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Claire Thépaut: la juge devenue bête noire des sarkozystes

Il n'existe aucune image publique de Claire Thépaut, qui cultive la plus grande discrétion.

Il n'existe aucune image publique de Claire Thépaut, qui cultive la plus grande discrétion. - -

Elle est l'une des deux juges à avoir mis en examen Nicolas Sarkozy. Son tort, pour les soutiens de l'ex-président? Appartenir au Syndicat de la magistrature, très ancré à gauche et qui n'a jamais caché son opposition à Nicolas Sarkozy.

Pas d'image, pas de photo. Dans son métier, Claire Thépaut cultive la discrétion. Elle est pourtant devenue, en quelques heures, la cible des amis de Nicolas Sarkozy: cette magistrate de 42 ans est l'une des deux juges d'instruction qui a mis en examen l'ex-Président dans la nuit de mardi à mercredi.

Surtout, Claire Thépaut est adhérente au Syndicat de la magistrature, très ancré à gauche. Une organisation qui, en mai 2012, avait publié une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, accusant le président d'avoir "dégradé la loi", "travesti la réalité judiciaire" et "dénigré le travail des professionnels de la justice". Dans cette lettre, les magistrats concluaient par "un appel à voter [contre] lui au second tour de l'élection présidentielle".

Il n'en a pas fallu davantage pour que Christian Estrosi, le député-maire de Nice, "mette en cause l'impartialité d'un des juges" - en l'occurrence Claire Thépaut. "Dans n'importe quel autre pays démocratique (...), un tel juge n'aurait pas pu s'emparer de ce dossier", a pour sa part réagi Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais, ce mercredi sur BFMTV.

Morano interroge son "impartialité"

Le Syndicat de la magistrature avait déjà provoqué l'ire de Nicolas Sarkozy et de ses soutiens, il y a un an, lorsqu'une vidéo avait révélé l'existence, dans son local, d'un "mur des cons" - frise de personnalités où l'ancien Président et certains de ses proches figuraient en bonne place.

L'une des concernées, Nadine Morano, s'est donc elle aussi questionnée ouvertement sur "l'impartialité" de la magistrate. "Le syndicat de la magistrature qui s'est rendu coupable de "préjugés" avec le mur des "cons" n'a pas été dissout par [la garde des Sceaux Christiane] Taubira. Impartial?" s'interroge-t-elle sur Twitter.

Ou encore: "la juge a écrit une tribune à charge en 2012 contre lui sur Mediapart. Impartiale?"

Le syndicat de la magistrature qui s'est rendu coupable de "préjugés" avec le mur des "cons" n'a pas été dissout par Taubira. Impartial ?
— Nadine Morano (@nadine__morano) 2 Juillet 2014
La juge Claire Thepaut en charge du dossier de N. Sarkozy a écrit une tribune à charge en 2012 contre lui, sur Mediapart : impartiale... ?
— Nadine Morano (@nadine__morano) 2 Juillet 2014

A défaut de "tribune", Claire Thépaut était citée dans un article du site d'investigation, publié peu de temps après l'élection de François Hollande. Elle y dépeignait la situation au tribunal de Bobigny, où elle avait longtemps été juge avant de rejoindre le pôle financier de Paris. Et affirmait notamment: "nous aspirons tous à retrouver du calme, de la sérénité et de la confiance."

Ces critiques? "Un classique"

Un dossier instruit à charge? Les magistrats, eux, font bloc derrière leur collègue et saluent une grande professionnelle. Christophe Régnard, président de l'USM, l'autre grand syndicat de magistrats, se "désole" de telles critiques. "C'est un classique. On avait déjà eu ce débat lors de la mise en examen [de Nicolas Sarkozy] à Bordeaux pour abus de faiblesse", a-t-il rappelé mercredi sur BFMTV.

Le juge Jean-Michel Gentil, qui avait mis en examen l'ancien président dans le cadre de l'affaire Bettencourt, avait lui aussi été critiqué par le clan Sarkozy, qui l'accusaient d"'instruire à charge".

Mathilde Tournier et avec Pauline Revenaz