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Police-Justice

Attentats du 13 novembre: plusieurs victimes vont porter plainte contre l'Etat

Les victimes des attaques de Paris estiment que l'Etat français n'a pas tout fait pour empêcher le passage à l'acte des terroristes.

Plusieurs victimes des attentats du 13-Novembre annoncent leur attention de porter plainte contre l'Etat. "On fera tout pour obtenir la condamnation de l'Etat français pour ne pas avoir empêcher le passage à l'acte de terroristes dont certains étaient sous contrôle judiciaire", précise à BFMTV Samia Maktouf, avocate de 17 victimes des attaques de Paris.

"Il y a eu des dysfonctionnements au sein des services de l’Etat, du service judiciaire, du contrôle des personnes dont le profil était connu pour être dangereux, poursuit l'avocate. Il faut que les personnes soient condamnées. Leurs actes ont coûté la vie à des personnes innocentes."

Mardi, le rapport complet de la commission parlementaire sur la lutte contre le terrorisme a été rendu public. Pointant l'"échec global" du renseignement, ils émettent 40 propositions pour renforcer cette lutte. Le ministre de l'Intérieur y a répondu assurant que plusieurs préconisations étaient "déjà mises en oeuvre" tout en réaffirmant ses réserves sur une refonte du renseignement.

Contrôle judiciaire pas respecté

Dans ce rapport, on y apprend notamment que Samy Amimour, l'un des kamikaze du Bataclan, a pu se rendre en septembre 2013 en Syrie malgré sa mise en examen pour un projet de départ avorté au Yemen en 2012 et malgré son contrôle judiciaire. Dans le cadre de cette procédure, ses papiers d'identité lui avaient été retirés, le jihadiste n'ayant pas le droit de quitter le territoire. 

"Selon toute vraisemblance, Samy Amimour s'est fait refaire des papiers par la préfecture en prétextant les avoir perdu", écrit la commission.

Toute demande de nouveaux papiers entraîne la consultation du fichier des personnes recherchées où sont inscrites les personnes interdites de quitter le territoire. Il semble que cette vérification ne soit pas systématique, note l'ancien juge du pôle antiterroriste, Marc Trevidic, interrogé par la commission. A ces éléments, s'ajoute l'arrestation manquée de Salah Abdeslam le 14 novembre par des gendarmes français pas prévenus par les autorités belges de la radicalisation du seul survivant des attaques.

L'Etat reconnu partiellement coupable dans l'affaire Merah

Cette plainte fait suite à une décision de justice prise ce mardi. L'Etat a été reconnu en partie coupable de la mort d'Abel Chennouf, un militaire tué à Montauban en 2012 par Mohamed Merah. "Le tribunal juge que la décision de supprimer toute mesure de surveillance de Mohamed Merah, prise à la fin de l'année 2011 (...) est constitutive d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat", écrit le tribunal, qui avait été saisi par le père du militaire, Albert Chennouf Meyer.

Le tribunal administratif de Nîmes rappelle que le terroriste faisait l'objet "depuis 2006, de l'attention des services de renseignements en raison, d'abord, de ses fréquentations au sein du milieu de l'islamisme radical, puis, de son appartenance à cette mouvance et qu'il était dès ce moment inscrit au fichier 'S'".

Vers d'autres plaintes

Cette décision a ouvert une brèche pour toutes les victimes des attentats. Pour l'heure, les membres de l'association Life for Paris, qui regroupe 600 victimes des attaques de Paris, expliquent n'avoir rien décidé. "Rien est exclu", assure sur BFMTV Alexis Brun, rescapé du Bataclan, et porte-parole de l'association.

Par ailleurs, la commission parlementaire pointe du doigt des dysfonctionnements permettant le passage à l'acte des terroristes en janvier 2015. C'est le cas de l'un des frères Kouachi suivi par les renseignements mais seulement par les renseignements parisiens. La surveillance s'est donc arrêtée quand il a déménagé à Reims.

"D'autres avocats réfléchissent donc à déposer plainte contre l'Etat", confirme Sarah-Lou Cohen, la chef du service police-justice de BFMTV.

J.C. avec Sarah-Lou Cohen