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Attentat à Nice: l'enquête devra déterminer d'éventuelles complicités

L'enquête, qui vient de débuter après l'attaque sur la promenade des Anglais, a permis d'identifier le chauffeur qui a foncé sur les 30.000 personnes réunies pour le feu d'artifice du 14-Juillet. La préméditation est confirmée.

L'enquête n'en est qu'à son balbutiement. La mise en garde vient du procureur de la République de Paris, François Molins, qui parle "de nouvelle barbarie terroriste", a prévenu au lendemain de l'attaque d'un homme qui a foncé, avec un poids-lourd de 19 tonnes, sur les 30.000 personnes réunies sur la promenade des Anglais, à Nice, pour assister au feu d'artifice du 14-Juillet.

En milieu de matinée samedi cinq personnes sont en garde à vue dans le cadre de l'enquête alors que Daesh, via son agence Amaq, a revendiqué l'attaque.

Une enquête a été ouverte pour "assassinats et tentatives d'assassinat en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste", "tentatives d'assassinat sur personne dépositaire de l'ordre public en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d'atteintes aux personnes". Au moins 84 personnes ont été tuées, dont 10 enfants et adolescents. 202 ont été hospitalisées dans les établissements des Alpes-maritimes dont 52 en "urgence absolue". 25 sont toujours en réanimation.

> Trois policiers visés par les tirs du terroriste

Vers 22h45, un homme au volant d'un camion frigorifique a foncé délibérément sur la foule venue assister, depuis la promenade des Anglais, au feu d'artifice du 14-Juillet. Le véhicule arrive en provenance du quartier de Magnan, à l'est de la ville, pénètre sur la célèbre avenue, et percute les personnes présentes sur deux kilomètres, entre les numéros 11 et 147, a détaillé le procureur de la République de Paris.

L'homme tire ensuite "à plusieurs reprises" sur trois policiers stationnés devant l'hôtel Negresco. Les forces de l'ordre répliquent, le camion poursuit sa route sur 300 mètres puis s'arrête devant le Palais de la Méditerranée. Le conducteur est retrouvé mort sur le siège passager, tombé sous les balles des policiers.

Le trajet meurtrier du conducteur du camion à Nice.
Le trajet meurtrier du conducteur du camion à Nice. © Olivier Lafargue - BFMTV

> Une attaque préméditée

Dans le poids-lourd, les policiers ont découvert un pistolet de calibre 7.65mm, un chargeur du même calibre ainsi que des cartouches percutées et des cartouches non percutées. Un pistolet factice, ainsi que deux répliques de fusils d'assaut, une grenade percée et un téléphone ont également été découverts.

Le camion qui a servi à cette tuerie a été loué le 11 juillet dernier dans une société située à Saint-Laurent-du-Var. Il devait être restitué le 13 juillet. A partir de cette date, il a été repéré sur les images de vidéosurveillance stationné dans le quartier Auriol, à l'est de Nice. Le 14 juillet au soir, le conducteur, arrivé à vélo, vient récupérer le véhicule. A 22h30, il est une nouvelle fois aperçu dans le quartier Magnan.

"Un des points principaux qui justifie la classification d'un acte dans la catégorie terrorisme, c'est la préméditation", analyse Nicolas Hénin, consultant jihadisme de BFMTV.

> Un conducteur "inconnu" des services de renseignement

L'identité du terroriste est désormais connue. Il s'agit de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans. Dans la cabine du camion, une carte conducteur ainsi qu'une carte bancaire à ce nom ont été retrouvées. Les relevés et les empreintes papillaires ont permis de confirmer cette identité. L'homme n'était pas connu des services de renseignement et n'était pas fiché S mais cinq de ses proches ont été placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête.

Ce chauffeur-livreur, qui résidait à Nice, était connu des services de police pour menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016. Il a été condamné qu'une seule fois à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Nice le 24 mars dernier après une altercation lors d'un accident de la route. L'homme avait, en janvier, frappé un automobiliste avec un morceau de palette en bois. Il avait été placé sous contrôle judiciaire avant son procès. Un contrôle judiciaire parfaitement respecté. 

Père de trois enfants, Mohamed Lahouaiej Bouhlel était divorcé ou en instance de divorce. Selon des voisins, rencontrés par BFMTV, parlent d'un homme qui n'était pas religieux, qui aimait les femmes et la salsa. Ils parlent également de lui comme un homme déprimé. Son ex-femme a été placée en garde à vue vendredi à 11 heures.

> Daesh revendique l'attentat

Samedi en milieu de matinée, Daesh a revendiqué l'attentat de Nice dans un communiqué diffusé par son agence de presse Amaq. Mohamed Lahouaiej Bouhlel est présenté dans cette revendication comme "un soldat" de l'Etat islamique. Le services du ministère de l'Intérieur vérifient cette revendication.

Mais l'enquête va devoir tout de même "déterminer les conditions dans lesquelles l'auteur a pu se procurer l'arme dont il a fait usage et s'il a pu bénéficier de complicités". Les investigations vont désormais se porter sur le téléphone portable et les documents retrouvés dans le camion ayant servi à l'attaque. Des perquisitions ont également menées dans à deux adresses connus entraînant la saisie de plusieurs documents et matériels. 

J.C.