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"Le silence de Salah Abdeslam est un mépris pour les victimes", dénonce Samia Maktouf

Samia Maktouf (g), avocate de familles de victimes des attentats du 13 novembre.

Samia Maktouf (g), avocate de familles de victimes des attentats du 13 novembre. - BFMTV

Samia Maktouf, avocate de familles de victimes des attentats du 13 novembre, vilipende l'attitude d'un "terroriste" qui n'a "jamais" voulu parler à la justice.

Les avocats de Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats du 13 novembre incarcéré à l'isolement à Fleury et muré dans le silence, ont annoncé mercredi qu'ils renonçaient à défendre leur client. L'avocate de familles de victimes Samia Maktouf dénonce là "le mépris" du terroriste.

Si le seul survivant connu des attaques terroristes perpétrées à Paris avait coopéré peu après son arrestation avec les autorités belges, c'était "pour gagner du temps, pour que ses amis, ses frères terroristes puissent attaquer à Bruxelles", avance-t-elle.

"Il utilise la démocratie pour propager la barbarie"

Le silence du présumé terroriste reflète pour la juriste une attitude déplorable et prévisible du prévenu.

"Il s'est muré dans le silence, il a toujours été dans cette posture, ce n'est malheureusement pas une surprise. Ce que souhaitent les familles, c'est que la justice avance avec ou sans Salah Abdeslam car il y a des réponses qui doivent être données. Aujourd'hui ce qui est regrettable c'est que Salah Abdeslam, survivant de tueries de masse, utilise nos moyens de démocratie pour propager la barbarie, non seulement en France mais dans le monde."

Pour Olivier Morice, avocat de plusieurs familles de victimes du 13 novembre, ce silence est loin d'être une surprise. "J'ai été convaincu dès l'arrestation de Salah Abdeslam qu'il ne participerait jamais à la manifestation de la vérité, a-t-il déclaré sur BFMTV. Pour une raison très simple. C'est que compte tenu de la gravité des crimes qui lui sont reprochés, que voulez-vous que Salah Abdeslam puisse négocier avec la justice?"

Les conditions de détention trop dures seraient "un prétexte"

Quant à l'argument évoqué par les deux ex-avocats selon lequel ce seraient les conditions de détention, notamment le fait d'être filmé 24 heures sur 24 qui aurait conduit le jeune homme à ce mutisme, Samia Maktouf le rejette catégoriquement.

"Ce sons des prétextes. Permettez-moi de rappeler que l'état de droit qu'est la France a permis aux avocats de Salah Abdeslam de saisir la justice et la justice s'est prononcée sur ses conditions d'incarcération. Aujourd'hui les familles veulent le jour du procès avoir quelqu'un dans le box (des accusés, NDLR). (...) N'utilisons pas ce droit au silence qui a été reconnu par la Cour européenne des droits de l'homme, non pas pour Salah Abdeslam, mais pour donner des moyens de défense à des personnes qui sont présumées innocentes. Le droit au silence est fait pour protéger les présumés innocents. Lui, il est responsable de ses crimes."

C'est également le point de vue de Jean Reinhart, avocat de plusieurs familles de victimes de l'attentat du Bataclan. "Il ne faut pas croire un instant que c'est la caméra qui le surveille 24 heures sur 24 qui l'empêche de parler, a-t-il assuré à BFMTV. C'est totalement faux."

"Un terroriste qui adopte une posture de terroriste"

Pour Samia Maktouf, les juges doivent bien comprendre que Salah Abdeslam "ne parlera jamais". "C'est un terroriste qui adopte une posture de terroriste. Il a toujours eu cette posture de défense qui est de ne pas parler."

Salah Abdeslam a d'ores et déjà prévenu qu'il ne parlera pas lors de sa prochaine audition devant le juge. "C'est quelque chose que je regrette, assure pour BFMTV Georges Salines, président de l'association 13 novembre: fraternité et vérité. Salah Abdeslam étant un personnage-clé du dossier, il a des choses à dire. Il aurait pu faire avancer la vérité plus rapidement et plus complètement."

David Namias