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Pourquoi la bataille de Mossoul peut tout faire basculer en Irak

Les forces irakiennes, soutenues par les forces de la coalition, ont lancé dans la nuit leur offensive pour reprendre la ville de Mossoul aux mains des jihadistes de Daesh. Une bataille hautement symbolique.

La bataille se préparait depuis des mois. C'est finalement dans la nuit de dimanche à lundi que l'offensive contre Mossoul, le principal bastion irakien de Daesh, a été lancée par l'armée irakienne, appuyée par les combattants kurdes et la coalition internationale. Une bataille aux multiples acteurs, dont le lancement a été plusieurs fois annoncé puis retardé au cours de l'année. Ville-symbole de la puissance de Daesh en Irak, la chute de Mossoul marquerait un sérieux revers pour l'organisation jihadiste dans la région. Le point sur les enjeux de cette bataille. 

> La capitale de Daesh en Irak

Deuxième ville d'Irak avec sa population de près d'un million et demi d'habitants, Mossoul est le fief irakien de Daesh. Traversée par le Tigre et située à 350 km au nord de Bagdad, elle est la plus grande ville du nord de l'Irak et le chef-lieu de la province de Ninive, riche en pétrole. 

Cette ville majoritairement sunnite dans une région dominée par les Kurdes, qui fut le dernier bastion du parti Baas de l'ancien dictateur déchu Saddam Hussein, avant de devenir une place forte d'Al-Qaïda, était tombée sans résistance aux mains des jihadistes de Daesh, le 10 juin 2014. Quelques jours plus tard, le 29 juin, le numéro un de l'organisation, Abu Bakr Al-Baghdadi, proclamait la naissance du califat, à cheval sur la Syrie et l'Irak, depuis la grande mosquée de Mossoul, en faisant la ville symbole de l'avancée rapide de ses combattants. Les images le montrant prendre la parole depuis le minbar (la chaire) de la mosquée avaient fait le tour du monde. Ce sont d'ailleurs les seules images récentes du calife autoproclamé.

Des dizaines de milliers d'habitants de cette ville à majorité sunnite mais comptant de nombreuses minorités avaient alors fui les jihadistes, notamment des milliers de chrétiens qui avaient été confrontés à un ultimatum de Daesh: se convertir à l'islam, payer une taxe ou quitter Mossoul sous peine d'être exécutés. 

Outre sa richesse en pétrole, la région de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu, est également stratégique pour l'approvisionnement en eau et en matières premières agricoles de tout le pays. Ce qui en fait également un centre économique et financier majeur de Daesh. 

> Des acteurs hétéroclites 

Le nombre d'acteurs impliqués dans la bataille de Mossoul est vertigineux: l'armée irakienne, qui compte plus de 30.000 hommes mobilisés sur ce front, le fameux et redouté service du contre-terrorisme, la police fédérale et locale, les milices chiites dont beaucoup obéissent aux ordres de Téhéran, les peshmergas, qui sont 6.000 à être mobilisés, la Turquie, les Etats-Unis, qui coordonnent les opérations, et les pays de la coalition internationale.

Les troupes irakiennes pourront compter sur l'appui des avions de la coalition internationale et l'envoi de 600 soldats américains supplémentaires, portant à 4.600 le nombre de militaires dépêchés par Washington en Irak.

Des soldats turcs sont également présents sur une base militaire près de Mossoul et au Kurdistan. Leur présence est un des principaux éléments cités par les experts pour expliquer le retard du lancement de l'offensive: Bagdad exigeait leur retrait mais la Turquie veut absolument participer à l'offensive à divers degrés, soucieuse de limiter la montée en puissance des Kurdes à sa frontière et de restaurer une certaine influence passée sur la région de Mossoul et ses richesses, qu'elle considère comme son pré-carré. 

> Une longue bataille à venir

Le chef du gouvernement irakien, Haider al-Abadi, a annoncé le lancement de l'offensive dans une allocation télévisée prononcée en pleine nuit. S'il n'a pas donné de précisions sur les opérations militaires en cours, la stratégie devrait constituer, dans un premier temps, à encercler la ville et reprendre les villages alentours toujours contrôlés par Daesh, avant de pouvoir pénétrer dans Mossoul même, et y mener des combats de rue. 

Lourdement armés, les jihadistes qui seraient entre 3.500 et 4.000 dans la ville, selon des estimations américaines, ont eu de longs mois pour se préparer à cet assaut. 

L'offensive pour Mossoul pourrait prendre "des semaines voire plus", a précisé Stephen Townsend, le nouveau commandant américain de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les Etats-Unis.

> De lourds enjeux humanitaires

Les Nations unies redoutent que la bataille déclenche une crise humanitaire sans précédent, qui pourrait jeter sur les routes des centaines de milliers de civils aux prémisses de l'hiver. Le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) espère pouvoir disposer de 11 camps d'ici la fin de l'année avec une capacité de 120.000 personnes, tandis que les autorités irakiennes pensent pouvoir en accueillir 150.000 dans d'autres camps.

Mais certains seront situés dans des zones actuellement contrôlées par Daesh, ce qui signifie qu'ils devront être construits pendant l'opération.

Les habitants de Mossoul seront en première ligne au cours des combats, pris au piège entre les tirs, les frappes aériennes et les bombardements, et pourraient aussi être utilisés comme boucliers humains par les jihadistes. C'est pourquoi, avant l'annonce du lancement de l'opération, l'armée irakienne a indiqué avoir largué par les airs des dizaines de milliers de tracts sur Mossoul, dont certains donnant des consignes de sécurité aux habitants en prévision de l'offensive.

Adrienne Sigel, avec AFP