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Champs-Elysées: l'assaillant avait averti des médias, l'Elysée ou Matignon de ses actes

L'assaillant de l'attaque avortée des Champs-Elysées a prêté allégeance à Daesh dans une lettre-testament.

L'assaillant de l'attaque avortée des Champs-Elysées a prêté allégeance à Daesh dans une lettre-testament. - Thomas Samson - AFP

L'assaillant qui a foncé sur un fourgon de gendarmerie sur les Champs-Elysées est soupçonné d'avoir envoyé une lettre de menaces à plusieurs médias, mais aussi à l'Elysée, à Matignon ou aux forces de l'ordre. Il prévenait qu'il passerait à l'acte si ses avertissements n'étaient pas entendus.

Son acte a été préparé de longue date. L'homme qui a foncé sur un fourgon de gendarmerie sur les Champs-Elysées est soupçonné d'avoir envoyé une lettre de menaces à plusieurs médias avant de passer à l'acte. Selon une information du Monde, confirmée par BFMTV, ce courrier, adressé le 29 mai, promettait un "bain de sang" si la France ne répondait pas à ses exigences et appelle à une réaction du "peuple français". Un ultimatum était même fixé au 5 juin, soit deux semaines avant sa tentative avortée d'attaque.

"Ce message a été envoyé à tous vos dirigeants et à tous vos grands médias: Palais de l'Elysée, Matignon, Assemblée Nationale, police, armée, chaînes de télé les plus regardées, stations de radio les plus écoutées, journaux les plus lus et site d'information en ligne les plus consultés", est-il détaillé.

L'assaillant des Champs-Elysées, décédé sur place après avoir été intoxiqué par un gaz présent dans son véhicule, aurait également prévenu sur les réseaux sociaux qu'il était l'auteur de cette lettre. Courant juin, il avait posté un message sur une plate-forme expliquant qu'il avait prévenu les "médias les plus consultés en France", sans préciser, qu'il allait passer à l'acte. Il avait également inondé Telegram de ce message le transmettant à plusieurs chaînes et plusieurs profils de l'application de messagerie cryptée. Plusieurs envois ont été effectués, l'un d'entre eux depuis le compte mystérieux d'une femme.

"Nous vous conseillons de diffuser notre message, afin que le peuple français puisse l'entendre et choisir sa destinée (...)", est-il indiqué, défendant l'idée d'un complot médiatico-politique si cette lettre n'est pas publiée.

"Préparez-vous à compter vos morts"

La lettre, signée au nom "des soldats de l'Etat islamique en France", est rédigée et structurée pour défendre la thèse que les attentats sont une réponse aux "agressions" de la France et non une attaque de notre "mode de vie". Dans un français parfait, sans faute d'orthographe, l'auteur se demande qui mène la propagande, qui sont les barbares, qui a attaqué le premier ou que ferez-vous pour que cela cesse. Il demande alors que cesse les bombardements en Irak et en Syrie ou que les "musulmans emprisonnés pour avoir tenté de commettre un attentat" soient libérés. Et menace les policiers qui obéissent "aveuglément" au gouvernement.

"Si votre gouvernement n'arrête pas sa guerre contre le Califat, préparez-vous à vivre des jours noirs (...), menace-t-il dans le message transmis sur Telegram. Si vous restez les bras croisés, alors préparez vous à compter vos morts et vos blessés. (...) Oh peuple français, c'est maintenant à vous de choisir."

Services de renseignement et justice avaient été alertés de l'existence de ce message qui indique, notamment que les attentats allaient devenir "votre quotidien jusqu'à ce que vous 'soyiez' effondrés et que vous appeliez à la paix". Une information judiciaire avait été ouverte après la réception de cette lettre, par les rédactions, qui débute par un photomontage avec un fusil d'assaut, la mention soldats du califat écrite avec des munitions, une Une de journal datée du 29 mai et un document dénonçant "les crimes de la coalition internationale en Irak et en Syrie". 

"Soldat du Califat infiltré en France"

La DGSI, à qui a été confiée l'enquête, a fait le rapprochement entre cette lettre et l'assaillant des Champs-Elysées après avoir découvert dans son ordinateur un document identique à celui envoyé aux médias français. Ces soupçons sont également renforcés par la lettre-testament rédigé par l'auteur de l'attaque avortée des Champs-Elysées dans laquelle il affirmait être passé à l'acte en réponse au fait que les Français n'ont pas tenu compte des avertissements adressés par les "Soldats du Califat".

Dans ce document, envoyé cette fois-ci à ses proches, l'assaillant des Champs-Elysées prête allégeance à Daesh et demande pardon à sa famille. S'il affirme se savoir surveillé - il faisait l'objet d'une fiche S depuis 2015 - l'assaillant de 31 ans assure devoir passer à l'acte au nom de sa foi, lui le "soldat du Califat infiltré en France" comme il se décrit. Ce double-jeu, il l'avait adopté depuis plusieurs années afin de commettre un attentat. Sa stratégie consistait à se mettre au tir sportif afin d'acquérir légalement des armes. Dans son véhicule, les policiers ont découvert des armes, 28 chargeurs, près de 9.000 munitions de différents calibres. A son domicile, deux fusils à pompe, un fusil à lunette, un pistolet, cinq cartouchières.
Justine Chevalier avec Alexandra Gonzalez et Céline Martelet