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Disparition de Maëlys: pourquoi les parents ont choisi de s'exprimer

Dans l'espoir de relancer l'enquête autour de la disparition de leur fille, Jennifer et Joachim de Araujo ont lancé un appel au suspect placé en détention provisoire.

Après plus d'un mois d'enquête, les parents de la petite Maëlys, qui a disparu lors d'une fête de mariage en Isère, ont pris la parole publiquement. Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue à Lyon, ils ont lancé un appel à la vérité, et se sont adressés en particulier au suspect placé en détention provisoire dans cette affaire. Un geste symbolique, un "appel à l'aide" qui vise plusieurs objectifs: relancer l'affaire, attirer l'attention sur certains points en particulier et motiver l'éventuel témoignage qui pourra faire avancer les investigations.

Lancer un appel au suspect

Le visage fermé et la voix altérée par l'émotion lors de leur prise de parole, les parents de Maëlys ont montré qu'ils n'avaient pu se résigner face à l'attitude du suspect, et surtout à quelques éléments troublants. 

"Aujourd'hui, un individu est suspecté, mis en examen par des juges qui ont révélé des indices graves et concordants à son encontre, et qui est actuellement en détention provisoire. Nous lui demandons de dire tout ce qu'il s'est passé cette nuit-là et de coopérer avec la justice", a déclaré Jennifer de Araujo. La mère de la fillette a aussi évoqué son "attitude étrange lors du mariage", qui les a "interpellés". 
"Nous ne disons pas que nous cherchons un coupable à tout prix et sans preuve valable", a-t-elle précisé. "Son comportement depuis le début de l'enquête ne nous convainc pas de sa bonne foi", a ajouté Jennifer de Araujo.

  • L'avocat du couple avait évoqué dans la presse, il y a quelques jours, les soupçons immédiats de cette mère envers cet homme au comportement "étrange", qui n'avait pas semblé "spécialement concerné" par les recherches cette nuit-là et avait "disparu" avant l'arrivée des gendarmes.

Provoquer un éventuel retournement

"Nous nous battons pour retrouver notre fille qui va avoir neuf ans, le 5 novembre. Elle est joyeuse, dynamique, sportive. Elle adore les animaux et elle pense que tous ceux qui aiment les animaux sont des gens dignes de confiance", a précisé sa mère, des sanglots dans la voix, en évoquant la fillette au présent.

Une déclaration loin d'être anodine, et qui attire l'attention sur l'une des facettes du profil du suspect. Jennifer de Araujo a été frappée, lors du mariage, par la proximité de l'ex-militaire qui avait discuté avec sa fille au cours de la soirée et lui avait montré, ainsi qu'à elle-même, des photos de chiens sur son téléphone. Maëlys lui avait décrit cet ancien maître-chien comme son "copain" et l'avait présenté à un autre invité du mariage comme son "tonton". La famille de la fillette ne connaissait pas le suspect avant ce soir-là. 

L'étau s'est resserré sur cet ancien militaire après la découverte dans sa voiture d'une trace d'ADN appartenant à la fillette, mêlé au sien. Un indice qui s'ajoute au fait que le suspect s'est absenté à trois reprises durant la soirée.

"Nous pensons à elle chaque jour, chaque seconde et nous espérons que cet appel sera utile et aidera l’enquête", a déclaré Jennifer de Araujo jeudi soir.

"Peut-être que le cœur de quelqu’un va être touché. Espérons que la parole se libère, la parole de cet homme, la parole aussi peut-être d’autres personnes qui vont se souvenir de quelque chose", a analysé sur BFMTV Dominique Attias, avocate et vice-bâtonnière du barreau de Paris.

Relancer l'enquête

Douze enquêteurs sont actuellement chargés de l'enquête. Jusque-là, des battues et des recherches ont été organisées, des témoignages spontanés ont été recueillis, et les convives présents au mariage ont tous été auditionnés. L'appel à l'aide des parents de la fillette est donc un recours de la dernière chance.

"Je ne suis pas sûr que cela produira les effets escomptés, de la même manière que je ne suis pas sûr que s’exprimer publiquement puisse apporter réellement quelque chose", estime Rodolphe Constantino, avocat interrogé sur BFMTV. 

"Ils ont souhaité s’exprimer après un temps de silence et de blackout médiatique qui était ma volonté et la leur, de faire en sorte qu’ils soient protégés des médias face à une épreuve", a expliqué sur notre antenne Fabien Rajon, l'avocat du couple.

"Mais pour autant, les jours passant, je voyais qu’ils souhaitaient s’exprimer, pour faire part de leur vérité, pour dire qui est Maëlys, pour dire quelle est aussi leur souffrance, je pense qu’ils l’ont fait avec beaucoup de dignité", a-t-il estimé. 

Charlie Vandekerkhove avec AFP