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Syrie: vers un blocage diplomatique?

La salle du Conseil de sécurité des Nations unies, à New York.

La salle du Conseil de sécurité des Nations unies, à New York. - -

Depuis la proposition de Moscou à Damas, lundi, de placer ses armes chimiques sous contrôle international, la recherche d'une solution diplomatique semble désormais privilégiée dans le dossier syrien. Problème: les tractations patinent et les grandes puissances ne s'entendent pas sur la teneur à donner à une éventuelle résolution.

La recherche d'une solution diplomatique à la crise syrienne pourra-t-elle aboutir? La voie semblait ouverte, lundi, avec la proposition formulée par la Russie à Bachar al-Assad de placer sous contrôle international son arsenal chimique, acceptée depuis par le régime syrien. Mais l'annonce, par la France, de son intention de déposer une résolution contraignante à l'ONU a braqué Moscou, qui veut garder la main sur son initiative. Les tractations diplomatiques sont-elles, de fait, vouées à l'échec? Décryptage.

> Les Occidentaux veulent un texte contraignant

Indiquant considérer avec "intérêt, mais précaution" la proposition russe, la France a déposé, mardi, un projet de résolution à l'ONU. Un texte plutôt musclé, à en croire les éléments donnés par Laurent Fabius, qui vise notamment à "placer sous contrôle international et démanteler" l'arsenal chimique syrien mais aussi à "condamner le massacre du 21 août commis par le régime" ou encore "sanctionner les auteurs du massacre, devant la justice internationale". De plus, le texte est déposé sous chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui prévoie l'usage de la force en cas de non-respect des engagements.

De son côté, le Sénat américain travaille à l'élaboration d'un nouveau projet de résolution, qui instaurerait une date limite pour la mise sous contrôle international de l'arsenal, avant de potentielles frappes. "Il y aura une date limite spécifique pour que le Conseil de sécurité de l'ONU vote une résolution, et une date limite séparée pour que les inspecteurs vérifient que les Syriens ont bien transféré leurs armes chimiques", a ainsi précisé un collaborateur du Sénat.

> Moscou entend garder la main

En formulant sa proposition à Damas, Moscou a confirmé son retour sur la scène internationale, prenant de court les tractations occidentales sur une possible intervention. "La Russie a avancé ses pions, pris de court les Etats-Unis et la France, et n'entend pas revenir en arrière sur les bénéfices qu'elle a obtenus, à savoir la suspension du vote du Congrès et donc l'absence de frappes sur les objectifs militaires syriens", explique Dominique Moïsi, géopoliticien, conseiller spécial de l'Ifri, joint par BFMTV.com.

"La proposition russe n'avait pas pour objet de fournir une solution à la crise syrienne mais plutôt d'exploiter la faiblesse structurelle de l'Occident face à une opinion publique qui ne veut absolument pas d'engagement militaire", poursuit le spécialiste.

Mardi soir, ce sont donc les Russes qui ont demandé l'annulation et le report de la réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, qu'ils avaient pourtant réclamée quelques heures auparavant. Une manière de signifier aux Occidentaux que l'initiative de la proposition est bel et bien celle de la Russie et qu'elle compte garder la main sur la suite des événements.

> Un blocage inévitable

Sans grande surprise, la Russie a jugé "inacceptable" le projet de résolution français. En cause, notamment, l'accusation directe des autorités syriennes dans l'utilisation des armes chimiques mais aussi l'éventualité de l'emploi de la force contre Damas en cas de violation des dispositions de la résolution.

Autrement dit, un texte aussi contraignant n'aurait aucune chance d'être adopté par le Conseil de sécurité de l'ONU, se heurtant aux vetos russe et chinois. "Une résolution efficace est inacceptable pour la Russie et Damas. A contrario, si le texte est trop édulcoré, c'est une victoire pour eux, et donc une humiliation pour les Etats-Unis et la France", estime Dominique Moïsi, pour qui l'on se dirige vers un "blocage diplomatique".

Bien consciente du risque, la France s'est dite prête à amender son projet de résolution "dès lors que sont préservés les grands principes et objectifs".

> Et maintenant?

La teneur du dispositif de contrôle de l'arsenal chimique syrien sera au cœur des discussions entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, qui doivent se rencontrer jeudi, à Genève.

Ce mercredi, la Russie a ainsi indiqué avoir transmis à Washington son plan de contrôle des armes chimiques en Syrie. Cependant, la solution diplomatique et l'entente sur les "lignes rouges" défendues par chacune des parties ne sera certainement pas trouvée à l'issue de cette rencontre, et en cas d'échec, le retour à une solution militaire n'est pas à exclure. François Hollande l'a d'ailleurs confirmé ce mercredi matin, à la suite du conseil de défense convoqué à l'Elysée, affirmant que Paris "restera mobilisé" pour "sanctionner l'usage d'armes chimiques par le régime syrien et le dissuader de recommencer".

"Dans le cas d'un retour à l'idée de frappes, les Etats-Unis doivent encore remporter l'avis positif du Congrès", rappelle Dominique Moïsi. Avant de conclure: "Cet obstacle est, non seulement toujours là, mais il est encore un peu plus grand après les rebondissements de ces deux derniers jours. C'était d'ailleurs l'objectif de la diplomatie russe".

Adrienne Sigel