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REPORTAGE - À Mossoul, Daesh utilise les civils comme bouclier

En difficulté sur le terrain face aux forces irakiennes et la coalition internationale, l’État islamique massacre de plus en plus de civils, utilisés comme boucliers humains. D’importantes pénuries renforcent l’inquiétude qui plane autour ces populations.

Les combats font toujours rage à Mossoul, en Irak, dernier grand fief du groupe État islamique. Après la prise de la partie est de la ville par les forces irakiennes et la coalition internationale fin janvier, la progression se fait désormais à l’ouest. Ici, quelque 200.000 civils restent cloîtrés chez eux. Impossible pour eux de se déplacer, au risque d’être pris pour cibles par les "soldats du Califat".

Sur place, la situation de ces populations demeure extrêmement préoccupante: "Les civils sont probablement bien plus en danger aujourd'hui, dans les toutes dernières étapes (des opérations militaires), qu'à aucun autre moment de la campagne de Mossoul", a affirmé à l'AFP la coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak, Lise Grande. 160.000 civils ont fui Mossoul ces dernières semaines et 2.500 à 4.000 d’entre eux sont morts depuis le début de l’offensive en octobre dernier. 

Des civils massacrés par Daesh

En difficulté sur le terrain, Daesh massacrent de plus en plus la population, utilisée comme bouclier humain. Près de la ligne de front, Zebulon intervient pour une organisation caritative américaine. Sa mission consiste à aller chercher les blessés. "On a essuyé des tirs de snipers ce matin et hier aussi. Logiquement, ils ont été délogés maintenant, mais la situation peut changer en un instant", raconte-t-il. Présent chaque jour avec son ambulance blindée, le jeune humanitaire constate qu’il n’y a aucun civils en vue ce jour-là: "Je suis ravi quand mon job est ennuyeux, ça veut dire que les gens vont bien et ne sont pas en train de mourir".

Pourtant, à quelques centaines de mètres de là, les blessés, victimes des tirs de mortiers et de snipers de l’État Islamique ainsi que des frappes aériennes des Irakiens, affluent vers un centre de soins. Une famille vient d’être touchée par une frappe de la coalition. Ils ont mis deux jours à pouvoir s’échapper: "On a eu une frappe et la maison s’est écroulée sur nous. Une de mes filles a eu les deux jambes arrachées et elle a fini par mourir", raconte une victime.

Mais pour le major Mohamed qui gère les centres de soins à Mossoul, ce sont les djihadistes qui tuent le plus de civils pour les empêcher de fuir. "On voit surtout des blessures à la tête et à la poitrine causées par des snipers. Si Daesh se retrouvait seul, sans civil, l’armée irakienne pourrait entrer dans la ville et en une ou deux semaines, tous les combats seraient finis".

Des pénuries d’eau, de nourriture et de médicaments

Chaque jour, les civils présents dans la partie de la ville encore contrôlée par Daesh voient leurs conditions de vie se dégrader. "On sait que les médicaments sont très rares, qu'il y a d'importantes pénuries d'eau potable et que les stocks de nourriture sont en quantité très limitée. On sait aussi que les familles qui tentent de fuir sont souvent prises pour cible par des tireurs embusqués", a expliqué Lise Grande. Avant de poursuivre: "Vous avez une zone fermée (ndlr: la vieille ville) qui n'a plus été ravitaillée depuis des mois, dans laquelle les civils sont piégés et (où) les combattants sont déterminés à tenir jusqu'au bout. Vous additionnez tout ça, et vous avez une situation vraiment désespérée". Les populations, privées de denrées, en viennent même à se nourrir de chats, de cartons mouillés et d’herbes, raconte Le Figaro.

Et la situation ne risque pas de s’améliorer, les forces irakiennes avançant plus lentement que prévu dans Mossoul. Par ailleurs, l’offensive sur la vieille ville qui devrait débuter dans quelques jours pourrait encore ralentir leur progression. La vieille ville se caractérise en effet par des ruelles impraticables pour les tanks et les véhicules blindés de l’armée irakienne. Les soldats, qui s’attendent à des combats extrêmement rudes, vont donc devoir y pénétrer à pieds. De quoi craindre pour le sort des civils, majoritairement présents dans cette partie de Mossoul.

Édouard Dufrasne, envoyé spécial, et Paul Louis