BFMTV

Salah Abdeslam s'est muré dans le silence, ses avocats renoncent à le défendre

INFO BFMTV - Les avocats de Salah Abdeslam, le Français Frank Berton et le Belge Sven Mary, renoncent à défendre leur client, muré dans le silence. Cette décision a été communiquée jeudi dernier au prisonnier, qui ne souhaite plus d'avocat pour le moment.

Salah Abdeslam, le seul membre des commandos terroristes du 13 novembre encore en vie et actuellement incarcéré à Fleury-Mérogis, n'a plus d'avocat. Ses deux conseils, le Belge Sven Mary et le Français Frank Berton, ont renoncé à le défendre. Ils en ont informé leur client jeudi 6 octobre, et se sont expliqués lors d'un entretien exclusif à BFMTV filmé mardi à Bruxelles.

"On a décidé l’un et l’autre de renoncer à la défense de Salah Abdeslam, ce n’est pas un abandon, c’est une renonciation", a insisté Frank Berton.

Sa parole était une condition sine qua non

Cette décision a en effet été prise en accord avec Salah Abdeslam, dans la mesure où les deux avocats avaient fixé dès le départ cette condition: ils acceptaient de le défendre si Abdeslam acceptait de parler. Puisqu'il reste muet depuis des mois, il ne sera plus représenté.

"Nous savons et nous avons la conviction, et il nous l’a dit, qu’il ne s’exprimera pas et qu’il appliquera le droit au silence. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse? Nous avons prévenu, je l’ai dit depuis le premier jour, si mon client reste muet, nous quitterons sa défense", a expliqué l'avocat lillois à BFMTV.

"Un immense gâchis" pour Frank Berton

"Cette décision n’est pas celle qu’on voulait prendre au départ", concède Sven Mary, qui dénonce avec Frank Berton un "gâchis". Selon eux plusieurs décisions politiques, et notamment celle de placer Salah Abdeslam sous vidéosurveillance 24 heures sur 24, l'ont conduit à s'enfermer dans le silence. Une mesure de surveillance qui, comme l'avait dénoncé Frank Berton au mois de juillet, n'a fait l'objet d'un cadre légal que deux mois après sa mise en application.

"J’ai le sentiment d’un immense gâchis. J’ai vu Salah Abdeslam sombrer de mois en mois", explique Frank Berton. "Lorsque chacun scrute même la nuit vos faits et gestes, vous devenez dingue. Et ça c’est une conséquence d’une décision politique. Ce n’est pas une décision de la justice", martèle l'avocat. 

"Les victimes ont droit à cette vérité"

Une situation que son confrère regrette en particulier pour les victimes des attentats et leurs proches. "On crée un mutisme chez Salah Abdeslam mais les vraies victimes dans tout ça, c’est les victimes des attentats de Paris, parce qu’elles ont droit à cette vérité et elles ont droit à tenter de comprendre l’incompréhensible", déplore Sven Mary.

Selon les deux avocats, Abdeslam ne souhaite pas être représenté par quelqu'un d'autre pour le moment et va écrire au juge d'instruction pour lui signifier cette décision. Pendant toute la durée de l'instruction, la présence d'un avocat à ses côtés n'est pas obligatoire. Elle le sera en revanche au moment du procès.

"Il ne dira plus rien"

En avril dernier, lorsque Salah Abdeslam a été remis aux autorités françaises et qu'il avait accepté de le représenter, Frank Berton décrivait son client comme "désireux de s'expliquer au plus vite devant la justice française".

Lorsqu'il était en Belgique, il a d'abord été entendu par un magistrat belge. Auditionné deux fois en France par la suite, au mois de mai puis en septembre, Abdeslam s'est retranché derrière le silence face aux juges d'instruction du pôle antiterroriste de Paris.

"On était persuadés qu’il avait des choses à dire et qu’il allait les dire", insiste Frank Berton. "Il ne dira plus rien. Mais quel dommage."

Charlie Vandekerkhove avec Cécile Danré