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Macron évoque des "désaccords" sur les droits de l'Homme avec Erdogan

Emmanuel Macron recevait ce vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan à Paris. A l'Elysée, lors d'une conférence de presse commune, les deux hommes ont abordé la situation des droits de l'Homme en Turquie.

Alors que depuis la tentative de coup d'Etat de 2016, l'Etat turc est engagé dans des purges dans l'administration, et dans le contexte d'une présidentialisation du régime, la question des droits de l'Homme s'est imposée lors de la conférence de presse tenue par Emmanuel Macron et son homologue turc à l'Elysée ce vendredi. "J’ai rappelé qu’à mes yeux l’ancrage de la Turquie au sein de la convention des droits de l’Homme était important. Je sais les choix qui ont été faits, mais je souhaite que la Turquie reste pleinement membre de cette convention. Je pense que cela fait partie de son identité et que c’est notre intérêt commun", a d'abord appuyé Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron prudent 

Le président de la République a joué de prudence: "J’ai le plus profond respect et la pleine conscience des défis affrontés par la Turquie, comme ceux du terrorisme et des déstabilisations militaires, et à ce titre je n’ai pas d’ingérence à avoir en tant que chef d’Etat extérieur". Il a cependant fait état de "désaccords sur la conception des libertés individuelles dans ce contexte".

Emmanuel Macron a ajouté qu'il avait eu l'occasion d'évoquer "plusieurs cas précis" avec Recep Tayyip Erdogan, citant un exemple: "J’ai soulevé le cas de l’université de Galatasaray, issu d'un accord franco-turque bilatéral de 1992, avec des universitaires et des étudiants sous le coup d’une procédure". Le chef de l'Etat a également cité les "dialogues fructueux" qui avaient permis de déboucher sur les libérations des journalistes français Mathias Depardon et Loup Bureau, il y a quelques mois. 

"Nous continuerons à échanger pour régler le plus de cas possible. Le président Erdogan considérait plusieurs cas comme liés au terrorisme", a-t-il ajouté. 

"Je crois très profondément que nous tenons un chemin de crête qui est un défi pour tous les dirigeants, un défi pour l’Etat de droit et la démocratie. La démocratie doit être forte face au terrorisme mais, dans le même temps, la démocratie doit respecter l’Etat de droit, car les terroristes veulent nous emmener sur leur terrain, qui est celui de la haine de la raison et de la liberté", a-t-il élargi. 

Erdogan et "les jardiniers de la terreur"

"Le président de la République m’a donné certains noms, je demanderai à mon ministre de la Justice de me donner des informations les concernant", a concédé Recep Tayyip Erdogan. Pour justifier le tournant autoritaire de son régime, il a mis en avant les plus de "deux cents morts et 2.193 blessés", selon lui, au moment de la tentative de coup d'Etat contre le pouvoir turc en place, et les nécessités de la lutte contre le terrorisme. "Mais la Turquie est avant tout un Etat de droit. L’Occident ne cesse de dire que la justice doit être indépendante mais en Turquie aussi, la justice est indépendante. Et cette justice indépendante prend ses propres décisions", a-t-il assuré. 

Enfin, Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu'à côté des terroristes en action, il existait des "jardiniers de la terreur": "Il y aussi les jardiniers de la terreur. Ce sont des gens qu’on prend pour des hommes de pensée, ou d’idées. Ils écrivent dans leurs journaux et apportent de l’eau au moulin du terrorisme."

Robin Verner