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Tireur de Paris: le débat sur la vidéosurveillance relancé

L'identification a été permise grâce à des vidéos de surveillance privées et publiques.

L'identification a été permise grâce à des vidéos de surveillance privées et publiques. - -

Après trois jours de cavale et de doutes sur l'efficacité du système de vidéosurveillance, l'homme a finalement été intercepté.

Une aiguille dans une botte de foin. C'est grâce à l'appel d'un témoin qui avait vu les images tirées de la vidéosurveillance qu'Abdelhakim Dekhar a été intercepté, mercredi. L'homme était traqué par les forces de l'ordre depuis cinq jours, après des agressions armées à BFMTV, Libération et à la Société générale.

Une belle opportunité, pour les élus de se féliciter de l'installation massive de caméras sur la voie publique. BFMTV.com fait le point sur l'efficacité réelle des images dans cette affaire.

Les politiques se félicitent

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls a tenu à saluer ce jeudi sur RTL l'importance de la "vidéoprotection" qui "a été essentielle dans cette affaire".

"Savez-vous que grâce à la vidéo de Paris et des transports parisiens les policiers se rapprochaient?", a interrogé le ministre, "ils étaient à Courbevoie, c'est à dire, au fond, à quelques centaines de mètres de son domicile", s'est félicité Manuel Valls, rappelant au passage que seule, l'exploitation des image n'aurait suffit.

Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a lui aussi fait en sorte de souligner le rôle du dispositif: "cette heureuse issue a été permise par l'existence d'un dispositif de vidéo-protection mise en oeuvre par la ville de Paris et la Préfecture de Police depuis 2010", a précisé l'édile dans un communiqué.

Et avant même l'arrestation d'Abdelhakim Dekhar, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la succession de Delanoë, a souhaité que la traque du tireur de Libération fasse "enfin réfléchir" ceux qui rechignent. "J'espère que ce qui se passe va enfin faire réfléchir tous ceux qui, depuis des années, sont tellement réticents vis-à-vis de la vidéosurveillance", a-t-elle déclaré mercredi sur Europe 1 à l'attention des socialistes.

En quoi la vidéo surveillance a-t-elle été décisive?

Si on s'en tient aux faits, les images de vidéo-surveillance ont été décisives dans ce dossier... mais pas suffisantes. Elles ont permis de donner un visage au tireur. Et c'est finalement l'appel à témoin qui a permis l'interpellation.

Ce mercredi, l'homme qui hébergeait depuis quelques jours Abdelhakim Dekhar a donné l'alerte au commissariat de Courbevoie. A la vue des nombreuses images diffusées, l'homme a eu des "doutes", des "inquiétudes", comme l'a expliqué jeudi le procureur de Paris, François Molins. D'autant que son hôte lui avait confié lundi avoir fait "une connerie".

Le témoin a été frappé par la ressemblance entre son hôte et les quatre clichés diffusés très largement dans les médias. Des vidéos d'une entreprise privée (BFMTV), des images prises sur la voie publique (rue du Temple), et une photo nette, où l'homme apparaît de face, prise par une caméra RATP.

Sur quel dispositif les enquêteurs ont-ils pu s'appuyer?

Des milliers de caméras de vidéosurveillance scrutent les rues de Paris.

1.105 caméras ont été déployées dans la capitale dans le cadre du plan de vidéoprotection pour Paris (PVPP) lancé en 2011, soit une caméra pour 2.000 habitants. Ces caméras s'intègrent à un parc immense qui comprend celles de la ville de Paris, de la SNCF (11.000 caméras environ dans les gares et trains d'Ile de France), de la RATP (9.000 caméras dans les métros et RER et 18.500 dans les bus et tramways), et de plusieurs sociétés privées. Les forces de l'ordre peuvent avoir accès aux images de ces caméras "partenaires".

Entre le 21 décembre 2011 et le 9 janvier 2013, la préfecture de police estimait que ces caméras avaient avaient permis 3.558 arrestations, essentiellement pour des faits de vols. Le rôle de ces caméras avait déjà été évoqué dans les médias lors de l'agression d'un militaire à La Défense en mai.
>> La densité de la vidéosurveillance à Paris (zoomer pour avoir une vue plus détaillée):

(Cette carte se base sur les données récoltées et mises en forme par Owni, elle compile des sources officielles -préfecture de police de Paris- et des témoignages)

Les limites souvent pointées

Au delà du débat sur le respect de la vie privée, des voix prétendent que le système est inefficace.

Le suspect, qui se camouflait en changeant de vêtements et en se couvrant la tête, n'a pas pu être suivi à la trace. Et, surtout, il n'a pas été empêché d'agir. Durant cinq jours, la lenteur du processus, un "travail de fourmi", a de nombreuses fois été pointée.

Enfin, rappelle le Parti Pirate, l'utilisation de la vidéosurveillance "intervient après coup", comme l'explique un porte-parole sur le site du Monde, après que le crime ou le délit a été commis.

Aurélie Delmas et Olivier Laffargue avec AFP