il lui arrive d’être optimiste", tacle Richard Ferrand, ajoutant que "ce n’est pas du niveau du président de la République de se préoccuper de ces questions".

Une centaine d'investitures pour le MoDem

Allié de l'ancien protégé de François Hollande, François Bayrou avait d'abord refusé de donner son "assentiment" à la liste de 428 noms dévoilée jeudi par La République en marche, estimant que son mouvement avait été lésé en n'obtenant qu'une quarantaine d'investitures, alors qu'il en réclamait une centaine pour les législatives des 11 et 18 juin. Vendredi dans Le Monde, le président du MoDem a déploré "l’amateurisme et les actes mal intentionnés de ceux qui ont mené cette opération".

Selon lui, il ne s'agissait pas de répondre "à des problèmes arithmétiques" mais "à deux questions essentielles: est-ce qu'il s'agit d'un parti unique ou d'une majorité plurielle? Quel est le point d'équilibre de la majorité?" "Nous souhaitons que ce point d'équilibre soit au centre, central et pas déséquilibré d'un côté ou de l'autre", a-t-il dit, laissant entendre que la première version de liste penchait trop à gauche.

Chez En Marche, ce bras de fer est analysé comme une démonstration de force interne:

"En faisant ça, il s'adresse à ses troupes, c'est une pure opération pour rassurer ces vieux cadres que nous n'avons pas investis parce qu'ils ne correspondent pas aux critères de compétence, de parité et de renouvellement", explique un élu au Point.

Première dispute

Cet incident signe la fin de la lune de miel qui unissait jusqu'alors les vainqueurs de la présidentielle. Avec une pointe d'amertume dans le camp d'Emmanuel Macron: "Comment voulez-vous qu'on lâche 90 circonscriptions à un mec qui pèse 6% ? Il boit ou quoi?", s'étranglait ainsi un cadre d'En Marche!. 

"Cela fait quinze jours que François Bayrou téléphone partout en France pour trouver 144 candidats à nous proposer. Il faut avoir une lecture réaliste de la santé militante du MoDem", conclut un autre. 

La liste des investitures doit encore être avalisée par le parti d'Emmanuel Macron ce samedi, sans pour autant que la séquence laborieuse des investitures de La République en marche soit close, 149 circonscriptions restant à pourvoir, laissées vacantes dans l'hypothèse du débauchage de plusieurs personnalités de droite.

Louis Nadau avec AFP