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Les Schtroumpfs fêtent leur 60 ans

Détail de la couverture de l'album La Schtroumpfette

Détail de la couverture de l'album La Schtroumpfette - Les Schtroumpfs par Borecki Culliford De Coninck Delporte Delzenne DIAZ Garray JOST Maury Parthoens Peyo Vizoso © Dupuis 2018

Les petits bonshommes bleus imaginés par Peyo sont apparus pour la première fois le 23 octobre 1958 dans les pages du journal Spirou.

Apparus pour la première fois le 23 octobre 1958 dans les pages du journal Spirou, les Schtroumpfs sont la plus célèbre création du dessinateur belge Pierre Culliford, alias Peyo. Mondialement connus, héros de télévision et de cinéma et même bonbons Haribo, ces petits bonshommes bleus ont complètement éclipsé aux yeux du grand public les autres séries de Peyo: Benoît Brisefer et surtout Johan et Pirlouit, dont les Schtroumpfs sont dérivés.

Tout commence avec une … salière. 1957. Pierre Culliford et son épouse Nina sont très proches de Liliane et André Franquin, le dessinateur de Spirou et inventeur du Marsupilami. Un jour, en plein repas, Peyo cherche la salière. Ne la trouvant pas, il lance à Franquin une formule restée célèbre: "André, passe-moi la… allez, le … le schtroumpf, là, près de toi!"

"Pourquoi ai-je dit 'schtroumpf'? Ça, je suis incapable de le dire…", s’est souvenu des années plus tard Peyo, cité par Hugues Dayez, auteur de la biographie Peyo l’enchanteur qui vient d’être rééditée. "Toujours est-il qu’André m’a répondu: 'Tiens, voilà ton schtroumpf!', et je lui ai répliqué: 'Merci de me l’avoir schtroumpfée, quand je n’en aurai plus besoin, je te reschtroumpferai!' Et ainsi de suite…"

Détail de la couverture de La Flûte à six schtroumpfs
Détail de la couverture de La Flûte à six schtroumpfs © © Dupuis 2018

Le secret de leur couleur

A cette époque-là, Peyo est en pleine conception de sa série médiévale Johan et Pirlouit. Le 8 mai 1958 débute dans le journal Spirou la publication des premières pages de La Flûte à six trous. L’histoire tourne autour d’une flûte qui possède le pouvoir de faire danser ceux qui l’entendent. Lorsqu’il se demande qui a pu créer un tel objet, Peyo a une illumination: "Pourquoi ne serait-ce pas un farfadet, un de ces petits êtres dont on sait qu’ils vivent la nuit, mais que l’on voit très rarement?"

Pour imaginer leur apparence, Peyo s’inspire de dessins préparatoires de petits lutins roses imaginés pour un film qui n’a pas vu le jour. Pour le nom, il se souvient de son échange avec Franquin: "Pourquoi ne pas utiliser ce mot qui nous a tant amusés l’été dernier, Franquin et moi? Pourquoi ne pas les appeler Schtroumpfs?"

Reste à trouver leur couleur de peau. C’est Nina, l’épouse de Peyo, qui porte son dévolu sur le bleu, excluant d’emblée le rose pour qu’ils ne soient pas confondus avec les humains: "J’ai procédé par élimination", explique-t-elle dans Peyo l’enchanteur. "Comme, au départ, les Schtroumpfs se dissimulent tout le temps dans les feuillages, je ne pouvais pas les faire verts, ils se seraient noyés dans le décor! En rouge, ils auraient été trop voyants… Et en jaune, ce n’était pas très heureux. Restait donc le bleu, ce n’était pas compliqué."

Les Schtroumpfs
Les Schtroumpfs © Les Schtroumpfs par Borecki Culliford De Coninck Delporte Delzenne DIAZ Garray JOST Maury Parthoens Peyo Vizoso © Dupuis 2018

"Remplacer n’importe quel mot par 'schtroumpf'"

Peyo fait durer le plaisir et ne fait apparaître les Schtroumpfs qu’à la 37ème planche (l’album en compte 60). Ils marquent les lecteurs par leur langage étrange, ponctué de "schtroumpf". Pour éviter d’embrouiller le lecteur, Peyo a établi des règles: "Quand je me suis amusé à parler schtroumpf avec Franquin, je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas remplacer n’importe quel mot par ‘schtroumpf”, je devais toujours tenir compte du contexte."

Johan et Pirlouit restent une dizaine de pages chez les Schtroumpfs, que Peyo n’a pas envisagé de faire des personnages récurrents. Il rassure d’ailleurs Charles Dupuis, patron des éditions du même nom, inquiet de leur langage: "Ces schtroumpfs ne parlent pas un français très correct, mais ne vous en faites pas, ce sont des personnages tout à fait accessoires, d’ici deux ou trois ans, on n’en parlera plus!", lui assure le dessinateur.

Les 60 ans des Schtroumpfs
Les 60 ans des Schtroumpfs © © Dupuis 2018

Succès international

Sa prédiction ne se produira pas. En juillet 1959, Spirou lance des "mini-récits", qui accueillent des aventures des Schtroumpfs. Le succès rattrape alors Peyo, qui concocte en 1963 Le Schtroumpf volant, une histoire "grand format" réalisée pour surfer sur la popularité de La Flute à six trous, rebaptisé lors de sa sortie en librairie La Flûte à six schtroumpfs.

En 1963 sort également Les Schtroumpfs noirs, premier album d’une longue série qui en compte désormais trente-six, dont un chef d’œuvre intemporel: Le Schtroumpfissime, où il dénonce les promesses électorales, l’opportunisme politique et le culte de la personnalité. Comme son idole Walt Disney avec Mickey Mouse, Peyo a bâti avec ces petits bonshommes bleus un empire international, cas unique dans la bande dessinée franco-belge.

Pour en savoir plus: Peyo l’enchanteur, Hugues Dayez, Niffle, 208 pages, 24 euros (disponible depuis le 5 octobre). Johan et Pirlouit (intégrale quatre tomes en noir et blanc), Niffle, 352 pages, 79 euros (sortie le 16 novembre).

Schtroumpfs
Schtroumpfs © BFMTV
Jérôme Lachasse et Emeline Gaube