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Appelez-moi Nathan, la transition d’un adolescent trans racontée en BD

Appelez-moi Nathan

Appelez-moi Nathan - Payot Graphic

Conçue par la journaliste Catherine Castro et le dessinateur Quentin Zuttion, cette BD inspirée de faits réels relate le parcours d’un adolescent pour devenir celui qu’il est vraiment.

C’est l’histoire d’une guerre, une guerre pour être soi. Dans Appelez-moi Nathan, la journaliste Catherine Castro et le dessinateur Quentin Zuttion racontent le parcours d’un adolescent né dans un corps féminin qui se bat pour devenir lui-même.

Ce jeune homme transgenre, Nathan, existe réellement. Il a accepté de confier son histoire au duo. "On s’est beaucoup vu avec Nathan. On voulait vraiment que lui et sa famille adhèrent au projet", explique Catherine Castro, qui le connaît depuis plusieurs années. "Ce qui était compliqué, c’est que c’est un peu l’histoire d’un train qui arrive à l’heure. C’est une histoire qui se passe bien."

C’est précisément pour cette raison que Quentin Zuttion, dont le travail porte sur le corps et l’identité, a "accepté très vite ce projet": "il est important aujourd’hui d’avoir des histoires LGBTI qui finissent bien", acquiesce-t-il. Nathan a en effet reçu le soutien de sa famille, de ses amis et même de ses professeurs: "C’est un vrai combat, mais il n’a pas eu à le mener dans sa famille. il a beaucoup de chance", précise Catherine Castro.

"Sa famille l’accompagne - même s’il y a forcément des ratés, c’est normal, c’est des humains comme tout le monde", poursuit le dessinateur. "Mais il n’y a pas d’énorme drame, juste la vie qui continue et il a cette possibilité de l’assumer aussi jeune. C’est important que des jeunes puissent avoir cette représentation aussi", dit Quentin Zuttion, qui a privilégié un dessin assez délicat pour éviter tout voyeurisme.

Appelez-moi Nathan
Appelez-moi Nathan © Payot Graphic

Appelez-moi Nathan suit le personnage du collège au lycée et décrit au quotidien ses interrogations et ses peurs, mais aussi ses relations avec ses parents et ses camarades de classe. Une scène particulièrement poignante montre Nathan en train de découvrir qui il est vraiment sur Google. "Je ne suis pas normale. C’est quoi mon problème? Mes parents appellent ça ma crise d’adolescence. Ils sont mignons, mais ça m’aide pas. Qu’est-ce que j’ai bordel?", se demande-t-il.

"Je me sens garçon"

Dans le noir, le visage éclairé par la lumière bleue de l’ordinateur, des mots apparaissent au-dessus de lui: "je me sens garçon", "pas née dans le bon corps", "transidentité"... "La nuit, il découvre qui il est sur Google et le lendemain, il a cours de gym. Je trouve ce cheminement hyper intéressant: à chaque fois, la vie continue alors que dans ses propres questionnements il est en train de vivre quelque chose de très fort", analyse Quentin Zuttion. "Je pense aussi que c’est pour ça aussi que ces personnages - les trans, les gouines, les pédés - ont grandi beaucoup plus vite aussi".

"Ca fait peur de grandir"

C’est le cas de Nathan, âgé aujourd’hui de 18 ans. Mais le jeune homme, très charismatique dans la vie quotidienne, se révèle également paradoxal, souligne Catherine Castro: "il a grandi très vite, mais il veut rester un enfant." D’où la difficulté de savoir où arrêter ce récit. Le duo a décidé de l’accompagner jusqu’au début de l’âge adulte, sans révéler son avenir.

"Ces jeunes n’ont pas envie de grandir, parce qu’ils n’ont pas forcément de représentation d’eux grands. Ils ne savent pas à quoi ça ressemble. Donc, oui, ça fait peur de grandir et d’être adulte”, indique Quentin Zuttion, avant d’ajouter: "Aujourd’hui, des gamins de 14 ans ont cette force de pouvoir le dire et y arriver. Il y a vingt ans à 14 ans…" "...ils vivaient dans le secret et l’horreur", finit Catherine Castro.

Appelez-moi Nathan
Appelez-moi Nathan © Payot Graphic

"Je l’ai gagnée cette putain de guerre"

Pour représenter les questionnements identitaires de Nathan, Quentin Zuttion a dessiné de doubles pages saisissantes où le personnage est submergé par des seins ou se les arrache à mains nues.

"Dans l’enfance, comme ça se passait bien, on voulait donner un peu d’aspérité", commente la scénariste. "La puberté est le moment où l’enfant commence à rejeter tout ça. Cette mer de seins, c’est une expression de sa dysphorie", renchérit son comparse.

"Quand il a découvert ses seins, il a su qu’il était biologiquement du côté des filles et ça c’était le cauchemar", complète Catherine Castro. "C’est un moment de l’insupportable pour lui, d’être ramené à ce corps qui est impossible. Ça préfigure en fait l’opération qu’il va subir par choix pour les enlever."

"Je l’ai gagnée cette putain de guerre", lance Nathan à la fin de l’album. Il a pu modeler son corps selon sa véritable identité. Ce livre, qui pose la question de la masculinité aujourd’hui, n’est pas didactique ou pédagogique, "mais le sera malgré lui", pressent Quentin Zuttion, qui veut au contraire donner de la force, par cet album, aux jeunes traversés par ces questionnements: "Si ça sert à ça, on aura tout gagné".

Jérôme Lachasse