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Contrat russe, enregistrements clandestins... Tout comprendre aux rebondissements de l'affaire Benalla

Alexandre Benalla quitte le Sénat après avoir été auditionné, le 19 septembre 2018 à Paris.

Alexandre Benalla quitte le Sénat après avoir été auditionné, le 19 septembre 2018 à Paris. - Alain Jocard - AFP

Enregistrements entre Alexandre Benalla et Vincent Crase pendant leur contrôle judiciaire, tentative de perquisition à Mediapart, enquête pour corruption à propos d'un contrat russe, nouveaux protagonistes... Les nouveaux éléments révélés ces derniers jours ouvrent un nouveau volet dans "l'affaire Benalla".

Affaire Benalla, saison 3. On n'en finit plus de découvrir de nouveaux éléments sur les activités d'Alexandre Benalla, ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, mis en examen pour des violences commises le 1er mai 2018, puis pour l'utilisation de ses passeports diplomatiques une vingtaine de fois depuis son éviction de l'Elysée.

Un nouveau volet s'est ouvert ces dernières semaines, avec deux pendants: un "contrat russe" et des enregistrements dans lesquels on entend Vincent Crase - lui aussi mis en cause pour les faits place de la Contrescarpe - et Alexandre Benalla parler dudit contrat.

Un mystérieux "contrat russe"

En décembre dernier, Mediapart révèle que le gendarme réserviste Vincent Crase, ancien salarié de La République en marche, lui aussi mis en examen à cause des faits présumés place de la Contrescarpe, a passé un contrat avec un oligarque russe du nom d'Iskander Makhmudov, afin d'assurer la sécurité de sa famille et de ses biens à Monaco.

Un virement de 294.000 euros a notamment eu lieu le 28 juin 2018, entre le Russe et la société du gendarme, Mars Conseil. Vincent Crase est encore responsable adjoint sûreté et sécurité de La République en marche. Une mission que l'entreprise sous-traite à une autre société, Velours Sécurité, ancien employeur d'Alexandre Benalla.

L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, lui, a nié sous serment devant la Commission d'enquête du Sénat avoir quoique que ce soit à voir avec cette histoire; une version appuyée par Vincent Crase. Quelques jours plus tard, Mediapart révèle pourtant qu'Alexandre Benalla a rencontré à plusieurs reprises le représentant de l'oligarque russe en France, Jean-Louis Hagenauer, alors qu'il travaillait encore à l'Elysée.

Une rencontre entre Crase et Benalla?

Mediapart dévoile aussi des enregistrements, que le site date du 26 juillet 2018: on y entend Vincent Crase et Alexandre Benalla parler, entre autres choses, du contrat russe et de destruction de preuves. La rencontre-même constituerait une violation de leur contrôle judiciaire.

Un autre personnage fait ici son apparition: le militaire Chokri Wakrim, qui aurait selon Libération été sollicité par Alexandre Benalla pour conclure ce contrat avec Iskander Makhmudov. Et pour cause, l'homme de 34 ans a déjà assuré la sécurité de sa famille à Monaco.

  • De nouveaux protagonistes

Chokri Wakrim est un personnage bien intrigant. Outre sa relation avec Alexandre Benalla, comme en attestent plusieurs documents relayés par Libération, l'homme n'est autre que le compagnon de Marie-Elodie Poitout, cheffe démissionnaire de la sécurité du Premier ministre. Selon Valeurs actuelles, il a été entendu par le service de renseignement des Armées le 1er février dernier. Le ministère des Armées a annoncé ce jeudi sa suspension "en attendant que la lumière soit faite sur ces allégations".

Marie-Elodie Poitout, elle, a démissionné ce même jeudi de sa fonction de Cheffe du Groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM). La policière devrait être affectée à un autre ministère. 

"Mon rôle a toujours été de protéger le Premier ministre, et sûrement pas de l'exposer", a-t-elle expliqué selon des informations recueillies par BFMTV.

Un oligarque russe

Outre les liens éventuels entre son conjoint et le contrat russe, Valeurs Actuelles affirme que la rencontre du 26 juillet entre Alexandre Benalla et Vincent Crase a eu lieu dans leur appartement.

"Je maintiens ne jamais avoir vu Alexandre Benalla et Vincent Crase ensemble ni à mon domicile, ni ailleurs et confirme n'avoir aucun lien avec les enregistrements dont parle la presse. Je n'ai jamais rencontré Vincent Crase", a-t-elle affirmé.

Troisième personnage intrigant de ce nouveau volet, Iskander Makhmudov. Cet oligarque russe, proche de Vladimir Poutine, est soupçonné de liens avec la mafia russe. Il possède un important patrimoine immobilier en France, d'où vraisemblablement la nécessité d'un contrat de sécurité.

Le rôle de Matignon questionné

L'affaire Benalla a des allures de tâche d'huile. Si l'attention était auparavant concentrée sur l'Elysée et le rôle de l'ancien collaborateur au sein du palais présidentiel, ses agissements présumés viennent désormais frapper à la porte du Premier ministre. A la suite des différentes investigations de presse, Matignon a nié avoir demandé au parquet d'enquêter. Néanmoins, le siège du Premier ministre a transmis au parquet des éléments permettant l'ouverture d'une enquête, dans une lettre que s'est procurée BFMTV.

Dans ce courrier au procureur, le directeur de cabinet d'Edouard Philippe indique qu'il a été contacté par plusieurs journalistes cherchant à vérifier que la rencontre du 26 juillet s'est déroulée chez Marie-Elodie Poitout, en sa présence ou non - ce dont l'ex-cheffe de la sécurité du Premier ministre se défend.

Il évoque aussi "l'allégation selon laquelle l'enregistrement de cette rencontre (...) aurait été réalisé par un service de renseignement" et affirme que les protagonistes n'ont pas "fait l'objet d'autorisations de techniques de renseignement sur cette période".

Dans le cadre de l'enquête préliminaire, ces éléments ont donné lieu à une perquisition chez Mediapart que le média, dans son bon droit, a refusée.

Deux nouvelles procédures en cours

Deux nouvelles procédures sont donc en cours dans l'affaire Benalla. Une enquête ouverte par le parquet pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" pour tenter de faire la lumière sur les conditions de l'enregistrement de la conversation entre Vincent Crase et Alexandre Benalla; et une procédure lancée par le Parquet national financier pour "corruption" à propos du contrat russe.

Les questions sur le rôle d'Alexandre Benalla

  • Des violences présumées alors qu'il était habillé en policier le 1er mai, l'utilisation massive de passeports diplomatiques après son départ de l'Elysée, des liens troubles avec un oligarque russe… Quelle est la teneur des agissements d'Alexandre Benalla? L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron a-t-il profité de sa position au palais présidentiel pour conclure de juteux contrats?

Quel a été le rôle éventuel de Chokri Wakrim et Marie-Elodie Poitout? A quel point l'Elysée et Matignon étaient au courant des agissements et relations des personnes impliquées dans la sécurité du sommet de l'Etat? Autant de questions aujourd'hui sans réponses.

Liv Audigane