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Corneille de retour avec un nouvel album: "Le hip-hop est devenu très R&B"

Corneille

Corneille - Kevin Millet

Le phénomène musical des années 2000 revient avec Parce qu'on aime, un huitième album dans lequel il parle d'amour et renoue avec le genre qui a fait son succès. Il s'est confié à BFMTV.com sur ce nouvel opus et sur sa longue pause musicale.

Il est resté six ans sans composer de chansons. Ce vendredi, Corneille réinvestit les rayons des disquaires avec un huitième album, Parce qu’on aime, son premier opus original depuis 2013. Entre temps, il a publié un livre sur la perte de sa famille lors du génocide au Rwanda (Là où le soleil disparaît, éditions XO), et Love & Soul, l’an passé, un disque de reprises. Avec ce nouvel album, porté par le single Tout le monde plutôt axé variété, le phénomène musical des années 2000 retrouve avec brio le R&B teinté de funk de ses débuts. Un genre qui lui sourit et lui a permis de voir ses deux premiers albums certifiés disques de platine.

Avant une date à l’Alhambra à Paris le 3 avril et une tournée à l’automne prochain, il s’est confié à BFMTV.com. Il revient pour nous sur ce nouvel album aux influences résolument afro-américaines, sur sa longue pause artistique et sur le regard qu’il porte sur la jeune scène musicale d’hier et d'aujourd'hui.

C’est votre premier album original en six ans. Pourquoi une si longue interruption?

Il a fallu que l’inspiration me trouve. Après mon dernier album original (Entre Nord et Sud, 2013, ndlr) j’ai écrit un livre qui m’a pris pas mal de temps. Il a ensuite fallu que je digère l’après-livre, parce que j’ai fait beaucoup de promo. Je ne me sentais pas prêt à écrire, tout de suite après. Je ne savais pas ce que je voulais dire, parce que j’avais écrit plus de 300 pages sur à peu près tout ce qui m’intéressait, tout ce que j’avais l’impression de n’avoir pas assez expliqué en chanson. En revanche, j’avais envie de chanter, de créer quelque chose musicalement. J’ai fait un album de reprises et tout de suite après, l’inspiration est revenue.

Dans Parce qu’on aime, vous ne parlez pas du tout du Rwanda. Avec vos premiers albums et votre livre, avez-vous le sentiment d’avoir dit ce que vous aviez à dire sur le sujet?

J'ai en tout cas dit ce qui valait la peine d’être dit. Pour ceux qui ne trouvent pas de réponses dans mon œuvre musicale, elles sont toutes dans le livre. Ma relation avec le Rwanda a beaucoup évolué, donc elle n’est pas à l’abri d’évoluer encore plus. Mais à court et moyen terme tout ce que j’avais l’impression de ne pas avoir bien dit, je l’ai dit dans le livre.

À l’exception d’un titre (Tout le monde, ndlr), vous ne parlez que d’amour dans ce huitième album.

J’ai écrit l’album avec mon épouse, Sofia de Medeiros (la mère de ses enfants, ndlr), et ça s’est fait très naturellement. On a réalisé qu’on voulait parler de nous, du couple de manière générale, et au fil des chansons c’est devenu un album qui parle essentiellement d’amour. Arrivés à la sixième ou septième, on s’est dit 'Tu t'en rends compte?'.

S'agit-il de votre album qui contient le moins de textes engagés?

Tout l’album est engagé, parce que l’amour est l’engagement ultime. Il y a des choses sérieuses et graves, comme les gilets jaunes, l’espèce de ségrégation sociale qu’on vit en ce moment, les grosses disparités entre les très riches et les très pauvres… Ce sont des choses qui m’interpellent toujours. Les seules fois où on a trouvé de vraies solutions à de grands problèmes, c’était grâce à l’amour. Ce qui demande le plus de courage ce n’est pas s’indigner et descendre les politiques, les pauvres, les immigrants et les riches, ce n’est pas descendre les groupes ni les insulter. Ce qui demande le plus de courage c’est d’aimer ces mêmes personnes ou ces mêmes groupes qu’on est portés à détester. Là, on est dans l’engagement, le vrai.

Avec Parce qu’on aime, vous revenez à un R&B assumé, après un virage vers la chanson française. C’était une volonté ?

Oui et non. Je n’ai pas pris la décision de le faire. C’était plutôt un besoin, et une capacité au moment de travailler sur cet album de me donner une certaine liberté. Je pense que créativement, à un moment donné, j’ai laissé mon ego prendre le dessus parce que j’avais envie de prouver plein de choses: que je pouvais écrire de belles ballades, faire de la vraie pop, chanter en anglais… Toutes ces choses-là font partie de la personne que je suis, mais l’artiste en moi est foncièrement et profondément R&B. C’est ma culture. C’est là-dedans que j’ai commencé à rêver de la musique comme métier, c'est ce que je fais de mieux. 

Tous vos albums n’ont pas eu la même résonance auprès du public. Avez-vous connu des périodes difficiles?

Oui. Les premières fois qu’on rencontre un échec commercial, on le confond avec un rejet de ces mêmes gens qui vous ont élevé au départ. Pour simplifier: "Ils m’ont aimé, ils ne m’aiment plus". C’est dur à vivre. On se rend compte après que ça n’a rien à voir. Les raisons qui expliquent que tu es l’artiste qui vend le plus de disques peuvent être les mêmes qui expliquent le succès d’un autre l’année d’après. Quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, ça marche comme ça. Moi, je me dois de faire ce que j’aime, d’être honnête et authentique, et c’est ce que je dois aux autres aussi. L’échec commercial ne dit rien sur ce qu’on a créé, il donne juste une information un peu vague sur la société et ses besoins.

Est-ce que vous regrettez d’avoir testé d’autres choses?

Pas du tout. Je suis fier de m’être accordé cette grande liberté. Autrement, je pense que je me serais lassé de moi-même. J’ai touché à plein de choses qui m’ont procuré beaucoup de plaisir et ça m’a donné confiance. Ça m’a dit qu’il y a moyen de suivre ses instincts et ses désirs en musique, de ne pas être à la merci de diverses autorités. Et d’en sortir gagnant. Pas forcément commercialement, mais d'être bien en tant qu’être humain.

À vos débuts, le R&B français était très prolifique. C'est moins le cas aujourd’hui, alors qu’on sent une résurgence du genre aux États-Unis…

Musicalement, le hip-hop s’est beaucoup "R&Bisé". Ça reste du rap, mais harmoniquement c’est très R&B, quand on écoute les suites d’accords dans les albums de 21 Savage ou Travis Scott. Le premier à l’avoir fait de cette manière, c’est Drake. Ce qui a fait sa différence, c’est le R&B dans son hip-hop.

En France en revanche, la scène R&B se reconstruit doucement.

On n’y est pas encore. Aya Nakamura est peut-être la seule, mais peut-être qu’elle commence quelque chose. C’est comme tous les autres succès: avant Leslie, Willy Denzey ou Tragédie, il y avait eu Matt Houston. Quand il a commencé, il a explosé parce qu’il était le seul, et après il y a eu une suite. Peut-être qu’il va y avoir de petits Dadju, de petites Aya Nakamura. J’ai l’impression que son succès dit qu’il y a peut-être y a de la place pour ça.

Quel regard vous portez sur la jeune génération d’artistes francophones?

J’aime beaucoup ce qu'apportent les sons d'Aya Nakamura et Dadju. J’aime beaucoup tout ce qui casse les tendances pour en créer de nouvelles, ça me plaît. L'espèce de confiance de certains artistes comme Angèle ou Roméo Elvis. J’adore les textes de Damso; je trouve qu’il est brillant dans son écriture, il va très loin dans ses textes.

Les modes de diffusion de la musique ont beaucoup évolué ces dix dernières années. Quel regard portez-vous sur le streaming, alors que vous sortez un nouvel opus?

Le streaming permet en théorie de supprimer quelques intermédiaires entre le créateur et le consommateur. En soi, la technologie est très prometteuse. Le problème c’est que les lois qui dictent comment le créateur doit être payé n’ont pas suivi la technologie. Les artistes font des miettes avec le streaming. Mais je pense qu’on est en phase de transition et qu’un modèle va se créer. Comme toutes les grandes révolutions dans toutes les industries, il y a une période d’ajustement. On va y arriver.

Benjamin Pierret