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Paris: retour sur 30 années d'impuissance face au crack

Une centaine de consommateurs de crack ont été déplacés du secteur de Stalingrad vers porte de la Villette vendredi dernier. Une solution temporaire à ce fléau qui existe depuis plusieurs dizaines d'années dans la capitale.

La place de Stalingrad dans le 19e arrondissement paraît désormais plus calme, après le déplacement d'une centaine de consommateurs de crack vendredi dernier vers la porte de la Villette. Mais c'est bien dans le quartier de Stalingrad que le fléau du crack trouve ses origines.

Dans les années 1990, des consommateurs de crack commencent à apparaître dans la capitale et à se réunir. Les premières associations de riverains se créent alors pour dénoncer ce fléau qui crée déjà des nuisances au quartier.

"Il y avait cette présence qui était à la fois, un problème par rapport à son environnement et un danger de santé publique", raconte à BFM Paris Olivier Ansart, président de l'Association pour le suivi de l'aménagement Paris Nord-Est (ASA-PNE),

Un fléau qui se développe avec la crise migratoire de 2015

Durant une vingtaine d'année, le phénomène du crack ne concerne que peu de personnes qui se regroupent uniquement dans le secteur de Stalingrad. En 2015, avec la crise migratoire et l’arrivée de personnes en situation de grande précarité, un changement de situation va s'opérer.

En novembre 2016, un centre de pré-accueil pour migrants d'une capacité de 400 personnes est ouvert porte de la Chapelle dans le 18e arrondissement pour permettre notamment de faire face aux campements sauvages dans la capitale.

"Vous avez eu un certain nombre de migrants qui sont tombés dans la toxicomanie", affirme Olivier Ansart.

À ce moment-là, le nombre de consommateurs de crack augmente fortement. Ces nouveaux toxicomanes vont se regrouper porte de la Chapelle sur ce qui va être appelé "la colline du crack". Pendant trois ans, elle devient le repaire du trafic de drogue et des consommateurs. Cette situation entraîne de nombreuses nuisances que les autorités tentent d’éviter en procédant une quinzaine de fois à des évacuations. La "colline du crack" est définitivement démantelée en 2019, mais l'évacuation ne règle pas le problème.

Un transfert aux jardins d'Éole en mai 2021

Depuis deux ans, la drogue continue de gangréner le nord-est parisien, au grand désespoir des riverains. En mai dernier, un certain nombre de toxicomanes sont finalement autorisés à se regrouper le soir aux jardins d'éole dans le 18e arrondissement pour tenter de limiter les nuisances.

"Il y avait beaucoup de mendicité, avec quelquefois des individus très agressifs. Ce qu'il faut savoir, le crack rend très agressif", explique le président de l'ASA-PNE.

Cette solution qui devait permettre aux riverains de respirer n'a pas fonctionné. Les habitants des alentours se plaignent des nuisances et des agressions. Face aux appels de collectifs d'habitants du quartier, la mairie demande l'évacuation des consommateurs de crack sont évacués de l'intérieur des jardins.

Retour à la case Stalingrad

Mais sans solution immédiate de prise en charge, ils se retrouvent à nouveau à errer dans le quartier, notamment dans la rue Riquet et dans le quartier de Stalingrad, ce qui n'arrange en rien la situation des riverains qui voient se multiplier les bagarres et les violences à proximité de leur domicile.

"Ils se sentent beaucoup plus forts, ils nous affrontent. Tous les jours ont subi des agressions", racontait début septembre, une habitante au micro de BFM Paris.

Certains riverains excédés par cette situation, veulent même quitter le quartier. Face à ce problème toujours persistant, le ministre de l'Intérieur décide vendredi dernier, d'une nouvelle évacuation. Environ 130 consommateurs de crack sont transférés par les forces de l'ordre porte de la Villette à la bordure de la Seine-Saint-Denis. Mais cette décision est là encore loin de faire l'unanimité notamment auprès des riverains de Pantin et d'Aubervilliers, villes les plus proches du nouveau lieu de réunion des toxicomanes. Pour les habitants, cette situation a bien trop duré.

" À Aubervilliers, ça fait depuis 1957 que j'y habite, j'ai vu le changement (...) moi franchement j'en peux plus", assure un habitant.

Quelle solution durable pour régler le problème du crack ?

Pour tenter de contenir l'arrivée des toxicomanes dans le département de la Seine-Saint-Denis, un mur très controversé a été construit entre Paris et Pantin. Une solution provisoire, qui n'empêche pas déjà, des consommateurs de crack de venir en Seine-Saint-Denis.

Pour tenter d'apporter une solution plus durable au problème du crack, la maire de Paris avait proposé au Premier ministre, il y a quelques semaines, l'installation de quatre centres d'accueil spécialisés pour les consommateurs de crack afin de les prendre en charge.

Le but est de leur proposer à la fois un hébergement, des soins adaptés et des espaces de consommation. Cette proposition a été acceptée par Jean Castex, sous réserve d'une localisation adaptée. Ce lundi sur RTL, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a dit travailler "très sérieusement" sur la question du crack à Paris et "réfléchir à des solutions pérennes". Le ministre de la Justice a promis de donner des réponses "plus précises dans les jours qui viennent". .

Maéva Lahmi avec Gauthier Hartmann