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La Cour de Cassation rappelle Emmanuel Macron à l'ordre après ses propos sur l'affaire Sarah Halimi

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Lors de son déplacement à Jérusalem, le président de la République avait souligné "le besoin d'un procès" dans l'affaire du meurtre de Sarah Halimi, une sexagénaire juive tuée à Paris en avril 2017.

Deux phrases, six lignes. Quatre jours après la prise de position d'Emmanuel Macron à Jérusalem sur l'affaire Sarah Halimi, la présidente de la Cour de Cassation et le procureur général ont publié ce lundi un bref communiqué dans lequel ils appellent le président de la République à respecter l'indépendance de la justice.

Dans ce texte relayé sur Twitter, Chantal Arens et François Molins rappellent que "l’indépendance de la justice, dont le Président de la République est le garant, est une condition essentielle du fonctionnement de la démocratie". "Les magistrats de la Cour de cassation doivent pouvoir examiner en toute sérénité et en toute indépendance les pourvois dont ils sont saisis", concluent-ils.

Jeudi 23 janvier, lors de sa visite à Jérusalem à l'occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, Emmanuel Macron avait estimé que "même si, à la fin, le juge devait décider que la responsabilité pénale n’est pas là, le besoin de procès, lui, est là". Rappelant qu'un "pourvoi en cassation a été formé" et que la justice avait reconnu "le caractère antisémite de ce crime", le chef de l'Etat avait considéré que si "la question de la responsabilité pénale est l’affaire des juges, la question de l’antisémitisme est celle de la République".

Les magistrats crient au scandale

Des propos qui ont suscité de vives réactions au sein du milieu judiciaire. "Nous sommes scandalisés par l’immixtion du chef de l’État dans une affaire en cours et dont le procès s’est tenu devant la chambre de l’instruction", s’est notamment insurgée auprès du Figaro Céline Parisot, présidente de l’Union syndicale des magistrats, soulignant que "ce n’est pas au chef de l’État de dire ce que la Cour doit décider".

Le 19 décembre dernier, la cour d'appel de Paris a déclaré pénalement irresponsable Kobili Traoré, mis en examen pour le meurtre de la sexagénaire juive en avril 2017 dans le 11e arrondissement de Paris, estimant qu'il avait été victime d'une "bouffée délirante" après avoir consommé trop de cannabis. Une décision qui a donc écarté tout procès aux assises pour le jeune homme, comme le réclamaient les proches de la victime. Les avocats des parties civiles ont alors décidé de se pourvoir en cassation.

Mélanie Rostagnat